alix beranger collectif oui oui ouiNé fin 2012, face à la masse réactionnaire grandissante des opposant.e.s au mariage pour tous, le collectif Oui Oui Oui s’est mobilisé tout au long des débats sur le mariage pour tou.te.s lors de manifestations, mais aussi à grands renforts de happenings et de rassemblements en plus petit nombre. Regroupant des militant.e.s issu.e.s de diverses associations, il s’est rapidement imposé dans le paysage associatif LGBT grâce à une communication visuelle forte, des slogans drôles mais pertinents, des actions simples et efficaces et une motivation inébranlable. À l’occasion de la Grande semaine médiatique autour de la PMA, Yagg fait le point avec Alix Béranger (photo ci-contre), une des membres du collectif.

OUI OUI OUI EN 2015
Moins visible que durant la première moitié de l’année 2013, le collectif Oui Oui Oui n’en est pas moins toujours dynamique et est présent sur différents fronts, avec notamment dernièrement les manifestations en faveur de l’accueil des réfugié.e.s en France: «Les membres de Oui Oui Oui sont très actives dans d’autres associations, affirme Alix Béranger. C’est la force de ce collectif qui rassemble entre autres des militantes de diverses organisations et qui est un outil mobilisable à tout moment. Nous préparons notre participation aux États généraux LGBTI de novembre (à Avignon, ndlr) et nous avons des actions en préparation. Nous faisons de la veille pour pouvoir alimenter nos réflexions. Cette semaine, nous participons à la Semaine de la PMA qui vise à communiquer largement pour faire connaitre le problème du non-accès à la PMA en France pour les couples de femmes et les femmes célibataires.»

LE MÉPRIS DU PS
Revenant sur le sentiment du collectif concernant le recul du gouvernement de François Hollande sur la question de l’ouverture de la PMA, ou sur le fait que le Comité national d’éthique (CCNE) n’a cessé de repousser l’échéance pour rendre un avis, désormais attendu pour 2016, soit trois ans après son auto-saisine, la militante se fait particulièrement incisive sur la façon dont le gouvernement a traité ce sujet de société: «Je crois qu’on a largement exprimé ce que nous pensions du Parti socialiste sur les questions qui nous concernent: lâcheté, abdication des valeurs de gauche pour ménager des extrêmes, humiliations successives avec la réception des opposants au mariage et à la PMA à l’Elysée ou l’épisode de “la liberté de conscience” de François Hollande, des annonces contradictoires…»

«Nous avons été traité.e.s avec mépris comme tant d’autres minorités en France. C’est une attitude générale des élites politiques françaises quelle que soit leur appartenance, qui ne veulent pas voir à quel point elles sont déconnectées et dépassées.»

«Nous avons pu aussi constater lors des divers rendez-vous politiques, d’une part que les politiques connaissaient mal ces dossiers, et d’autre part qu’ils ne travaillaient pas assez pour les connaitre. Il y a un vrai problème de niveau et de culture, je crois qu’il faut le dire, il y a peu d’avant-garde chez les élu.e.s.

CONTINUER LE COMBAT, SANS SE TROMPER D’ENNEMI
Au lendemain de la promulgation de la loi sur le mariage et l’adoption pour tous les couples, le collectif Oui Oui Oui n’avait effectivement pas hésité à mettre en garde contre cette amère victoire, une loi sans PMA et sans filiation: «C’est échouer que de n’obtenir que le minimum prévisible. Tout reste à faire, tout reste à prendre. Et le contexte d’homophobie nous complique la tâche et alimente l’argument honteux qui est désormais “l’élément de langage” du gouvernement: laissons les esprits se calmer avant de parler de la PMA. Le gouvernement recule pour apaiser les homophobes au mépris des militant.e.s de l’égalité. Cette lâcheté, c’est l’éclatante victoire des homophobes.» Lucide sur la capacité du gouvernement à enterrer certaines promesses de campagne, le collectif appelle à poursuivre le combat. Pour autant, un peu plus de deux ans après les premiers mariage de couples de même sexe, l’élan, la mobilisation pour l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, ainsi que pour les droits des personnes trans’ ne sont plus là: «Oui, c’est difficile de mobiliser la “communauté”, c’est vrai, confirme Alix Béranger. Et je crois que les gens ne se rendent pas compte de l’importance de se battre pied à pied pour faire avancer nos droits. Certaines et certains conservent leur confiance dans le PS, ce qui dépasse mon entendement. Mais je n’oublie pas à l’inverse toutes les personnes qui n’étaient pas militantes et qui ont rejoint Oui Oui Oui et d’autres associations pendant les débats sur le mariage. Nous avons aussi vu beaucoup de jeunes dans les manifestations, ça laisse espérer un réveil. Ceci dit, nous ne demandons rien d’exceptionnel, nous demandons de pouvoir vivre nos vies comme nous l’entendons, vivre nos identités, une reconnaissance de nos choix. On peut imaginer qu’en 2015 la “communauté” n’ait pas besoin de se battre pour des choses aussi évidentes. Je n’ai pas envie de taper sur mes pair.esse.s, je ne me trompe pas d’adversaires.»

LA PMA, UNE LUTTE FÉMINISTE
Alix Béranger pointe en outre le manque d’informations autour de la PMA, régulièrement confondue avec la GPA: «Plus généralement il y a un déficit de connaissances important sur les sujets liés à la sexualité, la procréation, le consentement, les identités, tout cela reste encore très tabou et très hétérocentré», affirme-t-elle.

«Finalement quand on défend l’accès à la PMA, on est dans la droite ligne des combats féministes “Mon corps, mon choix”. La confusion entre PMA et GPA est largement entretenue par nos adversaires, à nous de communiquer largement pour expliquer les enjeux de chaque question.»

Et c’est justement sur cette thématique de la communication que Oui Oui Oui interviendra à la fin du mois lors de la conférence annuelle de l’Ilga-Europe qui se tiendra à Athènes: «Nous sommes convié.e.s à présenter un workshop intitulé “Shaping the medias for LGBT rights” ou “Se servir des médias pour les droits LGBT”. Cela se fera sous forme d’un retour sur la période 2012-2103, avec analyse des techniques de communication de la dite “Manif pour tous”, de l’attitude des médias pendant cette période, et, bien sûr, des réponses, plus ou moins efficaces, du mouvement LGBT en France. C’est important d’aller en discuter avec les activistes européen.ne.s, tant pour avoir leur point de vue que pour les aider à se confronter à des situations similaires s’ils et elles les affrontent dans leurs pays.»

Cette interview est publiée dans le cadre de la semaine PMA pour toutes.

Toutes les publications de Yagg dans le cadre de la grande semaine médiatique pour la PMA pour toutes.