«Maman, mais pourquoi vous êtes allées dans un autre pays pour faire des bébés?»

Le jour où mon fils m’a posé cette question, plusieurs réponses me sont venues en tête… Parce que mes ovaires polykystiques, mes anovulations, mes échographies, mes prises de sang, mes comprimés de Clomifène, mes injections de Ménotropine et de Choriogonadotropine alfa, mes taux d’HCG insuffisants et moi, nous sommes en couple avec une femme et non un homme;

Parce que le gouvernement apeuré par la «Manif contre tous» a perdu le sens du courage politique pour des électeurs et des électrices qui ne seront jamais les sien.ne.s;

Parce que nous nous sommes orientées vers la Procréation Médicalement Assistée et alors que la France nous en refuse l’accès, il est légal d’aller en bénéficier dans d’autres pays pour ensuite adopter son propre enfant… quelle hypocrisie n’est ce pas?;

Parce que nous nous refusons à «trouver un homme dans un bar» comme certain.e.s osent nous insulter en nous le suggérant;

Parce que certain.e.s parlementaires n’ont pas encore compris que contrairement à l’abrogation du mariage qui coûterait beaucoup en menaçant la sécurité de nombreuses familles… l’ouverture de la PMA à toutes les femmes coûterait peu étant donné que la grande majorité des traitements et examens sont déjà pris en charge par la Sécurité Sociale en France;

Parce que le «droit à l’enfant» n’a jamais existé – il suffit d’en parler à une personne stérile pour comprendre l’idiotie de ce concept – mais que le droit d’essayer de fonder une famille existe mais n’est pas accordé à tou.te.s dans notre pays;

Parce que nous menons nos projets parentaux en France, nous y sommes suivies par des médecins français, nous faisons nos échographies et nos prélèvements sanguins en France, nous nous voyons délivrer le traitement de stimulation de la fertilité en France etc. Pourtant, nous devons nous rendre à l’étranger pour être suivies dans des centres d’aide médicale à la procréation et bénéficier des inséminations artificielles ou des fécondations in vitro, avec tous les dangers que cette absence de suivi complet et la distance engendrent pour la santé des femmes;

Parce que, contrairement à d’autres femmes, ta mère et moi nous avons la chance d’avoir les moyens financiers qui nous ont permis d’assumer le coût de nombreux allers-retours à l’étranger pour les rendez-vous et les inséminations;

Parce que ton pays n’a pas permis ta venue au monde mais que la Belgique nous a accueillies à bras ouverts.

Malgré toutes ces réponses fondées, c’est l’échange suivant que j’ai eu avec mon fils:

Parce qu’en France, pour l’instant, les couples de femmes ne peuvent pas aller faire des bébés dans les cliniques où sont les graines à bébé.

«Pourquoi?»

Parce que c’est une vieille loi qu’il faut changer. On ne peut pas en France mais nous avons le droit d’aller dans plusieurs pays autour, comme la Belgique et l’Espagne par exemple.

«Est-ce qu’on a le droit maintenant?»

Non, mais aie confiance en l’humanité et n’oublie pas d’agir contre les inégalités, cela changera…

En cette semaine médiatique pour la PMA pour toutes, je retourne en Belgique. Mes enfants ont rendez-vous avec leur histoire. Ils ont rendez-vous avec le médecin qui a permis leur conception, celle qui a réalisé les inséminations qui ont abouties à leur naissance. Ils vont visiter le centre d’aide médicale à la procréation et rencontrer son équipe. J’ai dit à mon fils qu’il pourrait discuter et poser les questions qu’il souhaite à l’équipe médicale. Je lui ai dit que, si il veut, il pourra leur demander de lui expliquer comment il a été conçu par exemple. Alors, mon fils m’a répondu…

«Je sais déjà tout, vous nous avez expliqué plein de fois! Mais je vais faire un câlin au docteur et lui dire merci pour l’égalité, parce que maintenant je suis là…»

Nathalie Allain Djerrah, présidente de l’association Les Enfants d’Arc en Ciel

Cette tribune est publiée dans le cadre de la semaine PMA pour toutes.

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