«Le Climat mis à nu», c’est le nom qu’a choisi le collectif LGBTI pour le climat pour l’événement qu’il organise au Point Éphémère, à Paris, samedi 24 octobre, à un mois de la COP 21. Au programme, lectures/performances (par Nicolas Martin, Clara De Gobert, Éloïse Bouton, Pierre Moure, Stephen Kerckhove, Sœur Hildegarde, Nadège Piton…) et DJ set. Pourquoi s’investir pour le climat quand on est LGBTI? Comment s’engager? Quels moyens employer? Les réponses de Cy, du collectif LGBTI pour le climat.

En quoi les personnes LGBTI sont-elles concernées par le climat? Ne le sont-elles pas déjà en tant que personnes, simplement? Bien évidemment. Mais ce n’est pas incompatible. Le vrai problème surtout, c’est que pour l’instant, la majorité d’entre nous, LGBTI ou non, ne se mobilise pas assez alors que c’est un enjeu crucial pour notre survie et pour celle de la prochaine génération à venir. La question, ce n’est pas de se sentir concerné.e car oui nous le sommes toutes et tous déjà. Et le changement climatique a déjà lieu.

La vraie nécessité, c’est d’agir face à la tournure que risque de prendre la COP 21, c’est-à-dire un accord qui ne serait pas assez contraignant et qui nous précipiterait vraiment vers une catastrophe. Et on n’est pas bien parti. Après, à vrai dire, peu importe sous quelle bannière nous marcherons au moment des marches de novembre et décembre, tant que nous serons présent.e.s dans la rue pour défendre notre planète et ses habitant.e.s (animaux et humain.e.s compris).

Nous avons créé LGBTI pour le climat, pas par envie de séparer, mais plutôt parce qu’il nous semblait important de créer une sorte de levier supplémentaire, capable de mobiliser un peu plus, en peu de temps.

Sur les questions identitaires, la France n’a pas la même histoire que les États-Unis, la mobilisation de groupes ou de communautés pour une cause globale crispe beaucoup plus. C’est fou comme on peut facilement être taxé de communautarisme ou de vouloir tout s’accaparer. Ce n’est pas notre but.

En revanche oui, nous sommes convaincu.e.s qu’en tant que LGBTI, notre mobilisation a un sens un peu particulier. Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que nous sommes plus concerné.e.s que les autres, ni même que nous sommes les seul.e.s à pouvoir agir. Heureusement, sinon, on serait vraiment mal… Mais qu’on le veuille ou non, les LGBTI font encore parti d’une minorité. Et certains et certaines encore plus que d’autres. Nous avons marché nous aussi pour l’Existrans, nous ne sommes pas dupes des inégalités et des différences au sein du terme LGBTI.

Seulement, on veut juste attirer l’attention sur le fait que nous avons une histoire forte et singulière et que nous avons connu ou connaissons, à des degrés divers selon nos parcours et nos histoires, la marginalisation, le rejet, les discriminations. Et nous savons que les crises renforcent ces dynamiques.
De même, la crise climatique risque d’être rapidement une lutte prioritaire qui pourrait également très bien faire passer ce qui fait actuellement l’enjeu de nos mobilisations comme des démarches superflues ou égoïstes… Vous savez, ce refrain, « c’est la crise, il y a des choses plus importantes dont il faut s’occuper que de la PMA ou des droits des trans’».

Et puis, oui, par ailleurs, certains discours sur l’idée de la «bonne nature» à protéger qui émanent de vieux écologistes respectés sont très ambigus voire homophobes. Quand on milite un peu, ça ne peut que nous alerter.

Je ne parle même pas des groupes émergents dits «verts » comme ceux issus de l’extrême droite et de la «Manif pour tous», qui font du greenwashing à tour de bras, et qui méritent d’avoir quelqu’un en face pour leur montrer leurs incohérences et pour déconstruire ce concept de nature très discriminant.

Quels moyens les personnes LGBTI ont-elles pour se faire entendre sur ce sujet, alors que l’on voit que sur des sujets plus évidemment LGBTI (changement d’état civil, ouverture de la PMA, don du sang…), elles ont déjà du mal à se faire entendre des politiques? Oui, ce n’est pas évident de se faire entendre par le gouvernement. Mais, cette fois-ci, nous ne serons pas les seul.e.s à donner de la voix, et de nombreux mouvements, associations ou ONGs et sans doute beaucoup de personnes non adhérentes à un groupe spécifique seront là avec nous. Donc l’adresse aux politiques sera renforcée aussi par le fait qu’elle sera riche de sa diversité. Comme cela avait été le cas lors de la marche pour le Climat à New York l’année dernière avec plus de 1400 organisations, groupes de fois, d’étudiant.e.s, LGBT, de scientifiques, de travailleurs et aussi des communautés affectées en premier lieu: noire, latino etc. L’idée était bien montrer l’articulation entre justice sociale et justice environnementale, l’une étant intrinsèquement liée à l’autre.

Une de nos plus belles forces, c’est en tous les cas mon opinion, réside avant tout dans la manière dont nous parvenons en tant que LGBTI à rendre visible l’agression, verbale ou physique, en l’incorporant à notre vocabulaire et à nos stratégies de manière décalée, souvent avec une forme d’humour.

On parvient souvent à transformer cette négativité en une dynamique de ré-affirmation, plus ou moins exubérante, plus ou moins combattive. C’est ce qu’on essaye de faire avec «Le Climat mis à nu» d’une autre manière…

En quoi consiste l’événement organisé le 24 octobre au Point Éphémère? Quels sont ses objectifs? Qu’en espérez-vous? «Le Climat mis à nu» part d’un constat simple. Comme je l’ai dit: LGBTI ou non, nous ne nous bougeons pas assez en faveur du climat. Par peur, par inertie, par culpabilité ou pessimisme le plus souvent. Peu acceptent de regarder en face sans se sentir mal ce surplus d’infos négatives et anxiogènes. C’est normal car c’est dur. De même, peu savent en quoi consistent véritablement la COP 21, les difficultés que ce genre de conférence rencontre ainsi que ses limites. Nous avons donc décidé de nous adresser à celles et ceux qui seraient plus susceptibles de venir à un événement de sensibilisation dont le format serait un peu différent que les habituelles projections/débats organisés pour mobiliser et qui ont malheureusement parfois du mal à décoller en dehors d’un public restreint déjà acquis à la cause.

On a donc demandé à différentes personnes, plus ou moins connues du public LGBTI, parfois engagées, parfois pas du tout, si elles voulaient bien participer à des lectures de textes parlant de questions écologiques, et dont la plupart s’accompagneraient d’un effeuillage. À partir du moment où ça a pris, où on a eu des retours positifs, c’était parti. Ce n’est pas plus compliqué.

climat mis a nu LGBTI pour le climat Nicolas Martin-Eloise Bouton-Pierre Moure-Clara de Gobert
Nicolas Martin / Éloise Bouton / Pierre Moure / Clara de Gobert

Et puis on voulait aussi créer quelque chose de plus décalé, qui nous plairait plus esthétiquement, et de plus «gay» en réintroduisant la question du corps et de son désir, de son affirmation dans un espace public pour créer une visibilité différente.  Et puis, même si on est un peu crispé en ce moment, on sait aussi rire de nous-mêmes. Enfin j’espère… Tout en restant pédagogique.

Se mettre à nu, c’est évidemment attractif, drôle et très symbolique à la fois. Il faut juste trouver le bon équilibre pour que le message passe également.

Ce n’est pas non plus une séance de strip-tease en mode Magic Mike. Mais ça peut aussi être plus artistique, plus «fabuleux», plus théâtral. Les manières de sensibiliser sont variées.

Et si ça convainc les participants de se joindre à nous au moment des marches et de faire plus attention à leur manière de consommer ou de se bouger avec d’autres organisations ou en solo, on aura réussi.

Quels conseils donneriez-vous à une personne LGBTI qui souhaiterait s’engager pour le climat? Déjà de venir à notre événement évidement si elle se trouve à Paris ce samedi! On donnera aussi pas mal d’infos sur place pour rejoindre d’autres organisations ou suivre des médias qui relaient les informations. Il y a pas mal d’actions qui sont prévues outre les marches du 29 novembre et du 12 décembre auxquelles nous participerons. Le Sommet citoyen pour le Climat qui aura lieu les 5 et 6 décembre à Montreuil et l’espace du 104 qui sera investi par diverses organisations sous l’égide de la Coalition 21. Mais ce ne sont pas les seules actions. Pour cela le site de la Coalition 21, organisation dont nous faisons partie et qui regroupe énormément d’associations, d’ONGs ou de syndicats permet d’y voir un peu plus clair.

Quant à ce qui relève du local et du quotidien, si on ouvre un peu les yeux et qu’on se renseigne dans son quartier ou sa ville, on s‘aperçoit qu’il y a déjà pas mal de choses qui existent déjà…

On a par ailleurs une adresse mail sur notre site: lgbtipourleclimat@gmail.com et on peut orienter sans problème. On relaye par ailleurs aussi des infos sur notre page Facebook. Bref beaucoup de possibilités d’obtenir des directions.

Bref que l’on soit homme ou femme, bio ou pas, intersexe, que l’on soit hétéro ou bi.e ou lesbienne ou homo, ce qui compte seulement, c’est de faire en sorte de trouver la bonne manière de se mobiliser à différentes échelles, avant qu’il ne soit trop tard, et encore une fois, la nôtre n’est qu’une option parmi d’autres…

Lire aussi «LGBTI et crise climatique: pourquoi notre mobilisation importe», par LGBTI pour le climat

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