Ils prenaient prétexte de la lutte contre la pédophilie pour agresser et torturer des hommes qu’ils soupçonnaient d’être homosexuels, neuf membres du groupuscule Occupy Pedophilia ont été condamnés la semaine dernière par un tribunal de la ville de Kamensk-Ouralski, selon la presse russe. Outre les agressions, le tribunal leur reprochait d’avoir publié sur les réseaux sociaux les vidéos de leurs «exploits».

Ces vidéos avaient choqué le monde entier à l’été 2013. Le mode opératoire est souvent le même, quels que soient les groupes à l’origine de ces traquenards: une jeune personne LGBT est contactée via un site de rencontres; lors du rendez-vous, un groupe de personnes se présente et l’escorte dans un lieu fermé pour lui faire subir divers sévices.

Parmi les «exploits» revendiqués par les membres d’Occupy Pedophilia, le suicide d’un jeune bi, Alex Buligin, 19 ans. Le 1er juillet 2013, lors d’un rassemblement en faveur de la loi interdisant la «propagande des relations sexuelles non traditionnelles», une banderole proclamait que 50% des gays sont pédophiles, sous le dessin d’un cercueil. Une vidéo du rassemblement était titrée «Enterrement de Buligin». Une enquête du site Lenta.ru avait néanmoins révélé que le jeune homme, qui avait effectivement été agressé, était en revanche bien en vie.

«Dans le mouvement, il y a de très jeunes Russes qui trouvent amusant de frapper des gens, expliquait Maria Kozlovskaya, l’avocate du Russian LGBT Network, en 2013. Beaucoup de gens soutiennent Occupy Pedophilia parce qu’ils pensent qu’ils protègent les enfants des pédophiles. Ils ont peur que des homosexuel.le.s fassent quelque chose à leurs enfants, donc ce n’est pas un problème de les torturer. Beaucoup de gens en Russie pensent que tou.te.s les homosexuel.le.s sont pédophiles.»

L’enquête de la Justice russe qui a mené à ces condamnations a aussi permis de découvrir de nombreuses armes blanches et à feu chez les différents membres du gang, accusés d’au moins 19 agressions homophobes entre avril et juillet 2013. Ils ont été reconnus coupables de tortures, de menaces de mort et de «dommages modérés à la santé», mais pas de faire partie d’un groupe extrémiste, précise GayRussia.

Trois des neuf hommes interpellés s’en sont sortis avec des peines de trois ans de prison avec sursis, tandis que les six autres ont été condamnés à un emprisonnement ferme, avec des peines allant de 4 ans et demi à six ans.

En août 2014, Maxim Martsinkevich, le leader du groupe, surnommé Tesak (la machette), a été condamné à cinq ans de prison pour incitation à la haine, à l’hostilité ou au rabaissement de la dignité humaine (il n’a pas été jugé pour les agressions homophobes dont il est aussi accusé). Sa peine a depuis été réduite à trois ans.

Nos derniers articles sur la Russie.