Florent Pommier est journaliste et bénévole au Refuge. Il expose jusqu’au 14 novembre dix photos sur des jeunes du Refuge, dans le parc de Bercy, à Paris. Il explique à Yagg comment il a conçu ce projet et commente deux photos de l’exposition.

Quelle a été la genèse de ce projet photographique?
Je suis engagé au Refuge en tant que bénévole. De 2012 à 2013, je voyais l’impact de l’homophonie familiale et l’impact des débats sur les jeunes. Les réactions de ces jeunes déjà rejetés par la famille se sentaient doublement rejetés par les propos et les déclarations homophobes. Ils étaient très mal et de se sentir au centre de l’attention et des paroles.
J’ai eu envie de m’engager sur un projet photographique dans un lieu public. La photo est une passion et je la pratique depuis l’adolescence. Je n’avais jamais fait une expo avant. Cela va être ma façon d’agir. C’était un engagement politique né de cette période de la discussion du projet de loi Mariage pour tous.

expo hors cadre le refuge florent pommier paris

«Ici, il n’a pas de prénom. C’est pour le protéger. Un jour, il y a eu un grand froid dans sa famille.

Il préfère les garçons. Il lui a fallu toquer à la porte de l’association Le Refuge.» F. Pommier

Tu as toujours voulu montrer les jeunes hébergés par le Refuge? Je voulais montrer ces personnes qui ont souffert et qui souffrent et à travers elles, celles et ceux qui ne peuvent pas être visibles. J’ai passé beaucoup de temps avec les filles et les garçons que j’ai photographiés. Je ne voulais pas passer par d’autres chemins, même si c’était compliqué. J’aurai voulu montrer les domiciles dont ces jeunes avaient été rejetés. Mais ça n’a pas pu se faire car aucun des jeunes ne voulaient que je photographie leur domicile familial.

Comment les jeunes ont-ils réagi au projet? J’ai pris le temps de leur expliquer la démarche, je leur ai laissé parfois plusieurs mois avant qu’ils me disent oui. Certains et certaines n’ont pas souhaité être identifiables, c’est pour cela que j’ai aussi photographié des mains ou de objets.

expo hors cadre le refuge  photo florent pommier

«Pour l’instant, elle a encore un prénom masculin. Elle est née homme mais ne se sent bien qu’en tant que femme.

Sa famille n’a pas accepté, elle s’est faite virer.» F. Pommier

La Mairie du XIIe a accepté rapidement de vous prêter main forte?  J’ai voulu que ce soit dans le XIIe car c’est dans cet arrondissement que se trouve le local du Refuge en Ile-de-France. Dès le début, l’accueil a été favorable et la mairie du XIIe m’a toujours aidé.

Qu’est-ce que vous avez appris durant ce travail? Ce sont des jeunes extrêmement fragilisés. J’ai vu à quel point le rejet familial et l’expérience de la rue ont pu être destructeurs. Ils ont perdu leurs repères. Je ne peux pas tout partager mais il y a des histoires dramatiques. Le Refuge a été là à un moment pour les soutenir, leur redonner des repères. Certain.e..s repartent en ayant remis le pied à l’étrier mais pas tous.

Infos pratiques
L’exposition «Amours hors cadre] a lieu du 15 octobre au 14 novembre dans le Parc de Bercy-Jardin Yitzhak Rabin (entrée côté Cinémathèque française et manège pour enfants). Les photos sont orientées vers l’intérieur du parc, il faut donc y entrer dans les horaires d’ouverture : 8h-19h30 (jusqu’au 25 octobre), 8h-17h45 (du 26 octobre au 14 novembre).