Cette dix-neuvième Existrans aurait dû s’ouvrir avec un gros camion, bardé de ballons roses et mauves, et une sono conséquente. La préfecture avait simplement oublié de préciser que ce camion ne passait pas dans certaines rues du parcours. Le véhicule restera donc stationné à son point de départ. Cela n’a pas découragé pour autant les quelques milliers de personnes qui ont défilé hier pour l’édition 2015 de la marche pour les droits trans et intersexe.

POUR UN CHANGEMENT D’ÉTAT CIVIL, LIBRE ET GRATUIT
Le parcours a mené les manifestant.e.s de la place de la bataille de Stalingrad à la place du Châtelet. Avant de se mettre en ordre de marche, les différentes associations ont pris la parole et s’en sont pris assez durement au gouvernement français, accusé de ne rien faire ou trop peu pour les personnes trans et intersexes, alors que des pays comme l’Argentine, Malte ou l’Irlande ont déjà avancé sur ces questions. SOS Homophobie a également appelé l’exécutif à mettre en place « une politique ambitieuse de lutte contre la transphobie ». Giovanna Rincon (ci-dessous, au micro) a souhaité par ailleurs rendre hommage à la militante argentine Diana Sacayan, assassinée il y a quelques jours. « Ils ont tué son combat, mais pas ses idées! », a lancé la directrice d’Acceptess T. Toutes et tous ont martelé les revendications de l’Existrans, avec avant tout le droit à un changement d’état civil libre et gratuit. De son côté l’Organisation Intersexe Internationale a appelé à mettre fin aux opérations sur les enfants intersexe.

Giovanna Rincon Existrans

« MON CORPS, MON GENRE, TA GUEULE! »
Rochelle Grégorie Dans le cortège, les pancartes sérieuses côtoient les pancartes un peu plus drôles ou acides, avec des messages comme « Mon corps, mon genre, ta gueule », ou « La bite ne fait pas le moine ». Il faut un peu d’humour, face aux remarques désagréables ou transphobes que l’on peut entendre en marge du cortège, en particulier entre Stalingrad et Barbès. Chacune et chacun sait pourquoi il ou elle est là en tout cas, à l’image de la comédienne Rochelle Grégorie (ci-contre), militante à SOS Homophobie: « Je marche parce que malheureusement nous ne sommes pas entendus, pas écoutés. Les droits des personnes trans et intersexes ne sont pas acceptés. Il faut continuer. », affirme-t-elle.

Amanda HinaultLors des discours, Coline, d’Outrans a salué la création de nouvelles associations trans dans toute la France. Les militant.e.s trans des associations LGBT n’étaient pas en reste, à l’instar des yaggeuses Amanda et Julie de l’association bretonne Andbraiz. « Je marche pour les droits de toutes les personnes trans, affirme Amanda (ci-contre). Aujourd’hui en France, on n’a toujours pas de droits, on n’a toujours rien pour se défendre, rien pour faire reconnaître notre identité et c’est grave. »

Claude SaintagneUn peu plus loin, nous avons croisé Claude Saintagne, de l’association Idem, à Pau. Défiler est pour lui d’abord défendre la démocratie. « Dans une démocratie, il n’y a pas de cause mineure. Toute inégalité injustice soit d’être reconnue et combattue. Je marche aussi parce que je suis trans et que je suis solidaire. Mais au delà de l’aspect personnel, la démocratie est en danger à partir du moment où l’on oublie une partie de ses membres », insiste-t-il.

A l’issue du défilé, Giovanna Rincon, d’Acceptess T a appelé à revenir nombreuses et nombreux l’année prochaine, pour la vingtième édition de l’Existrans. Avec un plus gros camion, un plus gros défilé. Pour que les droits des personnes trans’ et intersexe puissent enfin avancer.

Photos: Xavier Héraud

Sur les blogs de Yagg, lire: Existrans 2015, t’étais où?