Le quotidien 20 Minutes a révélé aujourd’hui que le tribunal de grande instance de Tours a, en août dernier, reconnu à une personne intersexe le droit de faire figurer sur son acte de naissance la mention «sexe neutre». Il s’agit d’un jugement inédit en France. «Le sexe qui [lui] a été assigné à sa naissance apparaît comme une pure fiction (…) imposée durant toute son existence», peut-on lire dans le jugement. Le parquet de Tours a fait appel de cette décision.

Dans une interview accordée à 20 Minutes, la personne requérante est revenue sur les difficultés qu’elle a rencontrées au cours de sa vie, ignorant jusqu’à ses 12 ans qu’elle était intersexe. «J’ai 64 ans. Ma vie s’est déjà construite mais je sens que je ne serai jamais en paix sans la reconnaissance de ce que je suis réellement, a-t-elle déclaré. Je ne suis pas de sexe masculin ni de sexe féminin, je suis une personne intersexuée, comme beaucoup d’autres d’ailleurs.» Elle a en outre dénoncé les actes chirurgicaux pratiqués sur les bébés intersexes en vue de «normaliser» leurs organes génitaux, et ce, sans leur consentement: «Aujourd’hui, les bébés qui naissent avec les deux sexes sont opérés. Ce sont des opérations chirurgicales mutilantes associées à des traitements hormonaux, par lesquels, on tente, arbitrairement, de choisir un sexe masculin ou féminin à des nouveaux-nés. J’ai, moi, la chance de ne pas avoir été opéré. Je suis pour ainsi dire la preuve indubitable que l’on peut vivre avec deux sexes.»

Vincent Guillot, membre fondateur de l’Organisation internationale intersexe (OII), a fait part de sa très grande satisfaction à Yagg: «Pour toute la communauté intersexe, c’est extraordinaire. Cela signifie que l’on peut vivre sans être obligatoirement assigné.e au genre masculin ou au genre féminin, qu’on a le droit de ne plus être enfermé.e dans la binarité.»

«Cela met fin au prétexte avancé par les médecins pour justifier les mutilations chirurgicales. C’est un argument qui tombe!»

«Et enfin, cela donne de la visibilité à la communauté intersexe dans le médias.» Vincent Guillot rappelle d’ailleurs que le gouvernement français a refusé de s’engager pour la protection des enfants intersexes: «Cela représente 8000 enfants chaque année, mais la France considère que, non, ce n’est pas sa priorité!»

Cela fait en revanche partie de celles du Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe Nils Muižnieks. «On nie leur droit à l’intégrité physique autant que leur capacité à développer leur propre identité de genre, car un choix a priori a été fait pour eux, écrivait-il en mai 2015 dans un rapport. Par ailleurs, ces interventions perturbent leur bien-être physique et psychologique, produisant des effets négatifs avec des conséquences tout au long de la vie, incluant: la stérilisation, des lésions graves, des infections de l’appareil urinaire, une réduction ou la perte complète de sensations sexuelles, la suppression des hormones naturelles, la dépendance aux médicaments, et un sentiment profond de la violation de leur personne.» Le rapport évoquait aussi la possibilité d’instaurer une plus grande flexibilité de l’état civil, comme reconnaître un troisième genre neutre, ce qui est fait en Australie ou au Népal. Ce que refuse néanmoins le jugement du TGI de Tours: «Il ne s’agit aucunement de reconnaître l’existence d’un quelconque “troisième sexe” mais de prendre acte de l’impossibilité de rattacher l’intéressé à tel ou tel sexe.»

La nouvelle de ce jugement tombe à quelques jours de l’Existrans, qui porte aussi les revendications des personnes intersexes. Pour Vincent Guillot, les lignes sont en train de bouger progressivement: «En France, il y a deux procès en cours contre des médecins, dont un aux assises. La France sera d’ailleurs assignée au Comité contre la torture de l’ONU. Le gouvernement devra être entendu au printemps prochain. En Suisse, la communauté intersexe l’a déjà fait et a gagné.»