En mars 2015, Sandrine Kermorgant se voyait refuser la garde de sa fille, suite à sa séparation d’avec son ex-compagne. Le jugement du tribunal de grande instance de Lorient laissait alors clairement entendre que sa transidentité avait motivé la décision de la juge. Alors qu’elle avait demandé la garde de l’enfant, elle n’avait obtenu qu’un droit de visite simple sans droit d’hébergement dans un centre fermé dédié aux rencontres parent-enfant dans les situations de divorce ou de séparation conflictuelles. Une décision de justice dénoncée à l’époque par les associations bretonnes Multi Genres 56 et AndBraiz.

GAIN DE CAUSE
Entre la décision du 5 février dernier et l’audience qui s’est tenue le 21 septembre, l’avocate de Sandrine Kermorgant, Me Emeline Hamon, lui a conseillé de changer sa demande, voyant qu’elle et son ex-compagne ne parviendraient pas à trouver un accord: Sandrine Kermorgant ne demandait plus la garde de l’enfant mais un droit d’accueil classique, à son domicile, comme tout parent dans une situation de séparation non-conflictuelle. Désormais, Sandrine Kermorgant pourra voir sa fille un samedi sur deux. À compter du 1er janvier 2016 et jusqu’au 15 avril, date à laquelle sa fille aura trois ans, elle la prendra un week-end sur deux. Par la suite, le droit de garde a été fixé à un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Un droit d’accueil qui se mettra donc en place de façon progressive. «Le principal, c’était de rétablir le droit de voir ma fille», confirme Sandrine Kermorgant auprès de Yagg.

AVIS ET EXPERTISE EN FAVEUR DE SANDRINE KERMORGANT
Pour obtenir le droit de voir son enfant, Sandrine Kermorgant a refusé de se soumettre à l’expertise psychologique demandée par la juge et fait appel à une autre spécialiste, la psychologue Michèle Jung: «Je pense qu’avoir restreint sans motif autre qu’idéologique les droits parentaux de Mme Kermorgant, va à l’encontre de l’intérêt de [l’enfant] et s’apparente à une condamnation, pour le seul et unique motif de la différence, a évalué cette dernière. De par mon expérience, j’affirme que les personnes trans’ ne représentent aucun danger pour les enfants, que ce soit pour leur équilibre ou leur développement. (…) Être père est une fonction qui va au-delà du changement d’identité. Mme Kermorgant est tout à fait à sa place dans cette fonction, qui est d’introduire un tiers entre la mère et l’enfant.» Le Cerf-Volant, le centre fermé où se sont tenues les rencontres entre l’enfant et Sandrine Kermorgant, a de la même façon émis un avis positif: «L’équipe du Cerf-volant estime que le père et sa fille pourraient se retrouver dans des conditions propices à la relation à l’extérieur de la structure».

«Il y a eu de très bonnes appréciations à chaque visite, explique Sandrine Kermorgant. La personne qui était mon référent au centre m’a même dit “Je ne sais pas trop ce que vous faites ici”. C’était une personne très ouverte d’esprit qui a pris l’initiative d’allonger un peu la durée des visites, pour que je sois présente pendant le temps des repas. Ça m’a permis de faire des pique-niques avec ma fille cet été.»

Durant ces longs mois, elle affirme avoir «ressenti une vraie volonté d’être éloignée» de son enfant, qu’elle n’a d’ailleurs pas vue de tout le mois d’août. Le 21 septembre, la partie adverse s’est, selon elle, présentée «les mains vides», en ne proposant «aucune alternative» pour justifier le refus d’une garde simple.

UNE AFFAIRE ÉPROUVANTE
«Mon avocate a fait un travail énorme, sans ça, on n’aurait pas obtenu gain de cause, affirme Sandrine Kermorgant. Ça m’a fait travailler dur, mais je savais que c’était pour voir ma fille.» Elle ignore pour le moment si son ex-compagne fera appel de cette décision. Elle a de son côté porté plainte contre elle pour diffamation, après qu’elle a déclaré dans les médias que Sandrine «était dangereuse» pour sa fille. «Je ne peux pas laisser passer ça», insiste-t-elle. Car la transphobie latente pendant toute la durée de ce combat judiciaire a été difficilement soutenable pour Sandrine Kermorgant. Face à la même juge en mars et en septembre, elle a subi à chaque fois un climat de suspicion et l’obstination de la magistrate à l’appeler «Monsieur», souligne-t-elle: «Pourtant, lors de l’affaire de diffamation, la juge d’instruction du tribunal de Vannes n’a pas hésité à m’appeler “Madame”, même si cela a été ensuite retranscrit en Monsieur.» Sandrine Kermorgant n’ayant pas encore demandé son changement d’état civil, son ancienne identité figure dans tous les documents liés à l’affaire. «Sans la médiatisation autour de cette affaire, je pense que ça aurait été différent, conclut-elle aujourd’hui. Des personnes trans’ m’ont contactée, certaines sont dans la même situation que moi depuis plusieurs années.»