Le ton monte entre Aides et le gouvernement au sujet du traitement préventif. Et voici pourquoi.

Dans un communiqué rendu public aujourd’hui, l’association demande au gouvernement et aux autorités de santé d’autoriser le traitement préventif contre le VIH, ou PrEP (acronyme anglais pour Prophylaxie pré-exposition). Intitulé «Nous n’attendrons pas six mois de plus», ce commmuniqué réagit aux nouvelles recommandations du groupe d’expert.e.s de la prise en charge du VIH favorable à la mise à disposition de ce traitement (un antirétroviral Truvada) pour les personnes les plus exposées au risque d’acquisition du VIH. C’est hier, lors du Congrès annuel de la Société française de lutte contre le sida, que le Pr Philippe Morlat a plaidé pour un accès à ce nouvel outil de prévention.

Pour Aides, «le ministère de la Santé ne peut plus se permettre de jouer la montre. Il faut agir, et agir vite.»

La PrEP est un traitement préventif qui empêche le VIH de pénétrer dans l’organisme. Plusieurs essais internationaux (iPrex, Ipergay) ont montré que le taux de protection, lorsque le traitement est correctement utilisé, est supérieur à 90%. La PrEP est autorisée depuis 2012 aux États-Unis, pour les personnes les plus exposées, dont les gays et les Hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH).

LA PREP RECOMMANDÉE PAR LES EXPERTS DU VIH
Dans le Rapport d’experts 2015, dirigé par Philippe Morlat, la PrEP est recommandée pour les gays «rapportant des rapports anaux non protégés avec au moins deux partenaires dans les six derniers mois» ou pour ceux qui ont fréquemment des Infections sexuellement transmissibles, ou qui ont recours au Traitement Post exposition (TPE) ou qui utilisent des drogues psychoactives lors de leurs relations sexuelles. La PrEp est également recommandée pour les personnes trans’ et les personnes hétérosexuelles fortement exposées. Forte de ce coup de pouce des experts, Aides en appelle maintenant au gouvernement. La ministre de la Santé est-elle décidée à agir? Rien n’est moins sûr. Interpellée mardi dernier par Yagg via France Inter, Marisol Touraine avait expliqué que le travail se poursuivait:

«il y a un traitement préventif qui est actuellement en cours d’essai, a répondu la ministre, et donc nous travaillons, nous réfléchissons à la décision à prendre pour les prochains mois. Je sais que c’est une attente très forte, en particulier des associations, des personnes qui sont attentives à cela, mais le travail se poursuit.»
En décryptant cette déclaration, on peut y lire des approximations. Non, le traitement préventif n’est pas «en cours d’essai». En France, l’essai Ipergay a déjà été concluant, en février 2015 et ses résultats sont sans appel: le groupe qui a pris Truvada a vu une réduction de 86% du risque d’acquisition du VIH, par rapport au groupe ayant pris un placebo.

PATATE CHAUDE
En outre, ce que la ministre de la Santé ne mentionne pas, c’est que cela fait maintenant deux ans que l’association Aides a déposé une demande de Recommandation temporaire d’utilisation pour le traitement préventif.  Depuis lors, dans un jeu de billards à trois bandes, le ministère de la Santé, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Haute autorité de santé (HAS) se renvoient la patate chaude. Pour le président de Aides, il est plus que temps d’agir. «Ces nouvelles recommandations doivent agir comme un électrochoc auprès des autorités de santé», explique Aurélien Beaucamp.

D’après l’association, chaque mois, plus de 500 personnes en France découvrent leur séropositivité.

Et Aides explique qu’elle n’attendra pas six mois de plus. Quitte à mettre en place la PrEP par ses propres moyens, sur le modèle de ce qui a été fait dans les années 1980, lorsque la distribution par les associations de seringues propres (alors interdites à la vente) a permis de contenir l’infection par le VIH chez les usagers de drogues.

UTLISATION «SAUVAGE»
L’utilisation «sauvage» de la PrEP est d’ailleurs une réalité, confirmée par des témoignages reçus dans les associations. Pour se procurer le traitement préventif, certain.e.s ont recours au TPE, d’autres demandent à leurs proches séropositifs de leur fournir le traitement, d’autres, de façon sans doute beaucoup plus anecdotique, l’achètent sur Internet. Une utilisation qui n’est pas sans poser de problèmes, car la PrEP n’est pas adaptée à tou.te.s et le traitement peut occasionner des effets secondaires graves.

Quel peut donc être le calendrier de mise à disposition? La ministre de la Santé avait déclaré qu’elle attendrait les recommandations des experts pour saisir l’ANSM sur la demande de Recommandation temporaire d’Utilisation. Mais Aides semble bien décidée à ne plus attendre. «Désormais chaque jour qui passe rendra comptables les pouvoirs publics de toute nouvelle contamination», prévient Aurélien Beaucamp. À travers l’Agence nationale de recherches sur le sida, la recherche française s’est beaucoup impliquée dans la prévention de la transmission. Mais comme pour d’autres problèmes de santé (le don du sang, les soins funéraires), la ministre de la Santé a souvent prononcé des discours volontaristes depuis trois ans… qui ne se sont pas toujours pas traduits en actes.

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