Aujourd’hui être homosexuel.le (LGBTI) réfugié politique à Marseille est pire qu’être un vulgaire délinquant.

C’est une double condamnation de la société et de l’administration françaises qui font tout pour nous mettre des bâtons sur nos chemins respectifs, au pays du mariage pour tous! Rappelons-le, pourtant, la France est signataire de la Convention de Genève qui consiste en temps normal à protéger les personnes en danger pour leur opinion politique, conviction religieuse ou pour leur orientation sexuelle.

Malheureusement la réalité est toute autre pour nous les réfugié.e.s: souvent quand nous arrivons dans les pays européens qui ne pénalisent pas les personnes LGBTI (lesbienne, gay, bisexuel, trans’, queer), nous sommes complètement égaré.e.s face à la réalité, sans aucun repère!

Sur le terrain, il y a quelques associations pour nous orienter sur le plan administratif, parmi elles: l’AAPPI (association d’aide aux populations précaires et immigrées), mais combien de demandeurs/euses d’asile sont informé.e.s de ces structures d’aide? Les demandeurs/euses d’asile, avant que l’OFPRA (Office Français pour la Protection des Réfugiés et Apatrides) ne leur accorde le statut de réfugié.e, ne sont pas autorisé.e.s à travailler, l’État français leur donne 11 euros par jour pour se loger et se nourrir, la politique de l’institution de l’OFPRA les case dans des dortoirs de fortune qui se trouvent sur le territoire français, et sont souvent en surcharge.

Ces personnes vulnérables et faibles sans aucun repère abandonnent leur chance d’obtenir l’asile parfois. Elles prennent des tas de risques notamment d’être exploité.e.s par des commerçant.e.s sans scrupules! Elles sont rémunéré.e.s trois fois moins que le SMIC. D’autres demandeurs/euses d’asile (LGBTI), faute de trouver un travail au «black», sont exploité.e.s par des proxénètes qui les obligent à exercer le travail du sexe en les menaçant de diverses choses.

Face à ça il y a le terrible problème de la bureaucratie française: les autorité de la ville de Marseille refusent souvent des droits mentionnés dans le dossier de l’OFPRA, des droits qui reviennent automatiquement à la personne demandeur l’asile. À titre d’exemple: le droit à la CMU (la couverture maladie universelle), la carte de la RTM (Régie des transports de Marseille) prise en charge à 100%… Le harcèlement de la police s’ajoute pour beaucoup à cette situation déjà dramatique qui fait que certain.e.s demandeurs/euses d’asile parmi nous tombent dans la dépression et il y a même des échos de cas de suicide.

Pour celles et ceux à qui l’État français accorde l’asile au bout de 8 à 9 mois d’attente interminable, le statut reconnaissant la qualité de réfugié.e LGBTI ou politique signifie encore une fois une naissance, une nouvelle naissance, se reconstruire à nouveau tout en sachant qu’on recommence tout à zéro. Elles et ils se disent: «Enfin la délivrance!»

Bien au contraire, pour les réfugié.e.s que nous sommes c’est une nouvelle naissance certes, mais une naissance dans la douleur, la déchirure vis à vis de la terre qui nous a vu naître, nos vies, nos famille et nos histoires respectives, se reconstruire à nouveau dans une terre inconnue et souvent hostile!

Les bâtons dans les roues commencent déjà au niveau de l’administration bureaucratique, (la préfecture, la CAF, Pole Emploi etc.).

Pour revenir à la ville de Marseille qui est considérée comme la deuxième ville de France, dans la région Paca, il y a beaucoup de xénophobie et homophobie vis a vis de nous les personnes réfugiées (LGBT), même de la part des gays. À titre d’exemple cette été à la Pride de Marseille où j’ai tenu à avoir le drapeau algérien sur le char de tête pour dire «Nous sommes là, nous les homos de l’Afrique du Nord. Nous sommes victimes des lois homophobes dans nos pays respectifs, en revanche nous continuons ici à partir de notre exil forcé le combat pour les droits LGBTI».

Malheureusement une demi-heure après le départ de la Pride du parc Longchamp ou niveau de la station Réformés-Canebière, j’ai été agressé à deux reprises par des homophobes sur l’itinéraire, et à deux reprises des gays qui étaient censés assurer la sécurité de la Pride m’ont dit «Nous n’avons rien à foutre du drapeau algérien et des gays algériens».

Voilà où nous en sommes aujourd’hui en France.

La solidarité des personnes LGBTI d’ici envers les LGBTI réfugié.e.s est très rare à cause de l’individualisme de la société française et la politique actuelle de la république française, que ce soit un gouvernement de gauche ou de droite! Aujourd’hui il faut faire une politique de communication avec et envers les personnes réfugiées et demandeurs d’asiles LGBTI, pour qu’elles ne restent pas seules face à toutes les difficultés administratives, humanitaires. Leur proposer d’aller vers le peu d’associations qui peuvent les soutenir sur le terrain.

Pour conclure ce témoignage, si les personnes LGBTI demandeuses d’asile ou réfugiées se retrouvent à un moment ou un autre dans les pays où le droit à la différence n’est plus pénalisé, mais bien au contraire protégé, c’est parce que dans leurs pays d’origine il y a des lois criminalisant l’homosexualité. Ces personnes sont doublement victimes simplement parce que leur nature est niée, ce qui fait d’elles des cibles d’agressions homophobes, de viols, de lynchages publics, d’emprisonnement, d’assassinats.

Zak Ostmane, militant LGBT algérien réfugié en France, à Marseille

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Une première version de ce texte a été publiée dans la brochure de la Pride Marseille 2015.