Opinions & Débats | 08.10.2015 - 17 h 18 | 11 COMMENTAIRES
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«Être réfugié ou demandeur d’asile LGBTI au pays du mariage pour tous», par Zak Ostmane

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Réfugié algérien gay à Marseille, Zak Ostmane témoigne.
Zak Ostmane Pride Marseille

Zak Ostmane et son drapeau à la Pride Marseille 2015 - Photo : Zak Ostmane

Aujourd’hui être homosexuel.le (LGBTI) réfugié politique à Marseille est pire qu’être un vulgaire délinquant.

C’est une double condamnation de la société et de l’administration françaises qui font tout pour nous mettre des bâtons sur nos chemins respectifs, au pays du mariage pour tous! Rappelons-le, pourtant, la France est signataire de la Convention de Genève qui consiste en temps normal à protéger les personnes en danger pour leur opinion politique, conviction religieuse ou pour leur orientation sexuelle.

Malheureusement la réalité est toute autre pour nous les réfugié.e.s: souvent quand nous arrivons dans les pays européens qui ne pénalisent pas les personnes LGBTI (lesbienne, gay, bisexuel, trans', queer), nous sommes complètement égaré.e.s face à la réalité, sans aucun repère!

Sur le terrain, il y a quelques associations pour nous orienter sur le plan administratif, parmi elles: l’AAPPI (association d’aide aux populations précaires et immigrées), mais combien de demandeurs/euses d’asile sont informé.e.s de ces structures d’aide? Les demandeurs/euses d’asile, avant que l’OFPRA (Office Français pour la Protection des Réfugiés et Apatrides) ne leur accorde le statut de réfugié.e, ne sont pas autorisé.e.s à travailler, l’État français leur donne 11 euros par jour pour se loger et se nourrir, la politique de l’institution de l’OFPRA les case dans des dortoirs de fortune qui se trouvent sur le territoire français, et sont souvent en surcharge.

Ces personnes vulnérables et faibles sans aucun repère abandonnent leur chance d’obtenir l’asile parfois. Elles prennent des tas de risques notamment d’être exploité.e.s par des commerçant.e.s sans scrupules! Elles sont rémunéré.e.s trois fois moins que le SMIC. D’autres demandeurs/euses d’asile (LGBTI), faute de trouver un travail au «black», sont exploité.e.s par des proxénètes qui les obligent à exercer le travail du sexe en les menaçant de diverses choses.

Face à ça il y a le terrible problème de la bureaucratie française: les autorité de la ville de Marseille refusent souvent des droits mentionnés dans le dossier de l’OFPRA, des droits qui reviennent automatiquement à la personne demandeur l’asile. À titre d'exemple: le droit à la CMU (la couverture maladie universelle), la carte de la RTM (Régie des transports de Marseille) prise en charge à 100%… Le harcèlement de la police s’ajoute pour beaucoup à cette situation déjà dramatique qui fait que certain.e.s demandeurs/euses d’asile parmi nous tombent dans la dépression et il y a même des échos de cas de suicide.

Pour celles et ceux à qui l'État français accorde l’asile au bout de 8 à 9 mois d'attente interminable, le statut reconnaissant la qualité de réfugié.e LGBTI ou politique signifie encore une fois une naissance, une nouvelle naissance, se reconstruire à nouveau tout en sachant qu'on recommence tout à zéro. Elles et ils se disent: «Enfin la délivrance!»

Bien au contraire, pour les réfugié.e.s que nous sommes c'est une nouvelle naissance certes, mais une naissance dans la douleur, la déchirure vis à vis de la terre qui nous a vu naître, nos vies, nos famille et nos histoires respectives, se reconstruire à nouveau dans une terre inconnue et souvent hostile!

Les bâtons dans les roues commencent déjà au niveau de l'administration bureaucratique, (la préfecture, la CAF, Pole Emploi etc.).

Pour revenir à la ville de Marseille qui est considérée comme la deuxième ville de France, dans la région Paca, il y a beaucoup de xénophobie et homophobie vis a vis de nous les personnes réfugiées (LGBT), même de la part des gays. À titre d'exemple cette été à la Pride de Marseille où j'ai tenu à avoir le drapeau algérien sur le char de tête pour dire «Nous sommes là, nous les homos de l'Afrique du Nord. Nous sommes victimes des lois homophobes dans nos pays respectifs, en revanche nous continuons ici à partir de notre exil forcé le combat pour les droits LGBTI».

Malheureusement une demi-heure après le départ de la Pride du parc Longchamp ou niveau de la station Réformés-Canebière, j'ai été agressé à deux reprises par des homophobes sur l'itinéraire, et à deux reprises des gays qui étaient censés assurer la sécurité de la Pride m'ont dit «Nous n’avons rien à foutre du drapeau algérien et des gays algériens».

Voilà où nous en sommes aujourd'hui en France.

La solidarité des personnes LGBTI d'ici envers les LGBTI réfugié.e.s est très rare à cause de l'individualisme de la société française et la politique actuelle de la république française, que ce soit un gouvernement de gauche ou de droite! Aujourd'hui il faut faire une politique de communication avec et envers les personnes réfugiées et demandeurs d'asiles LGBTI, pour qu’elles ne restent pas seules face à toutes les difficultés administratives, humanitaires. Leur proposer d'aller vers le peu d'associations qui peuvent les soutenir sur le terrain.

Pour conclure ce témoignage, si les personnes LGBTI demandeuses d'asile ou réfugiées se retrouvent à un moment ou un autre dans les pays où le droit à la différence n'est plus pénalisé, mais bien au contraire protégé, c'est parce que dans leurs pays d'origine il y a des lois criminalisant l'homosexualité. Ces personnes sont doublement victimes simplement parce que leur nature est niée, ce qui fait d'elles des cibles d'agressions homophobes, de viols, de lynchages publics, d'emprisonnement, d'assassinats.

Zak Ostmane, militant LGBT algérien réfugié en France, à Marseille

Lire aussi:
Algérie: Un gay publie un manifeste pour la dépénalisation de l’homosexualité
Algérie: Un militant gay menacé pour son opposition au régime d’Abdelaziz Bouteflika

Une première version de ce texte a été publiée dans la brochure de la Pride Marseille 2015.

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LES réactions (11)
  • Par CDGOrléans 08 Oct 2015 - 17 H 46
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    Je suis un peu gêné par la méthode qui consiste à glisser pas à pas du témoignage à la généralisation.

    La situation est peut-être détestable à Marseille, elle est sans doute difficile dans beaucoup de grandes villes, mais on ne peut pas en déduire « Voilà où nous en sommes aujourd’hui en France. La solidarité des personnes LGBTI d’ici envers les LGBTI réfugié.e.s est très rare à cause de l’individualisme de la société française. »

    Je ne connais « que » la situation à Orléans, où nous accueillons une dizaine de réfugié-e-s gays ou lesbiennes par an au centre LGBT. Nous les accompagnons dans leurs démarches, ce qui est un travail considérable : nous passons 30 à 50 heures avec chacun pour la rédaction de son récit et la préparation à l’entretien à l’OFPRA, ou pour l’appel devant la CNDA.
    Et 7 fois sur 10, ils obtiennent l’asile (à comparer aux 18% pour l’ensemble des réfugiés).
    Aucun de ceux que nous avons accompagné depuis 5 ans n’est au chômage. Certains sont en formation professionnelle ou universitaire, après avoir validé leurs diplômes étrangers. Plusieurs ont demandé et obtenu la nationalité française. Tous ont un logement, après avoir été hébergé en CADA ou par des amis pendant la période d’instruction de leur demande d’asile.

    Certes Orléans n’est pas toute la France, mais Marseille non plus.

    Alors évitons les généralisations : Non, la société française n’est pas qu’individualiste. Et il existe de vraies solidarités.

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    • Par Biel 08 Oct 2015 - 21 H 00
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      Merci pour ce témoignage, mais en effet @yagg a tendance à ne parler de trains qui n’arrivent pas à l’heure. Je ne sais pas sans quel but d’ailleurs.

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    • Par Yagg 09 Oct 2015 - 12 H 07
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      La rubrique Opinions&Débats est ouverte à tou.te.s. Si vous avez envie de parler des trains qui arrivent à l’heure, proposez-nous un texte 😉

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  • Par Adrien C. 08 Oct 2015 - 17 H 51
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    Merci pour ton témoignage, Zak!
    Le chemin d’un demandeur d’asile et, ensuite, réfugié, est compliqué mais il y a aussi des personnes qui sont solidaires et qui acceptent avec joie de partager avec des réfugiés lgbt, j’espère que tu en connais ou que tu en croiseras! 🙂
    Bon courage!

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  • Par riton 08 Oct 2015 - 19 H 02
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    S’il est vrai que pour certains la solidarité est réelle,
    Malheureusement le plus souvent il n’y en a pas.
    Dans ce que j’ai lu je ne vois aucune généralisation mais l’expression d’une triste réalité.
    Impliqué dans cette solidarité je ne peux que constater que ce témoignage est vrai.
    Et tant mieux si quelques personnes et associations prouvent que c’est possible de s’entr’aider

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    • Par Biel 09 Oct 2015 - 20 H 59
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      @riton
      Si c’est une généralisation parce qu’aucun étude sur les sujets existe. Donc partir de son expérience personnelle et étendre cela à toute la France c’est bien une généralisation.

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  • Par Jess 08 Oct 2015 - 19 H 52
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    Et combien de demandeurs d’asile déboutés de leur demande rentrent effectivement dans leur pays ?

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  • Par Biel 08 Oct 2015 - 21 H 21
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    Il ne faut pas confondre le sud est qui est assez individualiste et la France entière. D’ailleurs les sociologues nous ont souvent vendu Marseille comme la ville où tout se passe merveilleusement bien.
    Mais dans ce cas où sont les manifestants LGBTI qui étaient allés manifester pour l’accueil des réfugiés pour lutter contre l’homme blanc de plus de cinquante ans ? Là on ne les voit plus.

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  • Par Madrilene 09 Oct 2015 - 14 H 58
    Photo du profil de Madrilene

    Juste un point de détail:
    « Elles prennent des tas de risques notamment d’être exploité.e.s par des commerçant.e.s sans scrupules! Elles sont rémunéré.e.s trois fois moins que le SMIC. D’autres demandeurs/euses d’asile (LGBTI), faute de trouver un travail au «black», sont exploité.e.s par des proxénètes qui les obligent à exercer le travail du sexe en les menaçant de diverses choses.
    Est ce que le message c’est de dire que le travail du sexe est un travail comme les autres ou de dir que des etres humains particulièrement fragiles font l’objet d’une traite où des proxénètes les force à se prostituer sous la menace ?
    Vouloir défendre le travail du sexe librement consenti, soit mais pas au prix de la torsion hypocoristique du langage et par conséquent de la réalité quand il s’agit de prostitution forcée : oui la traite humaine existe et il faut la dénoncer et ce n’est surement pas avec une phrase tournée de cette façon qu’on le fait !

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  • Par Phan Bigotte 09 Oct 2015 - 16 H 58
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    Moi aussi, j’étais un jeune réfugié politique : à l’âge de vingt ans, j’ai découvert à mon arrivée en France un nouvel univers homosexuel, beaucoup plus expressif dans toute sa variété, que celui de ma jeunesse au Sud Viêt-Nam !
    Au lieu de se lamenter sur ma condition, j’ai donc commencé à collectionner tous les documents que je trouvais sur l’homosexualité, notamment à l’association Arcadie…
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    En 1989, après avoir découvert ma séropositivité au VIH, j’ai utilisé l’argent de la vente de ma librairie (qui avait même un rayon de homo) pour acheter aux enchères de l’État français une grande maison pour un meilleur stockage de ma collection de plus en plus volumineuse.
    Puis j’ai milité simultanément dans les deux grandes associations de lutte contre le sida, Act Up – Paris et AIDeS, dont j’ai conservé de très nombreux documents (notamment internes)…
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    http://yagg.com/2014/01/26/academie-gay-lesbienne/
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  • Par Phan Bigotte 09 Oct 2015 - 17 H 15
    Photo du profil de Phan Bigotte

    Puis avec d’autres collectionneurs passionnés, j’ai entrepris de sauvegarder jour après jour : tout ce que nous avons pu collecter ou acheter avec nos propres deniers afin de les archiver pour contribuer à la préservation des patrimoines socioculturels LGBT dans l’histoire.
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    Aujourd’hui, le fonds du Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBT, de notre association Académie Gay & Lesbienne, est considéré comme le plus grand rassemblement de documents LGBT et sur les LGBTI en France par son volume et sa diversité : soit plusieurs dizaines de milliers de documents sur l’homosexualité, la bisexualité et la transidentité, ainsi que sur le genre, le sexe, la sexualité et le sida.
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    http://www.archiveshomo.info/academie/press-book/archives_lgbt_en_france_2013.pdf
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