Les signatures de la Charte d’Engagement LGBT se suivent et ne ressemblent pas. Reportage hier à la BNP, première banque à signer la Charte.

La signature par Jean-Laurent Bonafé, le directeur général de BNP Paribas, de la Charte d’Engagement LGBT de l’Autre Cercle (lancée en 2012 à l’initiative d’Accenture) a revêtu un caractère particulier hier soir. Barbara Levéel, responsable Diversité de la banque, n’a d’ailleurs pas caché son émotion. Pour elle, c’est l’aboutissement d’une démarche lancée il y a un an et qui aura nécessité une forte mobilisation au sein de l’entreprise.

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Plusieurs intervenant.e.s de la table ronde ont d’ailleurs souligné que le sujet de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre restait parfois difficile à faire passer au sein des milieux économiques et politiques. Invitée d’honneur hier à BNP Paribas, Roselyne Bachelot, ex-ministre et icône de l’égalité des droits, a confié qu’elle avait dû faire parfois du soutien psychologique auprès de collègues homos, mais au placard, au sein de l’Assemblée nationale. Dans le documentaire Coming In, de la réalisatrice Marlise Demeulandres, projeté en ouverture des débats hier, les témoignages d’hommes et de femmes LGBT montrent bien qu’au sein des entreprises, le coming-out et l’estime de soi restent parfois problématiques.

En devenant la première banque à signer la Charte, BNP Paribas s’engage donc à mettre en place des actions pour améliorer l’inclusion des personnes LGBT dans l’entreprise. Deux ans et demi après le vote de la loi ouvrant le mariage pour tous, il faut aussi faire vivre l’égalité des droits au travail. Ce n’est pas toujours évident tant la peur du dévoilement reste forte. D’après un sondage de L’Autre Cercle, réalisé en 2010, plus des deux-tiers des salarié.e.s LGBT interrogé.e.s ne souhaitent pas être visibles. Une politique d’inclusion passe aussi par une mise en confiance des salarié.e.s LGBT qui peuvent parfois hésiter à réclamer des droits de peur de la stigmatisation.

Face aux réactions négatives suscitées ces derniers jours par l’annonce de cette signature, la direction a souhaité montrer sa détermination. BNP Paribas rejoint donc Accenture, Randstad, Sodexo, Monoprix et bien d’autres qui ont déjà signé la Charte. Selon nos informations, la chaîne TF1 doit signer la charte d’ici fin octobre, tandis que France Télévisions et Canal+ y songeraient à leur tour.

Jean-Laurent Bonafé, Directeur général de BNP Paribas: «Chez nous, tous les collaborateurs doivent être bien au travail»

bnp-4Quand on vous a présenté ce projet, quelle a été votre réaction? C’est une évolution normale dans la société. Cette question vient, grandit. On avait beaucoup traité de la mixité homme-femme. Maintenant vient le sujet de la non discrimination en raison de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre et nous essayons de le traiter en toute équité.

Comment allez-vous mettre en place les mesures sur lesquelles BNP Paribas s’est engagée en signant la Charte? Il y a une grande communication interne autour de cette signature. Celles et ceux qui ont créé le réseau Pride, vont l’animer. C’est un réseau ouvert à tous, c’est un lieu d’échanges. Nous avons un certain nombre de supports pour faire vivre la Charte.

Des réactions négatives ont été exprimées. Vous y attendiez-vous? Nous nous attendions à des réactions négatives, certains ne sont pas d’accord, nous les respectons. Mais je voudrais dire que c’est une initiative de l’entreprise pour elle-même, en son sein. Chez nous, tous les collaborateurs doivent être bien au travail et la Charte fait partie de cette dimension, c’est incontestable.

 

Barbara Levéel, Responsable Diversité: «Nous espérons que nous ouvrons la voie à une compréhension plus large de ce sujet»

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Il vous a fallu un an pour aboutir à la signature de ce soir… Je pensais que c’était un geste très simple, mais j’ai pris conscience au fur et à mesure, en avançant dans le projet, que c’était une ambition beaucoup plus grande que prévu. Cela fait dix ans que nous avons une politique Diversité et j’ai communiqué auprès du Directeur général pour lui dire que nous étions prêts. Il m’a répondu dans l’heure: « Oui bien sûr. »

Comment comptez-vous évaluer vos actions concernant la Diversité LGBT? Un des points de la Charte, c’est le lancement du réseau. On attend beaucoup du retour des collaborateurs, nous leur distribuons la brochure sur le réseau Pride France. Nous nous appuierons sur le réseau pour avoir une politique plus inclusive, nous serons vigilants sur l’égalité des droits, pour tous nos collaborateurs. Aujourd’hui, c’est le cas mais de nouveaux droits se créent et il faut être attentif à être inclusif. On souhaite créer aussi des liens entre les métiers, certains métiers accueillent plus facilement que d’autres cette problématique. Et nous souhaitons également travailler avec l’Angleterre et les États-Unis.

Quel impact une signature comme celle-ci peut avoir? J’espère que toutes ces actions et le message qu’on a envoyés ce soir permettront aux collaborateurs de se sentir mieux, en confiance. J’espère qu’ils ont compris que la direction générale ne les lâcherait pas sur ce sujet.

Les réactions négatives vous ont surprise? Je mentirais si je vous disais que je n’ai pas été surprise par l’ampleur de la désinformation, par rapport à la nature réelle de notre action. Notre ambition est très simple et très modeste. Mais la direction générale n’a montré aucune faiblesse. Nous prendrons le temps de parler à nos collaborateurs, nous ne voulons exclure personne et nous prendrons le temps de parler à nos clients. C’est important qu’ils comprennent notre démarche de banque responsable. Pour ceux qui ne sont ni nos collaborateurs, ni nos clients, nous espérons que nous ouvrons la voie à une compréhension plus large de ce sujet.

 

Bruce Hedgcock, porte parole du réseau Pride France: «C’est un réseau laïc, apolitique, ouvert à tout collaborateur»

bnp-5Vous venez de lancer le réseau Pride France. De quoi s’agit-il? C’est un nouveau réseau, composé de toutes les entités de BNP Paribas, et qui regroupe des hommes et des femmes LGBT. C’est un réseau laïc, apolitique, ouvert à tout collaborateur.

Quels vont être les objectifs de ce réseau? L’objectif principal est de donner plus de visibilité aux personnes LGBT dans l’entreprise. C’est un lieu de rencontres et de promotion de la bienveillance à l’égard des personnes LGBT au sein de BNP Paribas.

Combien de personnes font partie de Pride France? Le lancement a eu lieu ce soir et nous sommes une quinzaine à avoir rejoint Pride France pour l’instant. Nous espérons à avoir une petite centaine de personnes. Il existe déjà un réseau professionnel LGBT au sein de BNP Paribas aux États-Unis et au Royaume Uni. Je voudrais d’ailleurs souligner que BNP Paribas a été désignée deux années de suite « Best place to work », par l’association Human Rights Campaign aux États-Unis.

Photos Xavier Héraud