Premier volet d’une série d’interviews de militant.e.s trans’ et de personnes qui ne se conforment pas à un genre particulier, une rencontre avec CeCe McDonald: victime d’une agression raciste et transphobe dans les rues de Minneapolis le 5 juin 2011, cette femme trans’ a été condamnée un an plus tard à 41 mois de prison pour s’être défendue, en blessant mortellement son agresseur avec une paire de ciseaux. CeCe McDonald a été incarcérée dans une prison pour hommes jusqu’en janvier 2014. L’actrice Laverne Cox a suivi son parcours jusqu’à sa libération et co-produit actuellement un documentaire à son sujet.

Aujourd’hui très investie dans le mouvement Black Trans Lives Matter, en réaction à la hausse alarmante des meurtres de femmes trans’ de couleur aux États-Unis, CeCe McDonald partage son expérience et milite activement contre la transphobie. À propos de Caitlyn Jenner et de son coming-out, la jeune femme ne mâche pas ses mots et critique la surmédiatisation de sa transition: «Je crois que Caitlyn Jenner et moi n’avons qu’une chose en commun, c’est le fait d’être trans’. (…) Je crois que l’idée de la société sur “ce que sont les femmes trans’” s’est vaguement basée sur le coming-out de Caitlyn Jenner, donc nous avons échoué à nous rendre compte que c’est une personne qui est clairement une républicaine conservatrice et qui va à l’encontre de tout ce que nous combattons au quotidien… les politiques républicaines conservatrices sont contre les femmes, contre les femmes trans’, contre la communauté LGBTQIA, contre les communautés en situation de pauvreté. (…)»

«Il y a des femmes trans’ qui n’ont pas la possibilité de transitionner comme elles le veulent par manque de ressources financières et d’accessibilité, qui doivent gérer la dysphorie au quotidien, et il y a une seule femme trans’ dans les médias qui d’une certaine façon recueille plus d’attention que Laverne Cox ou Janet Mock ou Carmen Carrera ou qu’aucune autre femme trans’ de couleur.(…) »

«Je ne dis pas qu’elle a fait sa transition pour avoir de l’attention ou quoi que ce soit, mais elle utilise notre mouvement pour son propre intérêt et c’est frustrant.»

Comment être un.e allié.e pour les personnes trans’ ou qui ne se conforment pas à un genre précis, lorsqu’on est une personne cisgenre? Là-dessus, CeCe McDonald a de nombreuses préconisations: «Je pense qu’un des moyens pour les gens de défendre les femmes trans’ au quotidien c’est de nommer l’intolérance, la misogynie, la transmisogynie, la transphobie, et l’homophobie quand ils les voient… (…) Défendre les femmes trans’, ce n’est pas juste élever la voix pour les femmes trans’, c’est être là activement pour elles. Être capable de partager son espace, de ne pas co-opter nos mouvements ou nos vies, ne pas faire de nous les trans’ de service, ne pas utiliser nos histoires ou nos images pour servir son programme ou son intérêt, et s’assurer que si on demande quelque chose à une femme trans’, on peut la rémunérer. Les gens ne comprennent pas que faire sa transition, particulièrement au niveau médical, est très dur (…).»

L’interview se conclut par une question sur l’héritage que la militante souhaite laisser. Là encore, ses propos montrent une volonté inébranlable de rappeler que l’égalité des droits n’a pas été atteinte avec la décision de la Cour suprême ouvrant le mariage aux États-Unis en juin dernier: «Quelqu’un m’a dit hier soir “le boulot n’est pas terminé tant qu’il n’est pas terminé.”»

«Beaucoup de gens ont laissé tomber après le mariage pour tous, et tant de choses pour lesquelles ils se sont battus – dont les femmes trans’ faisaient partie – ne comptaient plus tant que ça.»

«Je dis juste que je ne vais pas continuer à soutenir des mouvements qui ne soutiennent pas les femmes trans’, car ils, là encore, co-optent notre mouvement, fantasment et glamourisent nos mouvements, font du white-washing, du gay-washing, et nous, en tant que femmes trans’ et femmes trans’ de couleur, avons besoin de reprendre notre héritage. Nous devons reprendre notre droit d’être qui nous sommes sans que d’autres reprennent nos luttes et celles de nos ancêtres. Mon héritage, c’est notre héritage. Et ça a commencé avec Marsha P. Johnson et Sylvia Rivera et Miss Major et les émeutes de Stonewall et celles de la cafeteria de Compton, et ces mouvements m’ont même donné la capacité de faire cette interview en ce moment. Les personnes trans’ ont existé pendant des siècles et nous prospérons et nous ne nous éteindrons pas.»

À lire sur The Huffington Post.