Parmi les 22 films qui sortent cette semaine, un record pour cette année, zoom sur Je suis à toi, deuxième long métrage de David Lambert qui nous a accordé une interview.

Je suis à toi s’appuie au départ sur un sujet vu et revu et assez casse-gueule au cinéma, la prostitution. Mais par la grâce de sa mise en scène et la performance des acteurs (Nahuel Pérez Biscayart, Jean-Michel Balthazar) et de l’actrice principale (Monia Chokri), David Lambert nous déroute et nous entraîne dans une belle comédie touchante et pleine de surprises.

On suit d’abord Lucas, un jeune argentin démuni, qui rêve d’ailleurs et réussit à convaincre Henry, un boulanger belge en manque affectif et sexuel, de le faire venir en Europe. Mais sur place, c’est Audrey, la vendeuse de la boulangerie, qu’il veut courtiser… Ce trio amoureux n’est pas sans rappeler le premier film de David Lambert, Hors les murs, sorti en 2012.

Je suis à toi a reçu le Prix du jury au dernier festival Chéries-Chéris. C’est d’ailleurs à cette occasion que nous avions interviewé David Lambert.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce film? david-lambert je suis a toi pirita sarmaAu départ, c’est un constat très simple sur la manière dont les prostitué.es et les clients, ça veut dire l’activité prostitutionnelle, était traitée au cinéma. Je trouvais que c’était un sujet très mal traité. On criminalise toujours cette activité. Je voulais essayer de créer deux personnages qui dépassent ces problématiques-là, qui soient des personnages en proie à une misère économique d’un côté et d’une misère sexuelle de l’autre et qui se rencontrent de manière improbable.

Parlez-nous de cette relation particulière entre ce boulanger wallon et ce jeune prostitué argentin. Ils savent pourquoi ils sont là. Ils essaient de mettre des masques mais ça ne marche pas vraiment. Au départ, leur relation instaure un rapport de pouvoir, mais dans la trajectoire de Lucas au cours du film, il y a un mouvement d’autonomie. Il se réapproprie son propre corps, son propre cerveau et son propre cœur.

Comment avez-vous choisi vos deux acteurs principaux? J’avais vu Nahuel dans le film Au fond des bois de Benoît Jacquot, avec Isild le Besco, où il avait un rôle très animal, très muet. On s’est très vite très bien entendu sur le personnage qui rêve d’un eldorado européen, qui n’existe pas. J’ai créé le rôle du boulanger pour Jean-Michel Balthazar. J’avais déjà travaillé avec lui.

Votre film est ancré dans un territoire très précis… Je voulais vraiment insister sur ce décor wallon, avec les accents wallons. Je voulais garder ce fort ancrage local sans le gommer mais sans en faire de l’exotisme. Parfois Lucas est perdu, et le spectateur aussi, dans des moments, je pense aux chants notamment, où on ne sait pas trop ce qui se passe. Ça participait de l’étrangeté et de la drôlerie qu’on peut avoir face à un étranger dans un contexte bizarre.

La boulangerie est le décor principal de l’intrigue et vous avez remarquablement utilisé ce décor et cette ambiance… J’ai fait mon premier court-métrage dans cette boulangerie, avec le même acteur, qui jouait un personnage.similaire. J’ai eu un amoureux qui travaillait dans une boulangerie. C’est un lieu super visuel et ces personnages sont constamment décalés, puisqu’ils travaillent la nuit. Et puis il y a la pâte, la chair, et je trouvais qu’il y avait pas mal d’analogie avec l’activité de prostitution.

Avez-vous eu des influences cinématographiques précises pour ce film? Pour Hors Les murs, Les Parapluies de Cherbourg était une influence consciente. Pour Je suis à, toi, je n’ai pas une influence ou une référence clairement consciente. Bien sûr, des cinéastes comme Rainer Fassbinder ou Douglas Sirk, c’est mon terreau de cinéma, c’est sur quoi je me base, et ensuite je développe ce que j’ai à développer. Mais Fassbinder était un peu plus désespéré que moi. Je continue de faire des films de nounours! Les personnages ont chaque fois un bon fond, ils ne sont pas pervers. Je voulais donner à voir un horizon qui se dégage et faire un film qui commence dans une certaine noirceur, dans une sorte de drôlerie désespérée, et qui aille vers un peu de lumière.

 

La bande annonce de Je suis à toi:

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