L’association HomoSFèRe a fait connaître hier, lundi 5 octobre, sa volonté de quitter l’Inter-LGBT. Lors d’une réunion le 21 septembre, le Conseil d’administration, invoquant des divergences et dénonçant certain agissements, a voté à l’unanimité son départ de l’interassociative qu’elle avait rejointe en 2010.

«Depuis un moment déjà l’Inter-LGBT s’affaiblit et ne joue plus son rôle», déplore l’association. Dans un long communiqué, HomoSFèRe fait part de ses nombreuses observations: «une absence totale de stratégie politique qui affaiblit nos combats, un engagement frileux très en-dessous des besoins et des enjeux de nos communautés excluant certaines minorités: des débats incessants sur les signatures avec astérisques qui amènent à ne pas soutenir certaines populations LGBT précarisées, le verrouillage total du débat sur la GPA au prétexte d’un féminisme autoritaire porté par une délégation que plus personne n’ose contredire de peur de se faire taxer de sexisme…».

UNE INTERASSOCIATIVE EN PROIE À SES QUERELLES INTERNES
HomoSFèRe signale plusieurs incidents au cours de l’année qui motivent sa décision, notamment la première version de l’affiche hautement controversée de la dernière Marche des Fiertés, révélée en avril: «HomoSFèRe s’était élevée contre cette affiche et son mot d’ordre associé mais ne s’est jamais sentie entendue au sein des instances. De même, lors de la réunion du pôle politique du 21 avril 2015 qui a suivi la réunion de crise du 14 avril 2015, HomoSFèRe avait dénoncé publiquement les conditions dans lesquelles cette affiche avait été sélectionnée et maintenue, en particulier l’absence d’information aux associations sur ce qu’avait réellement été le projet des graphistes. Et pour autant, quand le projet réel a été connu, le vote a été maintenu malgré les irrégularités que ce manque d’information avait entraînées au moment du vote initial et du vote de maintien!» HomoSFèRe énumère aussi différents problèmes de fonctionnement au sein de l’Inter-LGBT:

«Des manœuvres incessantes autour des statuts et des modes de gouvernance, qui ne servent que les intérêts personnels et les intrigues de quelques un.e.s, mais nuisent au débat démocratique et à la qualité des travaux; des pratiques dignes des procès staliniens pour discréditer et faire partir celles et ceux qui ont exprimé une voix différente.»

UN CONSTAT PARTAGÉ PAR D’AUTRES
L’association évoque enfin un climat global étouffant et contre-productif: «La liberté d’opinion, la liberté d’expression sont en danger au sein de l’Inter-LGBT où règnent désormais la pensée unique et la censure. Les listes de diffusion sont devenues un terrain miné où aucune opinion différente ne peut être exprimée sans déclencher une vindicte, en tout cas à l’égard de certaines personnes.»

«Aucun débat contradictoire n’est plus possible.»

HomoSFèRe signale que ces observations se sont faites «dans la continuité des tristes constats dressés par les associations MAG Jeunes LGBT, GLUP, CAELIF». En effet, début septembre, ces trois associations ont publié une lettre ouverte en forme de «sonnette d’alarme» dans laquelle elles pointaient du doigt le déroulement de la dernière Assemblée générale de l’Inter-LGBT les 4 et 5 septembre, et parlent elles aussi de «défiance», de «suspicion», voire d’une «absence d’ouverture au débat et à la contradiction»: «Le manque de confiance et de considération qui semble accordé aux associations, la volonté à peine dissimulée de se priver de certaines forces vives lorsqu’elles n’acceptent pas de se fondre dans l’opinion de ceux qui s’expriment le plus fort, nous apparaissent comme des explications plus que probables du fait qu’à peine 30 d’entre elles aient été présentes ou se soient fait représenter à l’Assemblée générale – un nombre qui sera certes amené à augmenter au fil des ré-adhésions, mais qui peut croire qu’elles suffiront à dissimuler l’ampleur du désenchantement? Il nous paraît pour le moins absurde de faire à la fois le constat alarmiste d’un désengagement militant croissant et pour le moins préoccupant – un fait corroboré par la difficulté permanente à remplir les besoins en bénévoles – et de ne pas s’interroger sur ses causes profondes. Plusieurs personnes ont, pendant l’Assemblée générale, pointé le danger que l’Inter-LGBT finisse par ne plus être audible et compréhensible que par elle-même; c’est une crainte que nous partageons, un risque à ne pas prendre à la légère, et qui ne concerne pas seulement les questions de vocabulaire.»

Lors de cette Assemblée générale, le mandat de Sylvie Fondacci, fondatrice et présidente d’HomoSFèRe, comme co-porte-parole à la lutte contre les discriminations n’avait pas été renouvelé (elle en demandait le prolongement jusqu’à la fin de l’année), dans des conditions qui l’avait conduite à démissionner de l’Inter-LGBT, comme elle l’expliquait dans un long statut Facebook.

Plus tôt dans l’année, c’est l’association FièrEs qui a pris la décision en mai dernier de quitter l’Inter-LGBT, témoignant d’un «sexisme latent» et d’un «mépris» au sein de l’interassociative.