Libération et la RTBF ont annoncé ce matin le décès de la réalisatrice belge Chantal Akerman à l’âge de 65 ans. Elle avait notamment réalisé Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, Un divan à New York ou La Captive, avait fait tourner Delphine Seyrig, Aurore Clément, ou encore Juliette Binoche, et était considérée comme une des réalisatrices les plus importantes du cinéma contemporain.

De par ses films radicaux et son œuvre foisonnante, Chantal Akerman est un nom cité par plusieurs grandes figures du 7e art, parmi lesquels Gus Van Sant, Todd Haynes ou Hou Hsiao-Hsien. Ester Martin Bergsmark, réalisatrice suédoise du film Something Must Break, mais aussi Stacie Passon, réalisatrice de Concussion, citent l’une et l’autre Je, tu, il, elle comme une référence marquante dans leur travail.

Ce dernier film, réalisé en 1974 et dans lequel elle tient le rôle principal, est probablement un des plus emblématiques de son parcours cinématographique, et se terminait par une scène de sexe entre deux femmes. «La sexualité (hétéro ou homosexuelle) telle qu’elle s’y livre, de la même manière, n’est qu’une figure de son étude récurrente de la solitude, de la désespérance, de l’absence de communication, du vide, écrit Didier Roth-Bettoni du cinéma de Chantal Akerman dans L’Homosexualité au cinéma. Ainsi, à voir Je tu il elle et ses trois fragments – une jeune femme (Akerman elle-même) dans une chambre, écrit, mange du sucre, se déshabille, se regarde, se rhabille; elle fait de l’auto-stop et est prise par un camionneur qui lui raconte sa vie avant qu’au terme de leur brève rencontre elle lui taille une pipe; chez une amie à Paris, elle mange, puis elles font l’amour, avec violence puis tendresse, et s’endorment –, on est sidéré de voir à quel point ces corps nus, même pendant l’amour, sont filmés de manière glaciale, presque désespérante.»

Extrait de Je, tu, il, elle:

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Féministe, lesbienne, Chantal Akerman était bien peu encline à toute démarche communautaire, comme le rapportait Les Inrocks dans un portrait publié en 2004:

«Avec qui on couche, c’est pas politique. Je suis pour faire les choses comme on a envie de les faire, sans demander la permission à l’État. Je ne me pacserai jamais. Parce que je n’ai pas envie d’être sur des listes. Pas envie qu’on fasse des statistiques avec moi. Je n’ai pas envie de leurs droits. Je m’en tape.»

L’actrice Sylvie Testud, qui a tourné à deux reprises sous sa direction (dans La Captive et Demain on déménage), a réagi à l’annonce de ce décès et raconte la singularité de sa manière de travailler: «Avec elle, j’ai découvert qu’on peut ne rien faire devant une caméra. Nous les acteurs nous nous mettons toujours la pression du regard des autres. Elle m’a appris qu’il suffit souvent d’être juste présente, que cela suffit déjà pas mal. Dans son travail, notamment dans son adaptation de Proust, il fallait que tout soit exact, travaillé. Mais c’est uniquement ainsi, quand les choses sont aussi précises, que l’accident est le plus beau.»

Le dernier film de Chantal Akerman, No Home Movie, avait été présenté en août au festival de Locarno.