Ce dimanche 4 octobre sur La Chaîne Parlementaire, était diffusé en soirée le film La Cage aux Folles 3 suivi d’un débat animé par Emilie Aubry et intitulé «Mariage pour tous: mission accomplie?», avec le député PS Erwann Binet, l’auteur du livre Histoire de l’amour et de la haine (chez Grasset) Charles Dantzig et Virginie Tellenne, connue aux moments des débats sur le mariage pour tous sous le sobriquet de Frigide Barjot.

PREMIERS ÉCHANGES ENTRE ERWANN BINET ET VIRGINIE TELLENNE
Après avoir écouté Erwann Binet évoquer son souvenir de 2013, Virginie Tellenne a ressorti les chiffres du sondage Ifop commandé par son association L’avenir pour tous, chiffres tout à fait contestables, en raison de la tournure des questions qui amalgamaient les sujets de la PMA, de la GPA et du mariage pour tous. L’occasion pour elle de rappeler sa position en faveur d’une «union sans filiation». Arguant que d’autres sondages montrent clairement que la société accepte majoritairement le mariage pour tous, Erwann Binet a de fait souligné que certaines questions orientaient les réponses des personnes sondées. Il constate aujourd’hui que «3 à 4% des mariages» célébrés aujourd’hui concernent des couples de même sexe: «Je l’avais prévu et je l’avais dit pendant les débats, parce que ça s’est passé comme ça dans tous les pays du monde, il n’y avait aucune raison que la France échappe à cette évolution évidemment. (…) Le texte s’applique complètement, totalement…» «et ouvre à la PMA et à la GPA!» coupe brutalement Virginie Tellenne.

PAS D’HOMOPHOBIE EN FRANCE
Face à Charles Dantzig, qui rappelle la violence homophobe engendrée par les débats de 2013, un thème central de son dernier roman, l’ancienne pasionaria des anti-égalité tente de redorer, sans franchement y parvenir, son image gay-friendly… tout en niant à plusieurs reprises qu’il existe de l’homophobie en France: «Je m’inscris vraiment en faux avec Charles Dantzig. Je les connais ces jeunes homosexuels. Je parle avec leurs parents, je leur explique quel est l’amour qu’ils ont les uns pour les autres. Mais le problème c’est quand on nous explique ce que vous venez de nous dire, qu’on est des méchants parce qu’on souhaite que l’union qui reconnaisse leur amour ne soit pas celui qui donne la vie!» Charles Dantzig tente une analogie pour lui faire comprendre qu’elle légitime là une discrimination: «C’est exactement comme quand on vous a donné le droit de vote en tant que femme il y a quelques années: “On va donner le droit de vote aux femmes mais Virginie Tellenne est rousse, alors on va plutôt le donner aux brunes”, c’est exactement la même chose.» En s’insurgeant contre le manque de dialogue (et à court d’argument?), Virginie Tellenne finit par mettre en avant le fait qu’elle a été expulsé de son appartement. Emilie Aubry tente de la recadrer mais Virginie Tellenne poursuit: «Vous ne me laissez pas terminer», répète-t-elle lourdement, oubliant qu’elle a coupé la parole aux deux autres invités à plusieurs reprises et qu’elle est un peu hors-sujet avec son histoire d’appartement.

PAS DE RÉÉCRITURE DE LA LOI POSSIBLE
Plusieurs points intéressants ont néanmoins étaient abordés pendant l’émission, lorsqu’Erwann Binet est revenu sur le projet d’abrogation de Nicolas Sarkozy, expliquant de façon méthodique pourquoi une réécriture «de fond en comble», selon les termes de l’ancien dirigeant, n’est pas envisageable. «Cela prouve l’ignorance de Nicolas Sarkozy sur ce débat et ce texte là.» Emilie Aubry a aussi mentionné les plaintes des associations qui déplorent que la loi sur le mariage pour tous ne contenait aucune avancée sur la parentalité: «Je partage leur opinion, a-t-il affirmé, puisque ce n’est un secret pour personne que je suis favorable à la PMA pour les couples de femmes et au-delà à permettre aux enfants nés par PMA depuis bientôt quarante ans de pouvoir connaître l’identité de leur donneur et leur histoire personnelle.»

L’AUTRE «GROS DOSSIER»: LA PMA
Quels sont les manquements du texte, a interrogé un peu plus tard la journaliste. «Je pense que sur le mariage et la filiation pour les couples homosexuels, on est allé jusqu’au bout de ce qu’on peut faire et il n’y a pas d’ouverture à faire. Il y a un gros dossier procréation médicalement assistée qui va bien au-delà du mariage des couples de lesbiennes, et qu’il faut ouvrir. On attend un avis du Comité consultatif national d’éthique sur cette question là (depuis janvier 2013, ndlr), et bien au-delà de la PMA pour les couples de femmes, éventuellement pour les femmes célibataires, j’ai un avis plus réservé là-dessus, mais ce sujet là existe dans d’autres pays, il faudra que nous le posions aussi. Sur la gestation pour autrui, nous avons un souci qui était la reconnaissance des enfants vivant dans notre pays et nés de GPA pratiquée à l’étranger, qui n’a rien à voir avec le mariage pour tous. La France aurait été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme, mariage pour tous ou pas mariage pour tous, nous aurions été obligés de transcrire dans l’état civil l’identité de ces enfants parce que nous sommes dans un pays où nous ne pouvons pas accordés plus ou moins de droits, ou reconnaître des droits à des personnes, en fonction de leur mode de procréation, or, c’est ce que nous faisions avec les enfants nés par GPA. Heureusement grâce à une décision de la cour de cassation il y a quelques mois, ce n’est plus le cas dans notre pays.»

Voir le débat dans son intégralité:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Grand écran : le débat : Le mariage pour tous, mission accomplie ?

Le débat sera de nouveau diffusé sur LCP samedi 10 octobre 2015 à 18h30, dimanche 18 octobre 2015 à 15h30, dimanche 25 octobre 2015 à 22h00 et samedi 31 octobre 2015 à 18h30