Une page se tourne pour Christelle Foucault et pour le sport LGBT en France. Le 24 juillet dernier, celle qui est encore pour quelque jours présidente de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne (FSGL), faisait son pot de départ dans le bar resto Le Rouge tenu par de l’ancienne championne de Gymnastique, Isabelle Severino à Paris. Yagg en a profité pour aller à sa rencontre pour un entretien-bilan sur ces cinq années passés à la tête d’une fédération qui n’en finit plus de grossir.

Après cinq années en tant que présidente de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne, comment vous sentez-vous à l’approche de votre départ ?
Un mélange de nostalgie et de joie parce que je vais vers une autre aventure qui me tente, que j’ai très hâte de commencer. L’objectif, c’est de regarder vers l’avant. Cinq ans à la FSGL, ça fait forcément quelque chose. Néanmoins, je pense que j’ai fait ce qu’il fallait faire et qu’il est temps de passer la main.

Comment a évolué la FSGL durant votre présidence ?
La FSGL a évolué à plusieurs niveaux. Elle a évolué en taille et c’est facilement mesurable. Quand je suis arrivée à la FSGL en 2009 en tant que vice-présidente, il y avait 35 associations affiliées à la FSGL, il y en a 51 aujourd’hui. On avait deux délégués régionaux, nous en avons cinq à présent avec des régions qui sont plus actives qu’auparavant comme l’Ouest, le Sud-Est, la région Poitou-Charentes,un délégué dans le Nord et un en Ile de France maintenant. Ce sont des choses qui n’existaient pas auparavant. Nous sommes à 5000 adhérent.e.s contre 2500/3000 quand je suis arrivée.

Après, il y a le poids de la FSGL dans le monde du sport et le côté militant LGBT qui s’est intensifié. Les 5 dernières années ont été l’occasion de tisser des partenariats solides et récurrents que ce soit de l’ordre privé ou public comme avec l’Inpes et sa campagne «Prends-moi» qui intervient et permet de financer des événements en région aussi, Yagg avec le partenariat sur le TIP depuis 2013, un équipementier All wear pour nos tenues France, Paris 2018, TIP, etc.

Nous avons beaucoup développé les relations avec les institutionnels, ce qui n’était pas le cas au préalable parce qu’on n’osait pas forcément demander et qu’on s’auto-suffisait. Et puis il n’y avait pas forcément de projet de développement. A partir du moment où l’on s’est dit qu’il fallait s’associer pour faire bouger les choses, notamment avec les pouvoirs publics et aussi avoir des financements pour mener nos actions, on a forcément intensifié les contacts dans le domaine privé (les entreprises) et dans le domaine public en nouant des liens un peu plus soutenus avec la ville de Paris et avec le ministère des Sports. Cela a vraiment démarré en 2010 avec la Charte contre l’homophobie dans le sport – qui est plutôt à mettre au crédit du Paris Foot Gay d’ailleurs – mais qui nous a permis de montrer à quoi servait la FSGL et d’expliquer que ces associations-là s’adressent à un public LGBT parce que justement les gays, lesbiennes, bis et trans’ ne sont pas vraiment pris en charge par les associations sportives traditionnelles. On a montré qu’on avait une vraie raison d’être et que ce n’était pas du tout du communautarisme fermé, qui refusait le monde extérieur. Si l’on existait, c’est qu’il y avait un besoin. Enfin, nous recevons désormais aussi le soutien de quelques parlementaires via la réserve parlementaire dont ils/elles disposent.

Avez-vous le sentiment que les choses ont bougé au niveau des fédérations ?
Il y a encore énormément de travail, mais oui. Hier, j’ai déjeuné avec le directeur général adjoint de la Fédération Française de Natation. Il y a cinq ans, la fédération ne nous connaissait pas et inversement. A la fédé, ils n’étaient pas dans une démarche de faire des efforts. Cet aspect-là est récent. Les fédérations se disent maintenant qu’il y a peut-être un problème. Jusqu’à ce qu’ils signent la charte en 2012 c’était «il n’y a pas d’homophobie chez nous. Personne ne nous a fait remonter quoi que ce soit. On signe votre charte mais c’est un faux problème». Aujourd’hui avec l’affaire Mélanie Hénique, ou les problèmes de banderoles dans les stades de foot, on a des arguments. On peut leur demander d’arrêter de se voiler la face. Il y a encore plein de choses à faire, il faut qu’on passe à l’action pour vérifier si les fédérations prennent vraiment des mesures, si elles ont connaissance des problèmes ou des insultes, de propos homophobes au sein de leurs instances ou des clubs. Je pense qu’il y a une évolution, ça prend du temps, les instances et les fédérations nationales sont assez vieilles et un peu éloignées du terrain. On manque aussi de témoignages forts. Celui de Mélanie Hénique est super important pour nous.

Quel est votre bilan personnel ?
Je suis arrivée là un peu par hasard, je n’avais pas pour ambition d’être présidente de la FSGL un jour. Je suis rentrée par la petite porte un peu pour rendre service et m’occuper des relations avec la fédération des Gay Games au départ, parce que je parlais anglais. C’est la vie qui a fait que j’ai pris les rênes de l’association après les problèmes de santé de mon prédécesseur. Je ne savais pas trop où je mettais les pieds, je connaissais peu la communauté parce que je ne sortais pas dans les bars gays de Paris. Donc je n’étais pas la candidate idéale, mais cela m’a fait découvrir plus de choses sur le sport LGBT. J’étais déjà dans une association mais j’en ai découvert d’autres, j’ai découvert un groupe. Il y a une vraie famille, relativement soudée et qui défend des valeurs qui ne sont pas limitées aux homosexuels et qui ont des revendications plus larges qu’eux-mêmes, avec l’accueil des personnes trans’ et la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Ça m’a ouvert l’esprit.

Une chose que j’ai mise en place aussi: les contacts avec les sportifs/ives de haut niveau, qui parrainent désormais chaque année le Tournoi international de Paris. C’est comme ça également que j’ai amené Laura Flessel à marrainer Paris 2018. Il y a eu aussi la campagne «Coup de sifflet» lancée en collaboration avec la ville de Paris au mois de mai, au cours de la journée contre l’homophobie. Là encore c’est du concret, donc je suis fière d’y avoir participé.

Pouvez-vous nous raconter quelques moments marquants ?
Le premier qui me vient à l’esprit, c’est une réunion de travail au ministère des Sports. La FSGL faisait partie du groupe de travail de la commission de lutte contre les discriminations dans le sport. C’était la première fois que nous étions membres d’une commission officielle, nous avions tous nos noms notés sur la table et je me suis retrouvée en face de Laura Flessel. Ça m’a fait tout drôle de me retrouver à ce niveau de responsabilité et de reconnaissance. C’était un peu comme dans un mariage où tout le monde est placé. Être placée en face de Laura Flessel, c’est gratifiant pour la FSGL. J’ai trouvé ça important comme reconnaissance.
Après, il y a eu les rencontres que j’ai été amenée à faire justement, de sportifs/ives de haut niveau. Mon pot de départ dans le bar d’Isabelle Severino c’est aussi un signe et une illustration. Ce n’est pas une cohabitation, c’est une proximité. Et c’est une grande satisfaction pour moi. Je voulais faire comprendre qu’on reste sportifs/ives mais qu’on a des valeurs à mettre en avant et à défendre. Et il ne faut pas que l’on soit tout.e.s seul.e.s à le faire.

Est-il facile d’être une femme à la tête d’une fédération comme la FSGL?
Comme dans plein d’autres domaines, on est forcément minoritaires. A la FSGL, les femmes représentent environ 25% des licencié.e.s. C’est très peu, mais c’est à peu près la moyenne nationale dans les fédérations. Le milieu gay est quand même très soudé, dans la communauté il y a une vraie communauté gay. Il faut se faire sa place mais c’est comme dans le milieu professionnel. Je ne traînais pas trop dans le milieu homo, donc j’ai dû montrer ce dont j’étais capable. Ce n’est pas simple, mais c’est possible.

Quels sont vos projets pour la suite?
Je pars de la FSGL pour des raisons professionnelles parce que je vais être amenée à travailler à l’étranger, loin de Paris. Mon objectif, c’est de consacrer un peu plus de temps à ma vie professionnelle qui a forcément été un peu délaissée pendant mon expérience au sein de la FSGL. C’est ma priorité aujourd’hui.

Quelles ont été vos relations avec les différents ministres des sports ?
Elles ont été très différentes d’un.e ministre à l’autre. C’est lié à la personnalité de l’individu. Nous avons super bien travaillé avec Chantal Jouanno, initiatrice de plusieurs projets avec Rama Yade, qui avait pris le sujet à cœur et qui a mis la pression sur les fédérations. Après il y a eu David Douillet donc forcément, c’était un peu plus compliqué. Ensuite, nous avons eu Valérie Fourneyron qui a de nouveau été plutôt à l’écoute, mais dont les actions n’ont pas forcement été à la hauteur de ce que l’on espérait pour nous au niveau de la FSGL. Mais pour Paris 2018, elle a été super. Elle nous a accompagné à Cleveland. Elle nous a soutenu d’une manière exceptionnelle au sein du ministère des Sports et au niveau du gouvernement. Aujourd’hui, c’est un peu plus compliqué car c’est un ministère avec un secrétaire d’état. Du coup, ce n’est pas la même sensibilité. Heureusement que l’on a une chargée de mission [Maguy Nestoret-Ontanon]qui est dédiée au sujet sinon on n’aurait pas avancé comme les années précédentes.

Justement, trouvez-vous utile le travail de Maguy Nestoret-Ontanon ?
Si elle n’avait pas été là, il ne se serait pas passé grand chose. Elle a rencontré toutes les fédérations. Ça a le mérite de les avoir sensibilisées même si elle n’a pas toujours été accueillie d’une manière très agréable, parce qu’elles ne se sentaient pas concernées. Elle a les mots et les arguments pour faire comprendre à chacune que toutes les fédés sont concernées et qu’il n’y a pas plus de gays dans le patinage artistique qu’ailleurs. Elle a porté la campagne «Coup de sifflet» au sommet, c’est la chose très concrète qu’elle a faite en plus d’être notre ambassadrice. Elle passe bien, touche les sportifs/ives de haut niveau. Elle a ses entrées à des instances auxquelles nous n’avons pas accès et nous a introduit dans ces milieux-là, accentuant ainsi notre visibilité. C’est une ambassadrice de choix, elle ne continuera peut-être pas éternellement mais sans elle, il ne se serait rien passé avec notre ministère actuel.

La diffusion de la Coupe du monde de football féminin en France a permis de faire découvrir ce sport côté féminin et de le démocratiser. Paris 2018 pourrait-il avoir un impact pour le sport LGBT?
Chaque édition contribue à une meilleure visibilité du sport LGBT. C’est difficile de se faire connaître du plus grand nombre, cela fait neuf éditions et il y a encore plein de gays en France et ailleurs qui n’ont pas connaissance de l’événement. Donc on se rend compte qu’il y a des limites à cet exercice, lié à l’intitulé. Mais la force de Paris réside justement dans le soutien institutionnel dont Paris 2018 bénéficie. Le fait de toucher tout le grand public va permettre de faire connaitre le sport LGBT à un public plus large et c’est par des hétéros aussi qu’on va pouvoir améliorer cette visibilité. Il faut qu’on s’allie avec des hétéros pour faire changer les choses et Paris 2018 doit contribuer à cela.