Barack Obama avait promis d’évoquer les droits des gays et des lesbiennes lors de son déplacement au Kenya. Interrogé sur le sujet lors d’une conférence de presse commune avec le président Kenyan, Uhura Kenyatta, le président des Etats-Unis d’Amérique ne s’est pas dérobé. Voici ce qu’il a déclaré:

« Je suis resté cohérent sur le sujet dans toute l’Afrique. Je crois que la loi doit traiter tous les gens de la même manière et qu’ils méritent de bénéficier de la même protection légale et que l’Etat ne devrait pas discriminer les personnes sur la base de leur orientation sexuelle. Et je dis cela tout en reconnaissant qu’il peut y avoir des gens qui ont des croyances religieuses ou culturelles différentes, mais la question est « comment l’Etat doit-il se comporter vis à vis des personnes ». Si vous regardez dans l’histoire, quand un pays traite les personnes différemment, non parce qu’elles ont causé un mal particulier, mais juste parce qu’elles sont différentes, c’est un chemin où la liberté commence à s’éroder. Et de mauvaises choses se produisent. Et quand un gouvernement prend l’habitude de traiter les gens différemment, cette habitude peut se propager. Et en tant qu’afro-américain des Etats-Unis, je ne sais que trop bien ce qu’il advient quand les gens sont traités différemment par la loi. (…) Je ne suis pas équivoque sur le sujet. Si quelqu’un respecte la loi, s’occupe de ses affaires, fait son travail, respecte les panneaux de signalisation, fait toutes les choses qu’un bon citoyen est censé faire, sans faire de mal à qui que ce soit, l’idée qu’ils soient traités différemment ou maltraités à cause de la personnes qu’ils aiment, est juste une mauvaise idée. Point barre. L’Etat n’a pas à se mêler de la doctrine religieuse. L’Etat doit juste dire que la loi sera la même pour tout le monde. Et tous les autres peuvent avoir leur propre opinion. »

« UN NON-SUJET »
Le président Kenyatta, au pouvoir depuis avril 2013, lui a répondu dans la foulée. Pour lui, l’opinion publique et le pays ne sont pas prêts:

« Il est très difficile pour nous d’imposer aux gens ce qu’ils n’acceptent pas.  Comme je l’ai déjà dit, pour les Kényans, la question des droits des gays est réellement un non-sujet. Nous voulons nous concentrer sur d’autres domaines, qui font le quotidien des gens. Les questions de santé, c’est un domaine critique. Améliorer la place des femmes, qui sont habituellement laissées en dehors des circuits économiques. Ce que nous pouvons faire en termes d’infrastructures, en termes d’éducation (…) Peut-être lorsque nous aurons nous aussi surmonté ces défis, nous pourrons en contempler de nouveaux. Mais pour le moment, cette question n’est pas la première dans l’esprit des Kenyans. »

UN ÉCRIVAIN MAJEUR A FAIT SON COMING-OUT
La situation pour les LGBT a Kenya est complexe. En théorie la loi punit les relations entre hommes de 14 ans de prison. Mais il y a peu de condamnations. Globalement, la société kenyane accepte mal les personnes LGBT, comme dans la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne. En juillet 2014, un sondage Ipsos Synovate a montré que 64% de la population pense que l’homosexualité n’est pas naturelle et est acquise en grandissant. Seulement 14% des Kenyan.e.s pensent qu’être homo est naturel. C’est dans ce contexte qu’en janvier 2014, l’auteur kenyan Binyavanga Wainaina, considéré comme un auteur majeur de la littérature africaine, a fait son coming-out.