Récemment, Yagg publiait un article sur la politique de la ville de San Francisco pour devenir la première ville américaine avec zéro infection, zéro décès et zéro discrimination (lire San Francisco: Vers le fin du sida?). Les moyens engagés sont très importants et la stratégie consiste notamment à traiter le plus rapidement possible (le jour-même) les personnes dépistées séropositives. C’est en effet en cassant la chaîne des contaminations que l’on peut espérer réduire le nombre de nouvelles infections et la dynamique de l’épidémie.

LOIN DU COMPTE
Mais ces efforts sans précédent sont-ils transposables? L’Agence nationale de recherches sur le sida vient de publier une étude qui montre qu’en Afrique du Sud, on est loin du compte. Les programmes d’accès aux antirétroviraux ont été mis en place en 2005, mais l’étude, réalisée dans le township d’Orange Farm (près de Johannesbourg) montre que ces programmes sont sous-optimaux pour espérer obtenir, dans l’avenir, une diminution significative de l’incidence de l’infection par le VIH dans la population. Ce qu’il faudrait faire? Redoubler les efforts pour inciter les personnes  à se faire dépister et, si elles sont séropositives, à entrer dans les programmes d’accès aux soins.

Ces résultats sont présentés lors de la 8e conférence sur la Pathogénèse du VIH, le Traitement et la Prévention qui est organisée par l’International Aids Society (IAS) du 19 au 22 juillet à Vancouver au Canada.

«CASCADE DE SOINS»
C’est là qu’intervient le concept de «cascade de soins»: accès au dépistage, accès aux soins et aux traitements antirétroviraux pour les personnes séropositives, maintien dans les filières de soins afin notamment de favoriser leur observance. L’objectif est d’avoir le plus grand nombre possible de personnes infectées par le VIH en succès virologique, c’est-à-dire présentant une charge virale (quantité de virus présents dans le sang) indétectable. Cest comme cela que l’on peut limiter de façon importante les risques de transmission du VIH.

Pour espérer mettre fin à l’épidémie en 2030, il faudrait à l’horizon 2020 que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur séropositivité, que 90% des personnes conscientes de leur séropositivité aient accès au traitement, et que 90% des personnes sous traitement atteignent des niveaux de VIH indétectables dans leur organisme. Nous en sommes très loin, même dans les pays les plus riches.

Et dans le townschip d’Orange Farm, lieu de l’étude réalisée par l’équipe du Pr Bertran Auvert (CESP INSERM-UVSQ UMRS 1018, Université Versailles Saint-Quentin, Versailles), 40% des hommes et 20% des femmes ont déclaré n’avoir jamais été testé.e.s pour le VIH. Les chercheurs/euses mettent aussi en évidence une prévalence particulièrement élevée de l’infection dans cette population: 30% des femmes et 17% des hommes étaient séropositifs/ives. Et seulement 27% parmi les femmes et 17,5% parmi les hommes présentaient une charge virale indétectable.

Selon Kévin Jean (CESP Inserm-UVSQ UMRS 1018, Villejuif), qui a réalisé l’analyse statistique de l’étude, la raison de cette situation est simple: «Dans la population de l’étude, trop peu de personnes vivant avec le VIH prenaient un traitement antirétroviral. C’était le cas de seulement 30,5% des femmes séropositives et de 21% des hommes séropositifs.»

La région d’Orange Farm a pourtant bénéficié d’importants programmes de recherche et d’investissements importants. Selon Bertran Auvert, «ces données recueillies en 2012 montrent que ces efforts restent très insuffisants pour espérer réduire, dans l’avenir, la transmission du VIH et donc la survenue de nouveaux cas». C’est donc la stratégie d’information sur l’intérêt du dépistage, du traitement et du suivi médical qui est à revoir. Et ce message des chercheurs/euses vaut aussi pour les pays développés. En France, l’épidémie a globalement ralenti, mais elle ne baisse toujours pas dans le groupe des gays, des hommes bis et des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.