Partir ou rester? Rester. Les laisser partir ou les retenir? Essayer de les retenir. Chronique d’une transition avec tout ce qu’elle a de plus bordélique et d’imprévue, sous la forme d’un journal de bord, Jours de Libération, de Mathieu Lindon, décortique, de l’intérieur et sans fioritures, la fin d’une époque Libé, où se succèdent les plans de départs, s’enchainent les pannes d’ascenseur et raisonnent les rumeurs de «déménagement». En plus de ses tribulations entre les huit étages du 11 rue Béranger, l’auteur de Ce qu’aimer veut dire, plus écrivain qui écrit sur les livres que journaliste – comme il aime à le répéter – circule dans ses souvenirs de vie de rédac’ qu’il accumule depuis son arrivée au «journal» en 1984, après un passage au Nouvel Observateur, pour y puiser ce qui fait l’essence même de ce pourquoi il a choisi de rester: l’esprit de liberté qui anime un canard pas comme les autres. Bien sûr, il y aura des rebondissements, des pots de départs tristes, d’autres pots joyeux, l’arrivée de la rédaction de Charlie Hebdo et ce qu’elle implique après les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, des flirts avec les garçons de l’entrée et des coups de gueule etc. Mais au fond, rien n’importe plus que la survie de «ce» journal-là au prisme de ceux qui ont choisi de prendre la clause de conscience pour le quitter, de ceux qui n’avaient pas d’autres choix que d’y rester, et des autres, qui, comme Lindon, hésitent. Et tant pis, si Libération n’est plus Libé. Le journal et son chroniqueur en ont vu d’autres, et Libé s’est toujours adapté!

Jours de Libération, Mathieu Lindon, P.O.L, 281 p. 16 €.

Cet article est extrait des Lectures de Yagg du 19 juin 2015, à lire en intégralité ici.