Les Iles Samoa américaines sont un territoire non incorporé et non organisé des Etats-Unis, c’est-à-dire avec un gouvernement autonome, mais non reconnu officiellement comme un territoire autogouverné. Il est le dernier à ne pas appliquer le mariage entre personnes du même sexe, alors que depuis la décision de la Cour suprême le 26 juin dernier Guam, Porto Rico, les îles Vierges américaines et les îles Mariannes du Nord ont toutes volontairement pris des mesures pour permettre aux couples de même sexe de se marier. «Nous devons encore revoir la décision pour déterminer son application aux Samoa américaines», explique le procureur général Talauega Eleasalo Ale. Les Samoa américaines conservent certaines formes d’autonomie, ses habitant.e.s sont considéré.e.s comme ressortissant.e.s américain.e.s, et non pas comme citoyen.ne.s.

L’INFLUENCE PLANANTE DE SAMOA
Voisines de l’archipel, les Iles Samoa n’appartiennent, elles, pas aux États Unis d’Amérique. C’est une nation distincte et indépendante des Samoa américaines, mais qui a une influence sociétale et culturelle sur le territoire rattaché aux États-Unis. Cette dernière n’autorise pas encore le mariage entre personnes de même sexe, et le revendique depuis plusieurs années. Son premier ministre Tuilaepa Sailele Malielegaoi, déclarait dans Samoa News en 2012 que «le mariage entre personnes de même sexe ne sera jamais une partie de la culture samoane et de la société». Au Samoan Observer, il poursuivait: «Juste parce que c’est légalisé partout ailleurs, cela ne signifie pas que nous devons nous soumettre à l’influence du monde extérieur. Aussi longtemps que je vivrais, le mariage pour tous ne sera jamais autorisé en Samoa. Le mariage entre personnes de même sexe est en contradiction avec toutes les valeurs que Samoa défend». Du côté des Samoas américaines, la question reste en suspens. Interrogé tout récemment par Associated Press pour savoir si le mariage entre personnes de même sexe est légal dans son pays, le procureur général des Samoas américaines Talauega Eleasalo Ale est resté prudent: «Je ne sais pas, nous allons devoir revoir la loi», a-t-il répondu.

Dans un compte-rendu de réunion des Nations-Unies, le Forum politique de haut niveau s’est penché sur l’avenir des Samoa et son développement après 2015. L’ouverture des droits au mariage entre personnes de même sexe légalisée aux Etats Unis a été évoqué. C’est une proposition soutenue par Maria Mellinda Ando, directrice du programme relatif aux technologies de l’information et des communications du Centre de l’Asie et du Pacifique des ressources et de la recherche pour les femmes (Philippines). Elle a souligné «l’importance de la liberté des médias et de l’accès à Internet», ainsi que «l’acuité de la fracture numérique, qui pourrait entraver les efforts de communication autour du futur programme»: «Les voix des plus marginalisés devraient être entendues, a estimé Maria Mellinda Ando. Un simple clic sur un réseau social peut contribuer à la promotion du changement social, comme l’ont fait de nombreux internautes au lendemain de la décision de la Cour suprême américaine sur le mariage homosexuel.»

De leurs côtés, les Samoan.ne.s américain.e.s peuvent aussi compter sur le soutien des associations, comme Lambda Legal. Cette dernière a demandé aux couples de même sexe des Samoa Américaines de contacter différent organismes LGBT (the American Civil Liberties Union, the Gay and Lesbian Advocates and Defenders, ou the National Center for Lesbian Rights) pour leur apporter une aide en cas de refus dans leur démarche de mariage.

UNE RECONNAISSANCE DE LA COMMUNAUTÉ TRANS’
La situation des Samoas peut paraître paradoxale, car si les couples de même sexe n’ont aucune reconnaissance légale, un troisième genre fait partie intégrante de la culture du pays, sous le nom des «fa’afafine». Dans le film Une équipe de rêve, excellent documentaire sur le parcours sportif de l’équipe professionnelle de football des Samoas américaines dite la plus mauvaise au monde, on voit notamment évoluer Jaiyah Saelua, la première joueuse de foot professionnelle ouvertement trans’. «La traduction littérale de fa’afafine, c’est “nous sommes les femmes ou “féminité”, expliquait-elle dans 20 Minutes. Mais culturellement, pour que tout le monde comprenne, on va dire que c’est «transgenre de la culture samoane». Je n’aime pas trop le mot transgenre, parce que les stéréotypes qui y sont associés sont très négatifs dans les sociétés occidentales. Mais le mot Fa’afafine a un sens très positif, . Ils sont très respectés aux Samoa. Historiquement, ils sont vus comme un genre supérieur aux femmes et aux hommes, presque comme des demi-dieux. La colonisation, la religion ont un peu changé tout ça, mais ce respect reste». En Polynésie française, un troisième genre est aussi accepté dans la société locale : les «raerae» (dire réré) ou encore les «mahu» (dire mahou) qui sont des travestis.»