Promouvoir les jeunes talents des arts graphiques du monde entier, et mettre en valeur leurs œuvres sur des t-shirts et des impressions de qualité à des prix abordables, afin de les rendre accessible à tous et toutes, voilà la vocation de Graphistik. Ce tout jeune site communautaire est né de la volonté de deux associées, Sarah Kahloun (à droite), que Yagg a rencontré, et qui s’occupe de la gestion de la société et de la production, et Kim Rozenblum (à gauche), l’une des artistes de la plateforme, qui gère le relationnel avec les artistes, les partenariats et le community management.

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© Iris Valles

LA GENÈSE DE GRAPHISTIK
Si la marque Graphistik a été lancée récemment, Sarah Kahloun mûrit son projet depuis bien longtemps: «J’ai commencé à réfléchir à ce concept là il y a plus de cinq ans maintenant, j’étais encore étudiante, à l’époque. J’ai fait un concours d’entrepreneuriat, les 24 Heures Chrono d’Advancia, durant lequel on avait évoqué cette idée qui n’avait finalement pas été retenue dans le projet. Je suis restée un peu bloquée là-dessus et j’ai continué à cogiter de mon côté après le concours. Après ça, je suis partie à San Francisco en vacances et j’ai découvert pas mal de choses qui m’ont confortée dans cette idée de promotion des jeunes artistes. C’était encore un peu timide en France à ce moment-là.»

«A travers mes voyages, j’ai vu beaucoup de choses dans ce style-là, aux Pays-Bas, au Japon. En France, on ne va pas encore à fond dans cette dynamique de diffusion des œuvres, de les mettre en avant systématiquement.»

«J’ai réfléchi à tout ça, et j’ai finalement fait appel à Kim qui me semblait parfaite pour s’associer avec moi. On a commencé à travailler sur le projet il y a deux ans et c’est en ligne depuis septembre 2014.» Graphistik appartient à la société Print and Web de Sarah Kahloun, qui est une agence de communication spécialisée dans le print. Une idée originale, donc, modelée à partir de nombreuses influences, mais surtout d’une envie de démocratiser les arts visuels: «On est vraiment partie de cette idée de base, populariser l’art et à partir de là, on a réfléchi à tout ce qui pouvait s’y rattacher, explique Sarah Kahloun. Il y a aussi un esprit concept store qui est bien visible sur Graphistik, et ça fait partie de ce que j’ai été chercher dans les diverses boutiques que j’ai pu voir à l’étranger. En France, je n’ai pas encore été conquise par un concept store, on a le fameux Colette, mais c’est quand même très loin de ce qu’on veut véhiculer à travers Graphistik…»

CRÉER DU LIEN ENTRE LES ARTISTES
Graphistik a donc été conçue comme un chaînon manquant entre les jeunes artistes et un public amateur de créations visuelles originales: «On voit beaucoup de choses dans les galeries, dans les événements artistiques mais ça reste inaccessible au niveau des tarifs. En parallèle, ça met aussi les artistes sur différents piédestals, et c’est ce qu’on voudrait démonter, que tous les artistes soient considéré.e.s au même niveau les un.e.s que les autres.»

«Nous sommes persuadées que les artistes dont on fait la promotion sur Graphistik sont des artistes de qualité qui pourraient très bien exposé.e.s dans des galeries prestigieuses, tout en gardant des tarifs abordables.»

Issu.e.s d’écoles d’art ou non, autodidactes pour certain.e.s, les artistes présent.e.s sur Graphistik ont chacun.e leur parcours. «Par exemple Shaked est DJ, elle travaille dans la musique. Elle est passionnée par les arts graphiques et a des œuvres de qualité, même si ce n’est pas son métier de base. Ça nous a d’ailleurs fait réaliser que Graphistik et le monde de la musique sont étroitement liés, On a donc une playlist sur le site et de la même manière, on reste dans la promotion de jeunes talents avec des artistes qui sont très proches des arts visuels.»

Dernièrement, Graphistik a par exemple mis en avant l’artiste Louise Roam, ancienne moitié du duo Pierrette & Georges dont le nom commence à circuler dans la scène électro. La marque a aussi vocation à rapprocher les passioné.e.s d’arts graphiques entre eux/elles sur un support commun: «Aujourd’hui on n’a pas tellement de site adapté pour ça. À terme, on souhaite faire évoluer Graphistik dans ce sens-là, pour permettre de poster des annonces et d’en consulter, pour vendre du matériel informatique, ou donner des cours de Photoshop, par exemple. On ne veut pas non plus se transformer en Google des arts graphiques, mais plutôt s’adresser aux jeunes artistes et leur permettre d’échanger. Dans l’espace communautaire, il y a aussi un agenda qui diffuse des événements dans le monde entier, où on peut proposer un événement. Des artistes peuvent demander à être ajouté dans la playlist, à faire partie de ceux/celles qui ont une collection sur Graphistik. Tout ça rejoint l’esprit communautaire de la marque.»

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«Putfit» par Sanz I Vila  / «Wild Child» par Kim Kong
© Florian Guardiole / Yagg

ESPRIT QUEER ET ÉQUILIBRE PARITAIRE
Parmi les artistes que l’on peut découvrir sur le site, plusieurs cultivent très clairement une esthétique gay ou queer, comme le photographe Liel Bomberg: «Il a 22 ans et vient de Tel Aviv où il sort tout juste de son service militaire, confirme Sarah Kahloun. Ses photos nous plongent au cœur des soirées gays et drag queens de la capitale israélienne.» Autre univers, les couleurs pop et le trait bien identifiables de l’espagnol Sanz I Vila, qui puise ses références chez Keith Haring et cultive une certaine obsession pour le chiffre 3. «La cible de Graphistik, c’est les jeunes branchés, et sans faire de clichés, il y a une sensibilité, une approche de l’art qui nous correspond dans le milieu LGBT». Autre volonté des deux créatrices de Graphistik, promouvoir de la même manière les artistes hommes et femmes:

«Beaucoup de gens qui ont vu le site m’ont dit “c’est bizarre, c’est vachement féministe!”.»

«Il y a effectivement beaucoup d’artistes femmes et on a peu l’habitude de voir ça. On commence à avoir des retours dans ce sens-là, ce qui nous incite à continuer dans cette direction.» Une volonté assumée, donc: «On est deux femmes à la tête de la marque, et on sait que les femmes ne sont pas toujours mises en valeur dans le milieu des arts. C’est assez macho, la parité n’est pas au top. Sur Graphistik, on veut rester sur un équilibre.» Très prochainement, c’est l’artiste kurde Şirin Döğüş, qui sera présentée sur le site dans la rubrique Watchart!. Elle travaille sur plusieurs supports avec pour sujet principal les différents facettes des femmes et de leur identité. Ses œuvres abordent notamment la violence dont elles peuvent être victimes.

IMPRESSION DE PREMIÈRE CLASSE ET TAILLE UNISEXE
Le détail qui frappe aussi avec Graphistik, c’est la qualité des objets. Il est clair que les deux créatrices mettent un point d’honneur à produire de beaux t-shirts à la coupe et à l’impression particulièrement soignées: «Pour moi, l’impression est évidemment prioritaire et le support sur lequel le visuel est imprimé est tout aussi important que la qualité d’impression, explique Sarah Kahloun. Pour les t-shirts, on est sur du 100% coton, un beau textile avec de belles finitions. Nous n’avons pas l’intention de faire des tailles homme ou femme, on souhaite rester définitivement sur du unisexe, puisqu’on est sur une coupe qui va aux deux, on peut retrousser les manches si on veut par exemple. Le procédé d’impression va être du numérique. On passera peut-être à la sérigraphie plus tard, mais pour l’instant le numérique convient à ce qu’on vend aujourd’hui en ligne. Personnellement je préfère, car c’est plus intégré au tissu, et je sais que je ne suis pas la seule à aimer ça. Le vieillissement d’une impression numérique sur le textile est mieux qu’une sérigraphie. L’impression numérique est vraiment intégrée, ce n’est pas une couche d’encre épaisse, elle va se délaver mais reste bien intégrée au tissu.»

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