Steeve Briois et Octave Nitkowski vont-ils se lancer dans une collection de procès? N’ayant pu interdire la distribution du livre «Le Front national des villes & le Front national des champs» en décembre 2013, le maire Front National d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois demandait réparation pour atteinte à la vie privée en réclamant 30.000 euros de dommages et intérêts. Une fois de plus la justice lui donne tort. Le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris a condamné, mercredi 8 juillet dernier, Steeve Briois à verser 2 500 euros (frais d’avocats) aux parents de l’auteur, mineur au moment de la sortie du livre. «Je suis soulagé même si on s’attendait à cette victoire, explique à Yagg, Octave Nitkowski. La boucle est bouclée, Steeve Briois a usé de tous les recours possibles».

OCTAVE NITKOWSKI : 2 – STEEVE BRIOIS : 0
Automne 2012, Octave Nitkowski alors jeune lycéen de ZEP à Hénin-Beaumont, passionné de presse et de politique, est repéré par Libération, qui lui propose de tenir un blog. Tout s’accélère, le 13 décembre 2013, quand ce dernier souhaite publier son premier livre «Le Front national des villes & le Front national des champs», dans lequel il décrit le paysage politique et le quotidien de sa ville natale. Un essai politique qui ne séduit pas Steeve Briois, secrétaire général du Front national à l’époque. Au moment où le livre sort, le contenu est mis sous embargo par l’éditeur. Un journaliste l’ayant reçu avant sa commercialisation, rapporte à l’actuel maire FN, certains extraits évoquant son homosexualité et celle d’un autre membre du FN. Steeve Briois saisit le TGI de Paris et engage alors une procédure en référé pour interdire le livre, la veille de sa sortie, initialement prévue le 13 décembre 2013. Ce dernier est interdit par le TGI. Octave Nitkowski fait appel.

La Cour d’Appel de Paris va à l’encontre de la décision prise précédemment par le TGI, «elle m’autorise à sortir mon livre, reconnaissant de parler de sa vie privée ne nuit pas à sa vie de secrétaire général du FN à l’époque. En tant que personnalité politique de premier plan, l’évocation de son homosexualité est légitime car elle nourrit débat politique», poursuit le jeune homme. En revanche, l’éditeur doit retirer quelques passages évoquant l’homosexualité d’un autre représentant du FN dans le Nord, la justice stipulant que « sa notoriété ne dépassait pas le cadre régional ». Une version modifiée du livre est autorisée, imprimée puis commercialisée, courant janvier 2014.

Mais Steeve Briois n’en reste pas là, repart dans l’arène et porte plainte sur le fond du livre pour atteinte à la vie privée. Les deux hommes se retrouvent de nouveau confrontés à la Justice, lors du procès du 18 mai dernier. Les parents d’Octave (qui était mineur à la sortie de son livre) sont cités à comparaître au Tribunal de Grande Instance de Paris pour cette même affaire et risquent, au nom de leur fils, une amende maximale de 30 000 euros de dommages et intérêts. Une somme que réclame par Steeve Briois pour avoir évoqué son homosexualité dans le livre. Le tribunal de grande instance de Paris rend son verdict le 8 juillet et estime que le cadre du FN « étant une personnalité politique de premier plan, le droit du public à être informé prime sur le droit au respect de ce pan de sa vie privée».  Steeve Briois a été débouté de l’ensemble des poursuites. Une deuxième victoire à zéro pour l’écrivain et ses parents.

OCTAVE NITKOWSKI EST-IL UN «OUTEUR» ?
Sur le HuffingtonPost, l’avocate du jeune homme, Me Léa Forestier, estime qu’il n’y a pas de «révélation» de l’homosexualité de Steeve Briois, nécessaire selon elle pour que l’atteinte à la vie privée soit constituée, mais une «évocation». «Dans mon livre, il s’agissait de démontrer une analyse quant à l’infléchissement de la politique du FN envers les homosexuels et non de «outer» qui que ce soit, explique Octave Nitkowski. Je n’ai pas eu l’impression de révéler son homosexualité, j’ai fait un travail de recherche, en signalant des informations recueillis en 2011, sur un site d’ultra droite».

Le jeune homme rappelle que «sous l’ère de Jean Marie Le Pen les propos tenus étaient plus virulents, il insultait fréquemment les malades du sida». On se souvient aussi du leader du FN traitant un opposant de « pédé » devant des caméras de télévision. Un net changement avec sa fille.  «Le parti de Marine Le Pen tend à défendre les homosexuels, pour étayer un discours contre l’islam radical. Car pour elle, le premier danger c’est l’Islam radical, il n’est pas bon être homo dans certains quartiers et des pays. Lors du Mariage pour tous, Marine le Pen est restée à la marge des débats, sans participer à la manif pour tous», souligne le jeune écrivain rapportant les propos de la présidente du Front national.  La présence d’homosexuels autour de la candidate FN vient conforter le changement d’image du parti d’extrême droite, selon lui. Et met en lumière l’importance des informations sur Steeve Briois et son compagnon.

«IL MONTRE SON ACHARNEMENT»
Aujourd’hui, Octave Nitkowski, âgé de 19 ans continue d’écrire via un blog du HuffingtonPost. En parallèle, il poursuit ses études à Sciences Po et à la Sorbonne en Histoire. Il partira à la rentrée prochaine en Russie à Moscou pour sa 3ème année. Présent sur les réseaux sociaux, il s’est empressé ce mercredi, de partager la décision de la Justice via Twitter.

Une victoire peu savourée, quand un collaborateur du maire d’Hénin Beaumont évoque le fait d’aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). «Cet argument me fait doucement rire car la Cour d’appel de Paris va dans mon sens depuis le début, déclare Octave Nitkowski. Je ne vois pas en quoi il serait utile que Steeve Briois fasse appel à la CEDH alors qu’il a perdu son pourvoi en cassation lors de l’interdiction de parution de mon livre. Il montre son acharnement, c’est comme une vendetta à l’égard de l’étudiant boursier que je suis. Je pense que c’est contreproductif pour lui, car s’il poursuit le combat judiciaire, et comme à chaque fois, cela médiatisera un peu plus mon livre et cela remettra en lumière ce dont il m’accuse d’avoir révélé, à savoir son homosexualité. Niveau communication, il s’est tiré une balle dans le pied. C’est juste un effet d’annonce», conclut le jeune étudiant.