Le rapport de l’étude sur «les entraîneur.e.s face à l’homophobie et aux violences sexuelles» réalisée par la Seine-Maritime, suite à l’appel à projet du Ministère des sports a été dévoilé le 29 juin dernier. «Il nous a semblé important de réaliser un focus spécifique pour mesurer si l’homophobie existait dans le sport», explique à Yagg, Chantal Nallet, conseillère d’animations sportives à la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) qui a copiloté l’étude. Elle s’est entourée d’une équipe d’experts comme Philippe Liotard, sociologue de l’université Claude Bernard Lyon 1 et chargé de mission pour l’égalité entre les femmes et les hommes au sein de cet établissement, Patrick Mignon, sociologue et chercheur à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), Catherine Louveau, sociologue, professeure Université Paris Sud Orsay et Anthony Mette, psychologue-consultant, spécialiste de la psychologie du sport et de la santé à l’université de Rouen STAPS. «Nous avions pris la décision de mesurer l’homophobie et les violences. Les homosexuel.les n’ont pas à avoir une intégration particulière dans le sport, ils/elles sont comme tout le monde. Ce qu’il faut changer, c’est l’approche des dirigeant.e.s et entraîneur.e.s , tout comme des sportifs/ives», précise Chantal Nallet. Il s’agit d’un point largement développé dans l’étude. Quelle est la place des entraîneur.e.s lorsqu’ils/elles sont confronté.e.s à des violences, des discriminations dont l’homophobie? Pour y répondre, les enquêteurs ont choisi d’interroger 182 entraîneur.e.s. et de s’appuyer sur l’aide d’Anthony Mette qui est parti à la rencontre de plusieurs athlètes en France.

L’ACCEPTATION DE L’HOMOSEXUALITE DANS LES SPORTS
Selon l’enquête,un peu plus de 90% des sportives déclarent des opinions positives envers les sportives lesbiennes. «Être lesbienne et sportive ne semble donc pas “incompatible” aujourd’hui», explique Anthony Mette. Les analyses présentées dans le rapport de cette étude confirme que l’homosexualité féminine est mieux acceptée par les sportives.

Du côté des vestiaires masculins, c’est moins catégorique. L’enquête de la Direction régionale de la jeunesse des sports et de la cohésion sociale de Haute Normandie indique que 50% des sportifs interrogés ont déclaré des opinions négatives ou ambiguës à l’égard des homosexuels. Le travail effectué par Anthony Mette auprès du Paris Foot Gay pour cette enquête conforte l’idée que l’homosexualité était la première discrimination dans le football professionnel. 41% des joueurs professionnels interrogés et 50% des jeunes en formation ont déclaré des opinions hostiles envers les athlètes gays. Si l’on exclut les opinions «ambiguës», seulement 39% des professionnels et 18% des jeunes avaient des opinions positives. En reprenant le travail de thèse réalisé par Anthony Mette auprès de 1131 sportifs, pratiquant plus d’une vingtaine de disciplines, on observe «une tolérance encore trop “restreinte” de l’homosexualité masculine». Des résultats qui soulignent une certaine difficulté d’acceptation de l’homosexualité dans le sport.

VIOLENCES ET ACTES HOMOPHOBES SUR LE TERRAIN
Mais c’est sur le terrain, ou en coulisses, dans les vestiaires et aux abords des terrains, que l’homophobie et les violences sont encore trop fréquentes. Chez les sportifs hommes, la première violence est verbale. Ainsi, 52% des entraineur.e.s interrogés ont déclaré avoir entraîné des sportifs qui ont subi des violences verbales à plusieurs reprises. Pour 14% des entraineurs, leurs sportifs avaient subi au moins une fois cette forme de violence. L’étude note que les acteurs de ces violences sont à la fois les parents, les entraineurs et les sportifs eux-mêmes. La deuxième violence concerne les faits de violence psychologique. Pour 36% des entraineur.e.s, les sportifs qu’ils ont entrainés ont subi des intimidations, des humiliations ou du harcèlement.

Les violences verbales et psychologiques sont apparues corrélées avec l’âge des entraineurs. Plus les entraineurs sont âgés, plus ils déclarent des faits de violence verbale et psychologique. Ceci confirme le caractère «répétitif», voire «courant» de ces violences. En ce qui concerne les violences sexuelles, 3% des entraîneur.e.s ont déclaré avoir entraîné des sportifs/ives qui ont été victimes d’actes de voyeurisme/exhibitionnisme. Malheureusement, 5% des sportifs/ives ont été victimes d’atteintes sexuelles (tendresse insistante, contacts physiques, mains aux fesses, etc.). De plus, 4% des entraineur.e.s ont déclaré avoir entraîné des sportifs/ives victimes d’actes de «bizutages qui vont trop loin».

BIZUTAGE
La troisième violence concerne les actes de bizutage, pour 23% des entraîneur.e.s. Ces dernier.e.s qui sont souvent des anciens sportifs, connaissent les bizutages et les qualifient parfois «d’humiliants». Ils savent distinguer les différentes formes de bizutage. L’enquête reprend des propos  d’entraineur.e.s qui s’expriment sur le sujet: «Je ne suis pas pour le bizutage mais ça donne de l’ambiance». Ou bien pour un autre entraîneur: «Un bizutage n’est pas méchant. Si l’enfant prend ça comme de la violence c’est qu’il doit être faible psychologiquement». Quelques exemples dans le monde sportif: Déshabiller un sportif, mettre le slip d’un des sportifs dans les tribunes et lui demander d’aller le chercher tout nu, traverser le bus nu devant toute l’équipe, porter les affaires des autres, bizutage dans les douches, boire ou faire boire beaucoup d’alcool…

Le bizutage est le fait d’amener une personne à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants, que ce soit contre son gré ou non. Depuis 1998, le bizutage est un délit puni par la loi de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.

LE RÔLE DES ENTRAINEUR.E.S
Sur les 122 entraîneur.e.s de groupes masculins, 107 étaient de sexe masculin, soit 88%. Tandis que chez les entraîneur.e.s de groupes féminins, il y avait un équilibre homme-femme, 50%. Au total, sur les 177 entraîneur.e.s qui ont accepté de participer à l’étude, 138 étaient des hommes soit 78%. Des questionnaires puis des entretiens individuels auprès des entraîneur.e.s ont permis de comprendre «les freins» à l’acceptation de l’homosexualité dans le cadre sportif.  Ils/elles semblent aujourd’hui clairement sensibilisé.e.s à la question des discriminations. Mais quelles opinions et quels comportements adoptent-ils/elles pour lutter contre l’homophobie et les violences sexuelles dans leur sport? Les enquêteurs ont constaté quelques approximations dans les définitions même des «discriminations», mais selon eux les entraineur.e.s avouent tou.t.e.s prêter attention à ces questions. L’étude réalisée a permis de «souligner l’écart qu’il y avait entre les valeurs promues par les entraineur.e.s et leur comportement sur le terrain». Il a été décrit «un manque d’actions concrètes de leurs parts quant au maintien du respect dans leur groupe et du vivre ensemble». Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce constat: le manque de formation, le manque d’intérêt, le manque d’outils concrets, la déconsidération de certaines thématiques au privilège d’autres, la crainte face au tabou et le laisser aller au profit de la performance. «Le pouvoir d’influence des entraineur.e.s pour favoriser le respect est aujourd’hui essentiel. Il faudra donc sensibiliser certains entraineurs se sentant moins “concernés” et proposer de nouveaux outils pour les autres», estime les enquêteurs.

LA FORMATION EST-ELLE LA SOLUTION ?
Les rapporteurs de cette enquête soulignent le caractère «tabou» de l’homosexualité dans le sport et le «malaise» que son évocation peut entrainer. Depuis 2014, six modules de formations spécifiques, de quatre heures, ont été mis en place par l’organisme de formation Association Profession Sport et Jeunesse 76 (APSJ 76). Ce dernier œuvre actuellement pour que les formations soient encore mieux adaptées. Un spécialiste de la question des discriminations intervient dans ces formations qui proposent des définitions, critères, mises en situations, clip sur le sujet et phase de brainstorming notamment sur les violences sexuelles, comportementales et les discriminations dans le sport.

La DRJSCS de Seine-Maritime se félicite des avancées réalisées et espère que d’autres départements suivront cet exemple. «Jusqu’à ce que l’étude sorte, l’homophobie n’était pas plus traitée que les autres discriminations», reconnaît Chantal Nallet. Pour 2015/2016, les perspectives sont en cours de traitement parmi une longue liste d’actions. «La formation est la priorité, que ce soit en direction de dirigeant.e.s, que des initiateurs/trices, moniteurs/trices, entraîneur.e.s dans toutes les disciplines: en clair, il faut convaincre les fédérations de l’importance du sport pour tous et pour toutes».

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