Dans un communiqué de presse publié aujourd’hui, la Fédération a apporté tout son soutien à la sportive Mélanie Hénique, victime d’une agression lesbophobe le 26 juin dernier: «La Fédération Française de Natation a pris acte avec consternation de l’agression dont a été victime Madame Mélanie Hénique, nageuse de l’Equipe de France et médaillée mondiale. La Fédération et son club mettent en œuvre tout l’accompagnement nécessaire pour qu’elle se rétablisse au mieux, et soit notamment présente aux prochains Championnats du Monde de Kazan. A ce titre, Madame Hénique reprend cette semaine l’entraînement, au milieu de ces camarades, eux aussi très solidaires. La Fédération est fière de la réaction de Mélanie qui a choisi de rendre publique une violence inacceptable. Cette prise de parole rappelle combien l’ouverture et le respect demeurent des valeurs à défendre, avec engagement.»

LA PREMIÈRE NAGEUSE OUT EN FRANCE
Contacté par Yagg, le directeur général de la Fédération française de natation, Louis-Frédéric Doyez, a affirmé avoir appris la nouvelle dimanche soir, s’étonnant au passage que le directeur technique national Jacques Favre ne l’ait pas informé plus tôt: «J’ai appelé Mélanie et son agent ce matin, ça va relativement bien, les dégâts sont évidemment plus psychologiques que physiques. Elle a surtout envie d’aller nager et de penser à autre chose. J’ai réussi à la faire sourire en lui demandant si elle avait voulu se faire une opération de chirurgie esthétique», plaisante-t-il, en référence à l’opération du nez que la nageuse a dû subir après l’agression.

«Je l’ai aussi félicitée pour sa prise de parole», reprend-il plus sérieusement. Après avoir accordé une interview à l’AFP pour annoncer son dépôt de plainte, la sportive n’a plus souhaité revenir sur son agression. Pour Louis-Frédéric Doyez, la jeune femme n’avait pas du tout anticipé l’emballement médiatique autour de la nouvelle. «Elle n’était pas prête et pas sereine», affirme-t-il. Il assure néanmoins que Mélanie Hénique était déjà complètement out auprès de sa famille et de ses ami.e.s. «La réaction des médias l’a fait un peu paniquer… mais ça montre bien la nécessité de faire cette démarche!»

Contrairement au directeur technique national Jacques Favre dans L’Équipe, il ne considère pas que l’affaire est «une histoire personnelle»: «On ne peut pas dire ça, c’est quand même la première fois qu’une de nos athlètes fait son coming-out!», insiste-t-il. Alors qu’il avait émis des propos plus frileux concernant le coming-out du nageur australien Ian Thorpe l’été dernier, le directeur général de la FFN semble désormais prendre la mesure de l’importance du coming-out dans le sport de haut-niveau. A l’époque, il s’était entretenu avec Christelle Foucault, présidente de la Fédération sportive gay et lesbienne (FSGL), et Alain Périé, qui représentait Paris 2018. Il reconnait aujourd’hui que cette rencontre (à laquelle Yagg avait assisté) a eu beaucoup d’influence: «La discussion que j’ai eue, elle me nourrit aujourd’hui» affirme-t-il.

BIENTÔT UNE COMPÉTITION EN… RUSSIE
Mélanie Hénique a regagné aujourd’hui Marseille, là où elle va recevoir un soutien et un suivi psychologique pour l’aider après l’agression: «Ce qu’elle veut, c’est retrouver la normalité et ses ami.e.s.» C’est un coup dur pour la nageuse, alors qu’elle est en pleine préparation pour les prochains Championnats du monde, une compétition qui se déroulera à Kazan, en Russie… un pays qui a récolté l’attention des médias du monde entier en raison d’un climat violent et hostile envers la communauté LGBT, et d’une loi promulguée il y a tout juste deux ans qui criminalise la «propagande des relations sexuelles non traditionnelles» auprès des mineur.e.s.

Si Mélanie Hénique, désormais out, ne devrait pas craindre pour sa sécurité une fois sur place, la FFN compte-t-elle mettre en œuvre une marque de soutien envers elle? «Quand on va chez Vladimir Poutine, on sait qu’on va être en difficulté sur beaucoup de valeurs, concède Louis-Frédéric Doyez. Ça a été la même chose quand nous sommes allé.e.s dernièrement à Bakou en Azerbaïdjan pour les Jeux Européens, un pays où il y a aussi beaucoup d’atteintes aux droits et aux libertés.» Pour lui, Mélanie Hénique n’avait très probablement pas en tête la compétition en Russie lorsqu’elle a médiatisé sa plainte pour agression, et fait, de ce fait, son coming-out: «Ce qu’il faut maintenant, c’est trouver la bonne action, le bon symbole. J’en ai justement discuté avec Christelle Foucault, qui va y réfléchir de son côté. Il ne faudrait pas être dans la provocation, pour ne pas la mettre en difficulté. Mais Mélanie pourrait incarner ce symbole.»

SOUTIENS DES ATHLÈTES ET DES POLITIQUES
Plusieurs nageurs ont fait part de leur amitié et de leur soutien à Mélanie Hénique, comme Camille Lacourt, Frédérick Bousquet et Florent Manaudou. Les ministres Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, et la Secrétaire d’Etat chargée des Droits des Femmes Pascale Boistard ont elles aussi twitté leur soutien: