20 000 euros. C’est le montant des dommages et intérêts que devra verser le magazine people Closer pour avoir outé en décembre 2014 – le fait de révéler l’homosexualité d’une personne sans son consentement – Florian Philippot, eurodéputé et vice-président du Front national (FN). Ce mardi 30 juin, la troisième chambre de la cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation en première instance du magazine édité par la société Mondadori pour atteinte au respect de la vie privée et au droit à l’image après «un article annoncé comme “exclusif” en page de couverture sous le titre “Florian Philippot, Oui à l’amour pour tous!”» montrant le cadre frontiste. Une condamnation bien plus sévère que celle qui a suivi les révélations sur la liaison entre l’actrice Julie Gayet et la président de la République François Hollande.

«UN MAGAZINE QUI NE SAURAIT REVENDIQUER UNE APPARTENANCE À LA PRESSE D’OPINION»
Quel est l’argumentaire des juges? Dans la décision que Yagg s’est procurée, la cour d’appel justifie la condamnation de Closer, «un magazine dit “people” qui ne saurait revendiquer une appartenance à la presse d’opinion», parce qu’«il ne révèle manifestement l’homosexualité de M. Philippot que dans un souci de sensationnel, (…) la part du contenu de l’article évoquant le rôle de l’homme au sein de son parti n’étant destinée qu’à le présenter au lecteur, sans pouvoir prétendre contribuer à un débat d’intérêt général alors que suit immédiatement le récit détaillé d’un week-end de détente passé à l’étranger et loin des médias français, accompagné de photographies volées».

Pour autant, la décision ne remet pas en cause la jurisprudence sur la révélation en décembre 2013 de l’homosexualité de deux responsables du Front national dont Steve Briois, le maire d’Hénin Beaumont, qui estimait que «le droit du public à être informé de l’homosexualité de M. Briois (primait) sur le droit au respect de ce pan de sa vie privée» – une nouvelle décision est attendue la semaine prochaine pour savoir si M. Briois peut toucher des dommages et intérêts pour atteinte au respect de la vie privée. «L’actualité du débat sur les droits des homosexuels notamment au sein du Front National est incontestable, comme le confirment les extraits d’interviews et articles ou ouvrages de réflexion sur le sujet versés aux débats, ce qui suscite la position de l’éditeur sur l’opportunité de dévoiler l’orientation sexuelle de l’un de ses membres influents», précise le jugement.

DÉCISION «EXTRÊMEMENT STATISFAISANTE»
Pour l’avocat de Florian Philippot, Me Grégoire Lafarge, cité par l’AFP, «cette décision est extrêmement satisfaisante». Me Lafarge salue par ailleurs «la motivation extrêmement ferme» du tribunal sur «la traque» subie par son client et sur «l’atteinte à son intimité qui en résulte, non pas en sa qualité de personne publique, mais de citoyen». Contactée par Yagg, la société Mondadori n’a pas souhaité réagir.

À l’époque de l’outing de Florian Philippot, les réactions entre indignation et compréhension avaient été très tranchées pour qualifier l’acte éditorial du magazine Closer, notamment dans le monde politique. Lors du procès, Laurence Pieau, directrice du magazine avait, elle, plaidé pour qualifier son information d’information d’intérêt général. «Comment peut-on imaginer qu’un couple homosexuel doit être traité différemment d’un couple hétérosexuel dans la presse?, estimait-elle. Comment peut-on imaginer que le numéro 2 du Front national, qui peut être appelé au pouvoir, si on en croit le FN, peut arriver à des fonctions sans avoir évoqué sa famille, ses relations privées, sans avoir d’épouse, d’amie, d’ami? Comment peut-on imaginer ça possible en 2014?», avait-elle expliqué. Sur Twitter, l’Association des journalistes LGBT (AJL) a, de son côté, rappelé sa position et estime que «la révélation de l’homosexualité d’une personnalité publique peut cependant parfois être utile».