«Je suis choqué et très déçu par la descente de police sur les participant.e.s à la Pride d’Istanbul. La police devrait protéger les manifestant.e.s, pas les attaquer.» Nils Muižnieks, le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, a fermement critiqué, sur Facebook, la répression dont a été la cible la LGBTI Pride qui devait se tenir à Istanbul hier, dimanche 28 juin (lire À Istanbul, la Pride violemment réprimée par la police turque [Libération, Hurriyet]).

La marche – la 13e à Istanbul – devait venir conclure la 23e LGBTI Pride Week, dont le thème cette année était la «normalité». Au lieu de cela, elle a été annulée sans préavis, officiellement pour cause de Ramadan. Pourtant, comme l’indique Kemalita, un militant turc, en 2014 la marche s’est tenue sans problème pendant le Ramadan. Idem pour la Trans Pride dimanche 21 juin. «C’est la toute première interdiction et la toute première attaque contre la Marche en 13 ans», souligne-t-il. L’intervention de député.e.s du Parti républicain du peuple (CHP, gauche) et du parti démocratique des peuples (HDP, gauche) auprès de la police n’a pas suffi à faire reculer la police. Ces élu.e.s avaient prévu de prendre part au défilé, de même que les consuls généraux de France (Muriel Domenach), du Royaume-Uni (Leigh Turner) et des États-Unis (Charles Hunter).

«Au nom de notre dignité, nous avons résisté, affirme le comité d’organisation de la LGBTI Pride. Nous avons résisté avec nos danses, nos chansons et notre amour!»

«La liberté de réunion est un droit humain fondamental que la Turquie doit respecter, insiste Nils Muižnieks. J’appelle les autorités à identifier les responsables de cette violence et à les punir. Elles devraient aussi affirmer sans équivoque que la liberté de réunion, y compris pour les personnes LGBTI, sera garantie à l’avenir.»

De son côté, l’Inter-LGBT «apporte tout son soutien à nos ami.e.s des associations Lambda Istanbul et Kaos GL» et « appelle le gouvernement français à fermement condamner ces atteintes inadmissibles aux droits fondamentaux et à rappeler aux autorités turques leurs obligations internationales en matière de liberté de manifester, liberté d’association et liberté d’expression».

L’une des premières à avoir réagi est Lady Gaga, qui a immédiatement tweeté pour appeler les autorités turques à montrer l’exemple en autorisant à la fois la Pride et le Ramadan, et à laisser «des gens heureux et innocents» célébrer la Pride.

«Cet incident disproportionné montre le dédain évident dont fait preuve le gouvernement turc actuel envers la communauté LGBT et la société civile en général, estime pour sa part l’Ilga-Europe. (…) Il est clair depuis quelques temps que les militant.e.S LGBTI de Turquie travaillent dans un environnement hostile. L’espace dans lequel la société civile est autorisée à opérer se réduit indéniablement, ce qui inquiète fortement l’Ilga-Europe.»

«Ce qui rend les événements de [dimanche] encore plus perturbants, c’est que la liberté de réunion a jusqu’ici été garantie et respectée par les autorités turques, poursuit l’association. La violence homophobe et transphobe plane sur les LGBTI en Turquie depuis des années; le respect par le gouvernement du droit de se réunir était l’un des points positifs qui ressortaient de leur inaction sur les questions LGBTI. La protection de la police avait été assurée lors de toutes les marches précédentes, depuis la première Pride d’Istanbul en 2003», s’étonne l’Ilga-Europe, qui a mis à jour son classement Rainbow Europe suite aux incidents: la Turquie est donc désormais classée 47e sur 49.

À voir aussi: la LGBTI Pride d’Istanbul en 49 photos sur le site Hurriyet.