Katie Stelmanis ne cache pas son enthousiasme à l’idée de se produire vendredi prochain sur la scène de la Gaîté Lyrique pour le festival Loud & Proud: «J’adore jouer dans des événements queers parce qu’on s’y amuse beaucoup et que ça attire le meilleur public». La chanteuse du groupe canadien Austra salue d’ailleurs la belle programmation de l’événement qu’elle considère comme «l’un des meilleurs line-up queers» qu’elle ait jamais vus.

DU CLASSIQUE À L’ÉLECTRO
Le parcours de la tête pensante d’Austra est bien singulier: pianiste baignée dans la musique classique et destinée à une carrière de chanteuse lyrique, Katie Stelmanis est finalement passée du côté obscur, celui de l’électro. Une évolution étroitement liée à son identité profonde: «J’avais vraiment le sentiment que c’était difficile d’entrer à l’opéra en tant que personne qui s’identifie comme queer, c’est un monde plutôt hétéro. Étant obligée de porter des robes de soirées géantes chaque fois que je jouais, je sentais que je n’allais pas pouvoir être moi-même dans ce métier.» L’influence classique est encore palpable dans le son riche d’Austra et dans la voix puissante de Katie Stelmanis, qu’on classera facilement aux côtés d’artistes comme Zola Jesus ou Bat For Lashes. «J’ai commencé doucement à faire ma propre musique tout en continuant à chanter de l’opéra, raconte-t-elle au sujet de cette évolution artistique, et j’ai ensuite commencé à jouer sur scène quelques années plus tard. Je n’ai donc jamais vraiment laissé une chance aux gens d’être choqués, tout s’est combiné ensemble sur du long terme.»

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Austra – Home (Official Video)

QUEER FOREVER
Ouvertement lesbienne, Katie Stelmanis n’hésite pas à aborder cet aspect, consciente que son statut d’artiste out lui confère une «sorte de responsabilité»: «Je crois que la visibilité est le meilleur moyen de mettre fin aux discriminations contre la communauté LGBT, affirme-t-elle. Ça peut être épuisant d’en parler par moments, mais en général je suis heureuse d’être moi-même visible et disponible pour des questions de ce genre, quand il n’y a pas un grand nombre de femmes qui s’identifient ouvertement comme lesbiennes.» Quant à la visibilité de la culture queer, elle entend bien évidemment la défendre… tout en veillant à ne pas la dénaturer: «Je pense que beaucoup d’aspects de la culture queer sont déjà dans la culture dominante aujourd’hui, mais évidemment il y a encore beaucoup de travail. Néanmoins, il y a des composantes de la culture queer que je ne veux pas voir devenir grand public, car cela les rendrait ennuyeuses. Dans l’art, la musique, l’écriture, les œuvres les plus excitantes à travers l’histoire ont été crées par des personnes queers vivant à la marge, et je crois qu’à l’avenir les choses les plus intéressantes seront toujours créées par des communautés alternatives. Et donc, ça me parait important de protéger notre culture queer de la culture mainstream, et de nous assurer que nous serons toujours considéré.e.s comme queers.»

austra_-_new_photo_2014_-_photo_credit_-__kate_young_-__10_crop_-_300_dpi©Kate Young

Les artistes queers font donc partie des influences de Katie Stelmanis: «J’adore découvrir que des hommes ou des femmes célèbres du passé ont peut-être été queers, comme Virginia Woolf ou Frida Kahlo, explique-t-elle. J’ai écrit une chanson sur Frida et une de ses amantes, Chavela Vargas, qui sera peut-être sur le prochain album.» Un prochain album qu’elle décrit déjà comme «plus électronique»: «Plus dans le style de Feel It Break (le premier album du groupe, sorti en 2011, ndlr) mais avec une écriture plus ancienne et plus ample. Ce sera peut-être mieux, peut-être moins bien, qui sait!»

Austra sera à la Gaîté Lyrique le vendredi 3 juillet et au Lieu Unique à Nantes le samedi 4 juillet.