Si la gestation pour autrui (GPA) est toujours interdite en France, le procédé se popularise au Royaume-Uni où il est légal depuis 30 ans. Et pour cause, les Britanniques sont passés de 57 bébés nés d’une GPA en 2007 à 201 naissances en 2014.

«Depuis quelques années, les gens prennent conscience que la GPA existe, que ce n’est pas un mythe», explique Sarah Taylor Jones. Avec six grossesses à son actif dont trois pour d’autres couples, la jeune femme confie qu’elle n’a jamais ressenti un lien particulier entre elle et ces enfants qu’elle a porté.e.s.

Actuellement, les modalités de la GPA sont discutées au Royaume-Uni, notamment l’aspect financier de la procédure. Les gestatrices britanniques ne sont pas payées pour être enceintes mais sont indemnisées dans leurs dépenses. «C’est uniquement lors de ma troisième GPA que j’ai pris conscience des coûts que pouvait représenter une grossesse», raconte Sarah Taylor Jones. Surrogacy UK aide les femmes à constituer une sorte de prévisionnel de leurs dépenses durant la grossesse ainsi que des séances de sensibilisation face à cela aux futurs parents. La somme demandée est ensuite examinée par le Children and Family Court Advisory and Support Service (Cafcass), organisme public chargé de conseiller les tribunaux familiaux. La valeur des dépenses est déterminée en fonction des personnes et des besoins propres à chaque «mère de substitution».

«La confiance c’est la base du système britannique, résume Paul, un futur papa. La gestation pour autrui est autorisée au Royaume-Uni, mais elle ne dispose en réalité d’aucun cadre légal structurant ses modalités d’application.» En effet, les futurs parents peuvent à tout moment décider de ne pas prendre l’enfant, laissant la femme enceinte seule, ou bien celle-ci décide finalement de le garder. C’est pourquoi un délai de six semaines est imposé après la naissance de l’enfant avant de pouvoir engager des démarches de transfert de parentalité, précise Le Monde.

Alors que la GPA devient de plus en plus populaire au Royaume-Uni, de nombreux Britanniques quittent le pays vers des destinations où les GPA sont commercialisées. «Ces couples cherchent une forme de sécurité: ils sont certains de trouver une mère porteuse, et le procédé est moins long. Ici, cela peut prendre jusqu’à deux ans pour trouver une femme qui accepte de les aider. Reste que ce choix est dangereux, les procédures de reconnaissance de l’enfant par les autorités sont bien plus complexes», rappelle Sarah Taylor Jones.

Un débat est de plus en plus fréquent outre-Manche: faut-il lever l’interdiction de la GPA à des fins commerciales? «Si elle représente un coût substantiel, la GPA sous sa forme altruiste reste accessible et profondément humaine, déclare Natalie Smith, de Surrogacy UK. Indépendamment de toutes considérations éthiques, qui sont par ailleurs essentielles, si l’on ouvre cette boîte de Pandore, la règle du marché prendra le dessus et de nombreux couples seront privés de la possibilité de devenir parents.»

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