Nous sommes le 5 avril 2014. Au Conseil de Paris, c’est le grand jour pour Anne Hidalgo qui est investie maire de la capitale après sa victoire aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014. Au perchoir, pour son premier discours en tant que maire, celle qui succède à Bertrand Delanoë, premier édile de Paris ouvertement gay, cite Michel Foucault: «Je compte “faire le choix de ce qui est positif et multiple, préférer la différence à l’uniformité”».

Parmi les 21 adjoint.e.s issu.e.s de sa coalition PS-PCF-EELV qu’elle soumet au vote, quatre élus sont ouvertement gays: Bruno Julliard, premier adjoint socialiste chargé de la Culture, du Patrimoine, des Métiers d’Art, des Relations avec les arrondissements et de la Nuit; Ian Brossat, adjoint communiste chargé du Logement et de l’Hébergement d’urgence; Mao Peninou, adjoint chargé de la Propreté, de l’Assainissement, de l’Organisation et du Fonctionnement du Conseil de Paris; et Julien Bargeton, adjoint chargé des Finances, des Sociétés d’économie mixte, des Marchés publics et des Concessions. Et parmi les élu.e.s du nouveau Conseil de Paris ainsi que les maires d’arrondissement, là encore, des hommes et des femmes out et visibles comme Jean-Luc Romero-Michel dans le XIIe arrondissement, l’avocate Caroline Mecary élue dans le XIVe, Christophe Girard, maire du IVe arrondissement, François Vauglin, nouveau maire du XIe, Rémi Féraud, réélu dans le Xe et président du groupe socialiste au Conseil de Paris, ou François Dagnaud, réélu maire du XIXe, composent la nouvelle majorité issue «des listes aux couleurs de Paris» souhaitées par la nouvelle maire de Paris. Un avant-goût de l’attention portée par Anne Hidalgo à la politique de diversité à mener par la municipalité?

UNE MAIRE CONNUE POUR SON ENGAGEMENT
Car, à Paris, la nouvelle maire (friendly) est connue pour son engagement sans failles sur les questions LGBT. Anne Hidalgo n’a d’ailleurs eu de cesse de le rappeler durant toute la campagne des municipales en 2014 à l’occasion de rencontres et de débats avec les associations: comme Tel Aviv, la capitale israélienne, «Paris doit s’assumer gay-friendly». «Je suis une combattante de l’égalité des droits», affirmait-elle quelques années plus tôt dans une interview à Yagg. Il y a tout juste un an, alors que Yagg rencontrait la nouvelle édile pour un entretien à la veille de la Marche des fiertés parisienne fin juin 2014, Anne Hidalgo réitérait elle-même un certain nombre d’engagements formulés quelques mois plus tôt, que ce soit sur la lutte contre le sida, sur sa responsabilité dans la lutte contre les discriminations, sur le devoir de mémoire de la capitale pour les victimes de LGBT-phobies ou sur l’accueil des demandeurs/euses d’asile LGBT.

«Si il y a quelque chose qu’on ne peut pas enlever à Anne Hidalgo, c’est de s’être positionnée et d’avoir soutenu les LGBT», commente Catherine Michaud, conseillère d’arrondissement d’opposition UDI dans le IIe arrondissement. «Elle est à l’écoute sur nos sujets et elle n’a pas raté une seule Marche des fiertés: c’est un soutien de longue date», poursuit la présidente de GayLib, fraichement nommée secrétaire nationale UDI aux droits LGBT. «Anne Hidalgo est très engagée sur ces questions», rejoint David Belliard, coprésident du groupe écologiste au Conseil de Paris. Le conseiller de Paris ajoute: «Son engagement n’a pas faibli depuis un an: elle a rappelé son engagement en faveur de l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, elle a débloqué les fonds en novembre pour l’organisation des Gay Games en 2018 et elle en fait elle-même la promotion: elle s’implique fortement.» Un avis partagé par Ian Brossat, adjoint PCF d’Anne Hidalgo, élu dans le XVIIIe arrondissement qui observe «un engagement constant de la municipalité en matière de lutte contre l’homophobie, dans la droite ligne des deux mandatures précédentes».

DES MESURES DE VISIBILITÉ
Retour en 2014. Les premières mesures de la municipalité Hidalgo en matière de diversité et de visibilité LGBT sont clairement symboliques. À la mi-mai, l’Hôtel de ville de Paris accueille pour la première fois la remise du Grand Prix de la diversité en entreprise de l’association l’Autre Cercle où la nouvelle maire est présente en personne. Des contacts sont pris avec la Direction des ressources humaines de la mairie de Paris et l’association pour signer la Charte d’engagement LGBT, un texte qui intéresse particulièrement la nouvelle maire en matière de lutte contre les discriminations dans l’administration de la ville, mais qui à la connaissance d’Hélène Bidard, adjointe PS chargée de la lutte contre les discriminations, n’a pas été signé.

Anne Hidalgo

©Xavier Héraud

Autre mesure, autre symbole. Pour la première fois à Paris, et comme de nombreuses capitales mondiales de Montréal à Tel Aviv, lors de la Marche des fiertés 2014, les couleurs arc-en-ciel sont hissées sur l’Hôtel de ville et certaines mairies d’arrondissement sur décision de la maire. «C’est un geste symbolique qui permet de réaffirmer tout notre soutien à la lutte pour l’égalité des droits et contre l’homophobie», souligne à cette époque Jacques Boutault, maire EELV du IIe arrondissement. «Elle a quand même fait hisser les drapeaux rainbow sur l’hôtel de ville, ce n’est pas rien», observe aujourd’hui David Belliard. Soutien de la pride parisienne depuis dix ans maintenant, la municipalité réédite d’ailleurs l’expérience en 2015.

«Il y a une réelle volonté de faire des choses, pour une mise en place, c’est encourageant», analyse pour sa part Flora Bolter, coprésidente du Centre LGBT Paris Ile-de-France. Plus critique de l’action municipale, Philippe Colomb, président de l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour (Ardhis), émet quelques réserves face à des mesures d’affichage sans réel poids. «Anne Hidalgo et son premier adjoint sont extrêmement frileux. En un an, je ne vois pas ce qui a été fait, toutes les propositions sont venues des groupes politiques au Conseil de Paris», observe celui qui est aussi co-responsable de la commission LGBT d’EELV.

SOUTIEN RELATIF AUX ASSOCIATIONS ET SUBVENTIONS EN SURSIS
Car pour le représentant associatif, la nouvelle équipe municipale qui est «venue avec des discours combattifs pendant la campagne» n’est pas à la hauteur du soutien attendu par les associations LGBT en déficit de moyens. «Le centre LGBT est trop petit, voire explose, et on n’a pas le soutien de la mairie à ce niveau-là. Ce sont plutôt les mairies d’arrondissement qui apportent leur soutien. L’Ardhis cherchait des locaux et Rémi Féraud dans le Xe a été d’une aide précieuse», ajoute Philippe Colomb. Il prend un nouvel exemple: «Sur les déboires du festival Chéries-Chéries [ndlr, le festival de cinéma LGBT de Paris], la municipalité aurait pu se poser en médiatrice. C’est quand même un des événements culturels LGBT le plus important de France». Et de préciser: «Je ne dis pas que la nouvelle mairie ne fait rien. Mais on ne progresse pas par rapport à l’ancienne mandature: il n’y a pas de projet de lutte contre les discrimination défini.»

Avec la baisse de la dotation de l’État pour le fonctionnement des collectivités locales, la nouvelle municipalité doit aussi faire face à l’épineuse question de l’attribution des subventions aux associations. Un véritable jeu d’équilibriste auquel s’attèle Hélène Bidard, l’adjointe d’Anne Hidalgo, chargée de la lutte contre les discriminations, pour ne pas pénaliser les petites structures et les nouvelles initiatives. «En 2014, 30% du budget de la lutte contre les discriminations a été consacré à la lutte contre les LGBT-phobies», affirme l’élue socialiste. Pour 2015, la subvention allouée au Centre LGBT de Paris IDF est par exemple de 110 000 euros – une convention triennale a par ailleurs été signée – alors qu’elle était depuis 2008 de 112 000 euros. «J’ai essayé de réduire le moins possible le montant de la subvention, alors que j’ai une enveloppe à budget constant sur les questions LGBT. Pour subventionner les nouvelles actions, on est obligé de réduire les enveloppes attribuées aux autres associations, ce qui complique les choses», regrette Hélène Bidard. Son souhait d’adjointe: faire voter lors du prochain Conseil de Paris, les 29 et 30 juin, la subvention de l’association Les Dégommeuses et des PanamBoys, pour leur action en matière de lutte contre les discriminations dans le milieu du sport.

«C’est vrai que le contexte budgétaire n’est pas très favorable. On est tous un peu inquiet.e.s des décisions qui peuvent être prise, le centre LGBT a un bon contact avec la mairie, donc on a, a priori, rien à craindre», se rassure de son côté Flora Bolter. La coprésidente du centre renchérit: «Mais il y des a des petites associations qui s’inquiètent et il faut rester vigilant.e.s». Même sentiment du côté de l’association le MAG jeunes LGBT dont la subvention de 10 000 euros a été maintenue, «même si elle ne couvre plus l’intégralité des frais», selon Valentin, son coprésident. Fin septembre 2014, menacé de fermeture, le 190, centre de santé sexuelle pivot dans l’accueil des publics LGBT, a reçu le soutien sans faille de la mairie. Une action concrète que salue aujourd’hui Franck Desbordes, son président. «Bernard Jomier [ndlr, adjoint écologiste d’Anne Hidalgo chargé de la santé] s’est engagé en faveur du 190», se réjouit-il. «En conseil de Paris, tous les élus à l’unanimité ont affirmé leur soutien au 190 et se sont engagés à verser la subvention de 23 000 euros triennalement, poursuit le vice-président de Sida info service (SIS). Et aussi bien l’Hôtel de ville que la mairie du XXe arrondissement ont porté notre dossier pour trouver des locaux, ce qui est fait à l’heure actuelle.»

LUTTE CONTRE LE SIDA: UNE PRIORITÉ À RENFORCER
En matière de lutte contre le sida et des politiques de santé en direction des LGBT, le volontarisme affiché de la mairie de Paris version Anne Hidalgo est également salué par les responsables associatifs de santé. «Sur la question du VIH, l’engagement d’Anne Hidalgo est clair», fait remarquer Giovanna Rincon, directrice d’Acceptess-T, association trans’ de lutte contre le sida. En 2014-2015, l’Hôtel de ville a régulièrement accueilli des colloques et des conférences sur les enjeux de santé comme les États généraux d’Élus locaux contre le sida, association présidée par Jean-Luc Romero-Michel. Puis, point d’orgue, le 1er décembre 2014, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, la nouvelle maire fait de la fin à l’épidémie «une priorité» avec la signature d’une déclaration commune d’intention, la «Déclaration de Paris», et d’un plan d’action avec les maires des grandes métropoles africaines, américaines, asiatiques ou européennes. La veille, Anne Hidalgo signait également une tribune dans Libération avec Bill de Blasio, maire de New York, forte de sens, qui souligne la responsabilité «particulière» des villes dans le combat contre le sida. «À ce jour, on souhaiterait voir ce que donne ce travail», s’interroge la directrice d’Acceptess-T.

La politique de prévention dans sa forme actuelle ne semble pas convenir totalement aux associatifs. C’est d’ailleurs la seule petite critique que Franck Desbordes adressera à l’encontre de l’action municipale. Le président du 190 explique: «L’Hôtel de ville ne communique pas de manière spécifique là où se trouvent les foyers de l’épidémie. Résultats: on se retrouve avec des campagnes de préventions qui ne sont ni ciblées, ni appropriées. Par exemple, il n’y a pas de messages spécifiques à destination des migrant.e.s subsaharien.ne.s de la communauté.» Giovanna Rincon avance le même problème: «Le véritable enjeu pour la ville de Paris, c’est de veiller à bien cadrer sa politique de prévention. Sur qui doit-elle se focaliser? Les populations les plus touchées par les inégalités et la précarité, à savoir les personnes trans’ migrantes et/ou travailleuses du sexe. Et ce travail doit se faire en collaboration avec les association de terrain.»

Outre les questions de prévention, un certain nombre de dossiers spécifiques cristallisent les critiques des associations en la matière. «L’équipe municipale n’est pas fermée aux problèmes qu’on soulève, au-delà des engagements symboliques comme la lutte contre le sida en Afrique, souligne Laure Pora, présidente d’Act Up-Paris, qui se réjouit que l’association parisienne, en redressement judiciaire, ait le soutien de la ville de Paris qui l’a aidée à se reloger dans le XIXe arrondissement. «Paris est le département qui concentre la majorité des personnes séropositives en France. Aujourd’hui, les délais d’obtention de l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris sont de 17 mois alors que la durée de l’aide est de deux ans! Cela pose de vrais problèmes en termes de délai.» Et Laure Pora de pointer les mesures pour lutter contre la prostitution au bois de Boulogne: «Les arrêtés anti-stationnement pour les camionnettes, cela pose des problèmes pour les travailleurs/euses du sexe comme les trans’ migrant.e.s, les plus vulnérables à l’épidémie du sida».

Engagement de campagne d’Anne Hidalgo pendant les municipales, le maintien des urgences et du centre de dépistage de l’Hôtel Dieu, plus vieil hôpital en plein cœur de Paris, a été un point de crispation de ce début de mandature. Et après moults rebondissement, le dossier n’avance plus depuis septembre 2014. «Le dossier est bloqué, mais ce n’est pas vraiment du ressort de la municipalité», estime Franck Desbordes. À l’inverse d’Act up-Paris qui y voit une fermeture problématique, et ce d’autant que l’établissement est à deux pas du Marais. «De mon point de vue, c’est un faux problème! reprend le président du 190, centre de santé sexuelle. Aujourd’hui, une grande partie des médicaments VIH sont délivrés en pharmacie. Aller chercher un Traitement post-exposition (TPE) à l’Hôtel Dieu ou à la Pitié Salpétrière, ça ne change pas vraiment la donne.»

LE MARAIS VIDÉ DE SON IDENTITÉ
Globalement, la situation immobilière du Marais en pleine gentrification inquiète les commerces gays, la presse (Libération, Têtu, Slate.fr, etc) et les responsables associatifs depuis quelques mois. Conséquence de la crise économique, de la pression immobilière, mais aussi de la perte d’attractivité du Marais pour les homos, entre 2013 et 2014, et mis à part quelques adresses, «les lieux festifs et les lieux de sexe gay ont connu une baisse d’activité et de fréquentation de l’ordre de 20 à 30%», se désole Gérard Siad, président du Syndicat nationale des entreprises gaies (Sneg). Et les commerces et les bars à l’image de la librairie Agora Presse ou de l’Amnesia mettent la clé sous la porte. «Tout le monde est impuissant face au jeu du marché. C’est peu triste car il a fallu des années pour construire le Marais comme lieu d’expression de l’identité gay», poursuit l’ancien cogérant du bar le CUD. «Est-ce que le Marais sera encore gay dans quelques années? Est-ce que les charges deviennent insurmontables? Quel rôle la ville a-t-elle à jouer? Ce sont toutes les questions qui se posent pour continuer à faire vivre l’identité LGBT du Marais», soulève Catherine Michaud, de l’UDI.

Alors, la municipalité et la mairie du IVe arrondissement ont-elles une responsabilité dans ce dossier? Sur cette épineuse question les avis sont tranchés. Frédéric Martel, journaliste à Slate.fr, spécialiste des questions LGBT et auteur de Global Gay (2013), fait le procès de l’inaction des pouvoirs publics dans une pétition qu’il a lancée mardi 23 juin: «Lutter contre cette gentrification du quartier nécessite pour commencer une action volontariste de la part de la mairie. Or, Christophe Girard, le maire du IVe, ne fait rien – il est d’ailleurs lui-même l’un des dirigeants du groupe LVMH.» En revanche, Gérard Siad, du Sneg & co, est beaucoup plus prudent et défend l’action des adjoint.e.s du maire du IVe: «La marge de manœuvre de la mairie du IVe est très faible. Tout est mis en œuvre pour préserver le patrimoine, les commerces de proximité et les bars, mais c’est très compliqué. La politique d’Anne Hidalgo mettra du temps à prendre effet.»

«Notre marge de manœuvre est très limitée», réitère Julien Landel, adjoint socialiste à la mairie du IVe chargé du commerce. Selon l’élu, des mesures ont été prises pour encadrer les loyers et stabiliser les prix, ainsi que pour «fédérer les acteurs de la nuit pour créer un mouvement d’ensemble» de sauvegarde. «Il faut créer un climat de confiance notamment pour préserver une vie nocturne et diurne. Que chacun prenne ses responsabilités en termes de communication et de flying sauvage», soutient Julien Landel qui conclut: «Ce qu’on aimerait, c’est aussi que les établissements qui ferment puissent nous avertir en amont pour voir si on peut retrouver un repreneur». Mais pour Gérard Siad les solutions sont simples: que la maire de Paris s’engage à «démarginaliser la nuit» et à «redorer l’image du tourisme gay dans le Marais». À moins que le sort du quartier gay de Paris ne soit déjà scellé et que sa muséification soit actée…

LA MÉMOIRE AU CŒUR DU MANDAT?
En revanche, s’il y a un sujet qu’Anne Hidalgo et son équipe ont mis un point d’honneur à inscrire à leur agenda depuis le début de la mandature, c’est bien le devoir de mémoire envers les victimes de LGBT-phobies. Sur ce dossier, un certain nombre de chantiers symboliques – eux aussi –, dans la continuité de ce qui avait été entrepris sous le dernier mandat de Delanoë, ont été ouverts, voire clos. La plaque en mémoire de Bruno Lenoir et Jean Diot d’abord, dernier couple homosexuel exécuté à Paris en janvier 1750, inaugurée rue Montorgueil dans le IIe arrondissement le 18 octobre 2014. «C’est un acte fort», soutient Ian Brossat, à l’initiative de ce vœu de «réhabilitation» voté en décembre 2013 à la fin du mandat Delanoë. «On se félicite que des élus viennent célébrer notre mémoire. Si ce souhait a été émis dès 2009 et que Ian Brossat en a été le mettre d’œuvre, Anne Hidalgo est venue inaugurer cette plaque naturellement», assure Denis Erhart, président de l’association Les Oublié.e.s de la mémoire.

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©Xavier Héraud

Deux mois plus tard, courant décembre 2014, c’est au tour du vœu écologiste pour créer un centre d’archives LGBT à Paris d’être adopté par le Conseil de Paris, alors que cette mission conduite par Louis-Georges Tin avait échoué sous la précédente mandature. «C’est un dossier complexe car il y urgence à rassembler ces archives. Et il va falloir avancer», reconnaît l’adjointe à la lutte contre les discriminations. «L’archivage, c’est un métier, on a donc besoin de gens crédibles pour travailler et comme on part du principe que c’est important que ce soit un fond public d’archives, on a besoin de l’aide de l’État», précise l’élue. «C’est vrai qu’il y encore besoin de formaliser les choses, notamment avec les associations», renchérit David Belliard qui a porté le vœu au Conseil de Paris. « Ça devient quand même urgent, s’impatiente de son côté Flora Bolter du Centre LGBT, c’est dommage que Paris n’ait encore rien fait». Un sentiment d’urgence partagé par Philippe Colomb de l’Ardhis: «Le vœu sur le centre d’archive, ça n’aura pas le même poids si c’est Anne Hidalgo qui le porte ou son adjointe».

Reste la question de la création d’un monument commémoratif et inclusif pour les victimes de LGBT-phobies – comme l’Homomonument à Amsterdam – à l’étude depuis plusieurs années. Chez les Oublié.e.s de la mémoire, on nous assure que le travail de sensibilisation mené depuis plusieurs mandats se fait autour d’«échanges constructifs, posés et cadrés». «Anne Hidalgo a répondu qu’elle honorerait notre demande et on a été reçu par les cabinets de Bruno Julliard et d’Hélène Bidard. Les élu.e.s sont à l’écoute même si nous n’avons pas encore de calendrier car il faut que les associations se réunissent pour porter des dossiers crédibles», explique Denis Erhart. Mais aucun vœu n’a encore été voté devant le Conseil de Paris et la première phase de concertation, drivée par l’association qui a reçu le mandat de la maire, ne sera close que fin 2015. «Il n’y a pas d’échéances butoirs, mais l’idée c’est quand même de faire un monument dans les premières années du mandat», calcule Hélène Bidard. 2016? 2017? Ou pour les Gay Games en 2018? «Il y aura un appel à projet artistique à la rentrée avec un délai de six mois», avance Denis Erhart.

DES OUTILS SUFFISANTS POUR LUTTER CONTRE LES DISCRIMINATIONS?
Mesures de visibilité, «priorité» accordée à la lutte contre le sida, devoir de mémoire, soutien aux associations etc: les différents dispositions prises depuis un an sont-elles suffisantes pour faire de Paris une ville toujours plus inclusive? Les outils pour lutter contre les discriminations, au-delà du soutien public et formel, sont-ils satisfaisants et appropriés ? Ian Brossat tient à le rappeler, «la lutte contre les discriminations est dans l’ADN de la majorité municipale». Sur le volet éducatif par exemple, la municipalité soutient à bon escient les associations qui interviennent en milieu scolaire pour sensibiliser à la lutte contre les LGBT-phobies en continuité totale avec l’action de l’équipe précédente. «On a maintenu l’opération collégien dans les établissements parisiens avec Contact, Le Mag jeunes LGBT, la compagnie de théâtre l’Air du Verseau et SOS homophobie» malgré les réticences de certains collèges, affirme Hélène Bidard. L’élue PS poursuit: «On a aussi accueilli un colloque sur les LGBT-phobies à l’école et j’ai renforcé le travail avec la Coordination lesbienne par exemple, car je sui personnellement attachée à la visibilité lesbienne».

Après le vote d’une délibération du groupe socialiste pour que les couples de même sexe soient mieux pris en compte par les services municipaux en octobre 2014, l’adjointe chargée de l’intégration et de la lutte contre les discriminations annonce travailler à l’élaboration «d’un grand plan parisien de lutte contre les discriminations» qui sera proposé au Conseil de Paris l’année prochaine. «L’objectif est d’obtenir le label de la diversité Afnor pour la ville de Paris», assure Hélène Bidard. En revanche, à l’heure actuelle et à sa connaissance, seuls des kits de recrutement sans discrimination sont à la disposition des services de la ville de Paris, et rien n’est généralisé pour inclure les LGBT dans les différents services d’accueil et d’hébergement comme les Établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ephad), la MDPH de Paris, les services de santé etc.

Début février, sur proposition de Danielle Simonnet, élue du Parti de gauche (PG) au Conseil de Paris, qui en avait fait un engagement de campagne, le vœu pour la reconnaissance du libre choix du genre sur la carte citoyen.ne parisienne était lui aussi adopté. «J’en suis ravie, se félicite la secrétaire nationale du PG, cela peut servir de prétexte à l’ouverture d’un débat sur les enjeux du changement d’état civil». En revanche, l’élue du XXe arrondissement n’a pas eu connaissance de la tenue de réunions de travail sur la carte de citoyen.ne et elle le regrette. Valentin, jeune trans’ et coprésident du MAG jeunes LGBT, reste dubitatif. «La carte citoyenne n’a pas de poids juridique, est-ce une vraie avancée?». «C’est un acte symbolique et militant. Toute bonne volonté est bienvenue mais elle doit être réfléchie pour ne pas noyer le poisson», met en garde Giovanna Rincon pour Acceptess-T, qui attend un vrai plan de lutte contre les inégalités dans l’accès au logement, aux services publics, à la santé pour les populations précaires, et notamment les personnes trans’. «Anne Hidalgo est socialiste et maire de la capitale: on pourrait attendre qu’elle cherche à peser sur les droits des trans’», soutient Catherine Michaud, la secrétaire UDI aux droits LGBT. Étrangement, la secrétaire nationale du Parti de gauche ne la contredira pas sur ce point-là: «Une municipalité a toujours un rôle de tribune et de mobilisation des consciences». Et à la veille de la Marche des fiertés 2015, il y a peut-être une carte à jouer.