Le 10 avril dernier, le ministre de la Santé norvégien Bent Høie annonçait des progrès concernant les conditions de changements d’état civil chez les personnes trans’. Pourtant attendue pour le début de l’été, une proposition de loi n’a toujours pas été présentée.

À l’instar du modèle danois, le gouvernement norvégien devrait mettre en place un système qui permettrait de changer son état civil directement sur internet juste en cliquant sur un bouton. «J’ai parlé avec le ministère de la Santé et j’espère qu’il fera le bon choix. Il m’a promis une nouvelle loi d’ici cet été mais je n’ai toujours aucune réponse. J’attends de voir si j’ai une réponse demain», déclare John Jeanette Solstad Remø, militante trans’ norvégienne que Yagg a interviewée début décembre 2014, qui espère néanmoins que la Norvège se passera du délai de six mois imposé par le Danemark.

Comme de nombreuses personnes trans’ norvégiennes, la militante est au cœur d’un dilemme. Pour changer son état civil en Norvège, la procédure indique qu’il faut subir un traitement hormonal, être diagnostiqué.e comme malade mental.e et se faire stériliser. Mais John Jeanette refuse de passer par la stérilisation et ses papiers d’identité ne correspondent pas à son identité de genre. «Je dois choisir entre la castration et mes problèmes civils. Je mène une lutte quotidienne, quand je dois aller chercher un colis à la poste ou lors d’un contrôle routier, a-t-elle expliqué lors de la conférence de presse d’Amnesty International ce matin. Ça ne peut pas se passer comme ça en Norvège».

«Beaucoup trouvent cela étrange que j’utilise John Jeanette, soulignait-elle en décembre 2014. J’utilise mon nom masculin et mon nom féminin pour insister sur le fait que je ne peux pas obtenir la reconnaissance de mon genre de la part du gouvernement. Pourtant dans la vie de tous les jours, avec mes ami.e.s, on m’appelle Jeanette.»

C’est en 1986 que John Jeanette rejoint pour la première fois une organisation trans’. Elle s’engage par la suite dans la lutte contre les discriminations trans’ avec Amnesty International en 2014. C’est d’ailleurs cette année-là que la Norvège a connu quelques changements. Désormais le pays interdit les discriminations en raison de l’identité de genre ou de l’orientation sexuelle.

«Actuellement, il y a encore 33 pays en Europe qui ont une situation semblable à un cauchemar, explique John Jeanette, reprenant les données de Transgender Europe. Selon ces États, il faut être divorcé, subir une intervention chirurgicale comme une implantation mammaire ou la stérilisation et subir un examen médical qui doit diagnostiquer la personne comme une malade mentale.»

John Jeanette participera à un débat, jeudi 25 juin, après la projection, à 20 heures, du documentaire Laisse parler les genres, de Coline Ginchelot, au cinéma Reflet Médicis, à Paris (3, rue Champollion).