Sommaire

Vernon Subutex 2 de Virginie Despentes
Moi, Conchita de Conchita Wurst
Ma Mère et moi de Brahim Metiba
Au poil! de Klaire fait grr
Propaganda de Joana Estrela
Moi non plus de Emilie Plateau
Jours de libération de Mathieu Lindon
Manderley for ever de Tatiana de Rosnay
Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers de Benjamin Alire Saenz
Le voyage de June de Sophie Kovess-Brun et Sandrine Revel
L’honneur assiégé de Radclyffe
La Boussole, le Labyrinthe et le Sablier de Kent Neal

 

vernon subutex 2Vernon Subutex, 2, Virginie Despentes, Grasset, 400 p., 19,90€. Fin du tome 1 de la trilogie de Virginie Despentes, on avait laissé ce drôle d’oiseau de Vernon Subutex seul et à la rue. Ce qu’il ignore dorénavant, c’est qu’ils et elles sont nombreux/euses à s’être lancé.e.s à sa recherche. Dans ce second tome, l’auteure va rassembler les personnages croisés précédemment autour de Vernon Subutex. Presque gourou malgré lui, c’est lui qui va provoquer chez chacun.e d’entre eux/elles une étrange remise en question de leur existence. Alors que le mystère autour des cassettes vidéos laissées par Alex Bleach va enfin s’éclaircir, Virginie Despentes fait prendre à son roman un virage inattendu et au lieu de nous mener tambour battant sur le chemin du polar, elle nous donne à contempler cette troupe dépareillée qui se rassemble chaque jour aux Buttes Chaumont autour de Subutex pour refaire le monde… ou pour ne pas être seul.e.s. Elle ne délaisse évidemment pas la fine analyse sociologique entamée dans le premier tome, mais nous entraîne dans ce qui semble être une étrange quête spirituelle. En cela, ce nouvel épisode apparaît moins noir et torturé sans pour autant tomber dans la complaisance. La verve de l’auteure, elle, est toujours là, tantôt râpeuse, tantôt incisive, dans cette dissection de la France précaire. Maëlle Le Corre

 

moi conchitaMoi, Conchita, Conchita Wurst, L’Archipel, 256 p., 18,50€. Que peut bien avoir à raconter quelqu’un de cet âge dans une autobiographie? Et effectivement ce n’est pas tellement l’histoire de la vie de Conchita Wurst que l’on retiendra. L’enfance du jeune Tom est malheureusement d’une grande banalité: un enfant différent sans vraiment comprendre pourquoi que ses camarades martyrisent sans tellement savoir pourquoi non plus. L’enfant devenu ado a une volonté de fer, il est prêt à tout ou presque pour quitter son village et apprendre un métier. La musique est son univers mais c’est la mode qui lui sert de billet de sortie. Tom est un bosseur, il a bien compris que pour réaliser ses rêves, il ne faut compter que sur soi-même. Conchita nait presque par hasard et c’est avec elle que le talent de Tom s’épanouit. Un passage par la télé-réalité, des rencontres fondamentales mènent à l’histoire que l’on connaît: l’incroyable victoire d’une femme à barbe à l’Eurovision. Ce qui frappe surtout, au-delà du récit, c’est la sincérité qui émane de l’artiste qui, dès le début, a voulu profiter de sa notoriété, de sa visibilité pour faire passer un message, assumé et limpide: la différence n’est pas un défaut, c’est un atout. Et chacun.e à sa place dans la société, même si elle ou il ne répond pas aux critères classiques. Judith Silberfeld

 

Ma_mere_et_moi_mMa mère et moi, Brahim Metiba, Mauconduit, 57 p., 7,50€. Les gays et leurs mères (surtout si, comme celle de l’auteur – Algérien vivant en France – elles sont méditerranéennes) c’est, dit-on, tout un «poème»… Brahim Metiba a fait, lui, de son lien avec sa mère âgée et d’une autre époque, un récit doux, sensible et en pointillés, ceux de la tendresse et de la subtilité nécessaires à l’incompréhensible confidence: Brahim aime les hommes! Pour lui venir en aide, il choisit de lire à sa mère aimée des passages du récit d’Albert Cohen Le livre de ma mère, chef d’œuvre sur l’amour filial. Chaque mot, simple et beau, de ce court récit est à goûter dans le silence de l’émotion qu’il fait naître… Eric Garnier (en partenariat avec Homomicro)

 

 

au poilAu poil!, Klaire fait grr, éditions Jungle, 144 p., 6€. Comment le poil est venu aux kiwis, ce que vos poils disent de votre couple, l’origine du poil, pourquoi on le déteste, comment le camoufler… Ce ne sont que quelques-uns des sujets d’importance brillamment abordés par Klaire fait grr dans l’aptement nommé Au poil! Démonstrations absurdes et dessins d’explication (dont certains se permettent de répondre à l’auteure) donnent une vue d’ensemble de ce (souvent mais pas toujours) petit élément de notre corps, rarement apprécié à sa juste valeur. JS

 

 

 

 

 

propagandaPropaganda, Joana Estrela, Warum, 112 p., 16€. Partie un an à Vilnius pour aider les militant.e.s lituanien.ne.s à préparer la Baltic Pride qui s’y est tenue en juillet 2013, la portugaise Joana Estrela (oui, comme le rapport) raconte ces mois passés avec la communauté LGBT locale et la longue année de préparatifs, et donc de difficultés et d’obstacles pour préparer une marche pour les droits des minorités sexuelles dans l’un des pays les plus homophobes d’Europe. On pourrait s’attendre à une histoire dure et sombre, Joana Estrela en a fait un roman graphique lumineux, enfantin parfois (peuplé de petites ratures, comme si on avait entre les mains un premier jet dans toute sa spontanéité), et surtout très drôle. Car elles ont beau vivre dans un pays homophobe, les filles dépeintes dans Propaganda traversent sensiblement les mêmes choses que beaucoup de lesbiennes et de bies en France et ailleurs, avec leur lot d’histoires d’amitié, de crushs, de déceptions sentimentales, de coups de gueules… MLC

extrait propaganda

Extrait de Propaganda

moi non plus emilie plateauMoi non plus, Emilie Plateau, Editions Misma, 128 p., 12€. Emilie s’est fait larguée, mais sa désormais ex-petite amie lui a fait savoir que ses affaires resteraient chez elle. «Elle veut qu’on se retrouve quand elle ira mieux.» Reproches, chantages affectifs, pressions morales, Emilie est tombée dans le piège d’une perverse narcissique et n’arrive pas à se dépêtrer de cette situation, coincée entre ses sentiments et la nécessité d’échapper à cette personne toxique. Difficile de parler des relations abusives dans le couple, et pourtant avec Moi non plus, Emilie Plateau réussit brillamment grâce à son trait minimaliste à capter pleinement le vide douloureux de l’après-rupture, la solitude, l’absence, et enfin le long processus de sevrage, le deuil d’une relation, jusqu’au moment où l’on est enfin prêt.e à revivre. MLC

extrait moi-non-plus

Extrait de Moi non plus

jours de liberationJours de Libération, Mathieu Lindon, P.O.L, 281 p. 16 €. Partir ou rester? Rester. Les laisser partir ou les retenir? Essayer de les retenir. Chronique d’une transition avec tout ce qu’elle a de plus bordélique et d’imprévue, sous la forme d’un journal de bord, Jours de Libération, de Mathieu Lindon, décortique, de l’intérieur et sans fioritures, la fin d’une époque Libé, où se succèdent les plans de départs, s’enchainent les pannes d’ascenseur et raisonnent les rumeurs de «déménagement». En plus de ses tribulations entre les huit étages du 11 rue Béranger, l’auteur de Ce qu’aimer veut dire, plus écrivain qui écrit sur les livres que journaliste – comme il aime à le répéter – circule dans ses souvenirs de vie de rédac’ qu’il accumule depuis son arrivée au «journal» en 1984, après un passage au Nouvel Observateur, pour y puiser ce qui fait l’essence même de ce pourquoi il a choisi de rester: l’esprit de liberté qui anime un canard pas comme les autres. Bien sûr, il y aura des rebondissements, des pots de départs tristes, d’autres pots joyeux, l’arrivée de la rédaction de Charlie Hebdo et ce qu’elle implique après les attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, des flirts avec les garçons de l’entrée et des coups de gueule etc. Mais au fond, rien n’importe plus que la survie de «ce» journal-là au prisme de ceux qui ont choisi de prendre la clause de conscience pour le quitter, de ceux qui n’avaient pas d’autres choix que d’y rester, et des autres, qui, comme Lindon, hésitent. Et tant pis, si Libération n’est plus Libé. Le journal et son chroniqueur en ont vu d’autres, et Libé s’est toujours adapté! Florian Bardou

 

manderley for everManderley for ever, Tatiana de Rosnay, Albin Michel, 464 p., 22€. De la jeunesse de Daphné du Maurier, la romancière Tatiana de Rosnay raconte le tempérament tout feu tout flamme d’une enfant un brin garçon manqué sur les bords. Preuve en est, ce garçon de dix ans auquel elle donne le nom d’Eric Avon, alter ego masculin qu’elle enfermera à double tour dans sa tête en grandissant, mais qui se réveillera au gré de rencontres avec des femmes qui joueront un rôle important tout au long de sa vie. Si Daphné du Maurier n’aurait pas supporté une seconde qu’on la qualifie de «vénitienne» (nom donné aux lesbiennes à l’époque), la vie de la romancière, pourtant mariée et mère de famille, est parsemée de romances plus ou moins platoniques, parfois à sens unique avec d’autres femmes. Tatiana de Rosnay signe la biographie quasi romanesque d’une femme brillante et indépendante, et d’une artiste passionnée, dédiée toute entière à l’écriture de romans qui furent des succès populaires majeurs, dont le célèbre (et très crypto-lesbien) Rebecca porté à l’écran par Alfred Hitchcock. MLC

 

aristote et danteAristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, Benjamin Alire Saenz, Pocket Jeunesse, 368 p., 17,90€. Aristote a 15 ans, un frère en prison, des parents qui l’aiment mais ont du mal à le dire. Et pas d’amis. Jusqu’au jour où il rencontre Dante, 15 ans également. Dante est tout le contraire d’Aristote, il est expansif, il adore ses parents, il est plus américain que mexicain. Très vite, les deux ados deviennent inséparables. Très vite aussi, l’amitié laisse place à un sentiment plus fort, en tout cas pour Dante. Aristote, lui, a plus de mal à admettre ses sentiments. Publié en 2012 aux États-Unis, ce livre a valu à son auteur de recevoir, une dizaine d’années après son coming-out, de nombreux prix dont un Stonewall Book Award et un Lambda Literary Award. JS

 

voyage de juneLe voyage de June, Sophie Kovess-Brun et Sandrine Revel, Des ronds dans l’O, 40 p., 12€. Dans le train qui l’emmène chez ses grands-parents, la petite June s’ennuie. Elle a envie de se promener, et finit par convaincre l’une de ses mamans de l’emmener visiter le train. June traverse alors une forêt de jambes qui sentent le croque-monsieur dans l’un des wagons, un autre où tout le monde dort, un troisième où des personnes aux cheveux gris lui rappellent ses grands-parents. Elle refait ensuite le trajet dans les bras de sa mère, et découvre le même monde mais vu du ciel, ou presque. Illustré par Sandrine Revel, qui s’était associée à Océanerosemarie pour l’adaptation de son spectacle La Lesbienne invisible en BD, Le voyage de June est un petit livre pour enfants sans prétention, qui se différencie des autres en racontant un petit moment de vie quotidienne d’une enfant dont les parents sont deux femmes, sans que cette homoparentalité ne semble plaquée ou artificielle. JS

voyage de june extrait

Extrait de Le Voyage de June

L’honneur assiégé, Radclyffe, Dans L’Engrenage, 320 p., 19,50€. Après les attentats qui ont touché les États-Unis, Blair et Cam profitent du calme temporaire de Whitley Island. Mais très vite, les deux femmes sont rappelées à Washington par le père de Blair, le Président des États-Unis, qui a une mission très sensible à confier à sa belle-fille. Ce sixième épisode de la série des Honneur est fidèle aux traditions: de l’action, des intrigues, du sexe, de l’amour, des trahisons. Le tout décrit avec habileté par Radclyffe, tout aussi à son aise dans les alcôves de la Maison Blanche et des services secrets que sur les plages de Provincetown. Tout ce qu’on aime, efficace et sexy, entre thriller et romance. Parution le 2 juillet (pile poil pour la plage), pré-commande sur le site des éditions Dans L’Engrenage. JS

 

couv OK.inddLa Boussole, le Labyrinthe et le Sablier, Kent Neal, Erox Onyx, 83 p., 19 €. La poésie est trop souvent vécue comme hermétique et inaccessible. Kent Neal, Lyonnais natif de l’Oregon, donne à lire des poèmes simples et sobres, où il décline l’amour des garçons sur fond d’informatique… «Là / au coin de la rue / il y a un garçon / qui attend une paire de lèvres / de lèvres / prêtes / à explorer / les collines / les bois / et les péninsules/ de son corps / Es-tu prêt à devenir explorateur / ce soir?» ou ceci: «Alchimiste / aux yeux de bronze / transforme en or / mes week-ends de plomb»… Un peu alchimiste, Ken Neal! EG