«Je suis très gêné par les gens qui pensent que, parce que de l’argent circule, c’est forcément une manière pour des couples infertiles de louer un ventre ou d’acheter un enfant.» Interviewé par le blog Sautez Dans Les flaques, l’anthropologue Jérôme Courduries explique que l’échange d’argent dans le cadre d’une gestation pour autrui (GPA) n’implique pas qu’il s’agisse de commerce. «Dans la vie de tous les jours, lorsqu’on nous donne quelque chose on se sent en dette et l’on se doit de rendre, d’une manière ou d’une autre, même si ce n’est pas un contre-don tout à fait équivalent, explique Jérôme Courduries. (…) Dans nos sociétés, dès que de l’argent circule entre deux individus on considère qu’il s’agit de commerce. Je pense pour ma part que s’il y a des sommes d’argent importantes qui circulent dans une GPA ce n’est pas pour autant qu’il faut y voir systématiquement le signe que quelque chose s’achète et se vend.»

«J’insiste sur le fait que le contre-don ne vient pas niveler les positions de l’un et de l’autre, souligne-t-il. Dire qu’il y a réciprocité dans la relation sociale ne signifie pas qu’il y a égalité entre les deux acteurs. Ça signifie simplement que chacun essaie de faire sa part dans la relation.»

L’anthropologue compare la vision de ce geste selon les pays. Si la GPA est gratuite au Brésil, ce n’est pas par bénévolat mais pour des questions traditionnelles et culturelles. En revanche, l’Inde n’hésite pas à considérer la GPA comme un travail contrairement aux États-Unis où elle est vue comme un don, même si elle est rémunérée.

Il évoque aussi l’éventualité d’une légalisation de la GPA en France : «Si la GPA devait être un jour encadrée en France, ce qui paraît loin d’être acquis aujourd’hui, il n’y a pas de raison de penser que, pour les gestatrices françaises et pour les parents intentionnels, l’argent ne soit pas une manière signifiante de compenser un don de cette nature. (…) Imaginons qu’un jour on légifère et on encadre la GPA sur le sol français; alors je pense souhaitable qu’il n’y ait pas d’intermédiaire de type commercial entre les femmes porteuses et les parents d’intention car je ne défends pas un modèle capitaliste de la GPA. Pour ces raisons il me semble utopique de penser que l’on pourrait légaliser la GPA en France sans faire appel à l’État.»

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