«C’est un dossier extrêmement grave et malheureusement, le cas de M. Sudret n’est pas isolé.» Au téléphone, Corinne Lakhdari, coordinatrice du pôle social d’Act up-Sud ouest, est remontée. Son ton est tour à tour vindicatif puis revendicatif. Avec d’autres militant.e.s de l’association, elle revient ce lundi 15 juin au matin du zap des locaux de la Maison départementales des personnes handicapées du Lot (MDPH 46), à Cahors.

En fin de matinée, comme France 3 Midi-Pyrénées s’en est fait l’écho, une dizaine de militant.e.s de l’association de lutte contre le sida, ont, en effet, fait irruption et occupé le hall de la MDPH 46 en soutien à Marc Sudret, un «malade historique» du sida dont l’aide au handicap dont il bénéficiait depuis neuf ans et jusqu’en 2016 – trivialement la Prestation de compensation du handicap (PCH) – a été soudainement supprimée. Un cas emblématique pour la travailleuse sociale, et que son association, plus généralement, dénonce. «Depuis deux ou trois ans, il y a une diminution ou une suppression continue de droits sociaux des personnes atteintes du VIH comme la Prestation de compensation du handicap (PCH), l’Allocation aux adultes handicapés (AAH)», tempête la militante. Marc Sudret, lui, en aurait manifestement fait les frais…

«CHARGE VIRALE INDÉTECTABLE»
Retour début 2015. Séropositif depuis 1989, Marc Sudret, un Lotois éleveur canin, en perte d’autonomie, en raison des effets secondaires des traitements du VIH et des pathologies dont il souffre depuis 1994 – régulièrement invité à témoigner de sa situation par La Dépêche du Midi (ici, ici et ici) – raconte avoir reçu la visite de deux représentants de l’institution le 26 janvier au matin. «Deux personnes de la MDPH du Lot sont arrivées alors que je n’étais pas encore habillé. Ils se sont imposés sous prétexte d’un contrôle qui n’en était pas un. Ils sont juste venus me demander toutes les ordonnances et les bilans depuis 2011», témoigne-t-il auprès d’Act up-Paris. Il poursuit :

«Le médecin qui accompagnait la “conseillère de jesépakoi” (…) m’a dit texto que si ma charge virale était indétectable, c’est que… j’étais guéri du sida!!!! Et donc qu’il fallait revoir les aides. Je n’ai cumulé Sécu et AAH qu’une pension minimum de 987 euros par mois sans aucun autre droit puisque nous sommes pacsés et que mon conjoint touche son salaire d’auxiliaire de vie sur lequel je paie 1002 euros de charges URSAFF par mois».

Courant mai 2015, Marc Sudret, sans avoir obtenu de réponses précises des documents à fournir pour procéder à la révision de son dossier de demande d’aide au handicap, reçoit alors un courrier de la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Lot lui annonçant que son aide lui est retirée «sous prétexte qu’il a une charge virale indétectable et un taux de CD4 dans la moyenne». «Vous êtes guéri du sida», lui confirme-t-on, relève Act up-Paris dans un communiqué daté du 5 juin. Marc Sudret s’en émeut à son tour dans La Dépêche du Midi du 9 juin: «C’est inadmissible et contradictoire. J’ai le [virus du] sida et on retire mon aide au handicap. Je suis de moins en moins autonome. Pourtant cette aide indispensable m’est retirée. Les neuropathies chroniques continuent à évoluer. Depuis le début, le docteur Lassoued, chef du service rhumatologie de l’hôpital de Cahors, m’a prescrit de la codéine. Cela m’aide à tenir debout».

«La loi handicap de 2005 a pourtant introduit la notion de troubles de santé invalidant [dont le VIH/sida fait partie, ndlr]», rappelle de son côté Corinne Lakhdari qui «tire la sonnette d’alarme» au nom d’Act up-Paris et d’Act up-Sud ouest. Et de renchérir: «Les nombreux effets secondaires des traitements du VIH ont un impact sur la vie quotidienne, sociale, économique, affective et sexuelle des malades».

«DES VIDEOS POSTÉES SUR FACEBOOK MONTRENT SON AUTONOMIE RELATIVE»
Pourtant, la MDPH 46 ne l’entend pas de cette oreille et campe sur ses positions. Interrogée par La Dépêche du Midi, la directrice de l’institution, Dominique Bessonat, se défend d’appliquer le règlement à la lettre: «Je suis tenue au secret médical. Ce point précis, je ne peux l’aborder qu’avec Marc Sudret lui-même. Je suis prête à le recevoir. En ce qui concerne la prestation de compensation qu’il réclame, il faut bien savoir que celle-ci n’est pas liée à la maladie proprement dite, mais d’abord au fait qu’une personne peut ou ne peut pas effectuer les actes vitaux pour son autonomie comme marcher, manger, faire sa toilette, satisfaire ses besoins sanitaires…». Elle réitère : «Le cas présent ne satisfait pas aux critères d’attribution de la prestation de compensation du handicap».

Son élément de preuve pour justifier l’interruption de l’aide au handicap qui arrivait pourtant à son terme? «Des vidéos postées sur Facebook montrent son autonomie relative», a reconnu la directrice de la MDPH 46 devant les militant.e.s de l’association de lutte contre le sida et la presse ce matin.

De son côté, Act up-Sud ouest a obtenu de l’établissement public un nouvel examen du dossier de demande d’aide de Marc Sudret en commission pluri-disciplinaire sous quinze jour. Mais l’association ne désarme pas et menace: «Nous n »hésiterons pas à réoccuper les locaux de la MDPH pour faire en sorte que M. Sudret soit rétabli dans ses droits», fait savoir Corinne Lakhdari. À moins que le défenseur des droits, qui a été saisi de l’affaire selon l’association, ne vienne pointer le bout de son nez, pour rendre son arbitrage. Le cas échéant.