La gestation pour autrui (GPA) représente-t-elle un danger pour la société? C’est la question à laquelle tente de répondre L’Humanité en donnant la parole à Jacques Testart, pionnier de l’assistance médicale à la procréation (AMP), Irène Théry, sociologue et directrice d’études 
à l’EHESS et Alexandre Urwicz, président de l’Association des familles homoparentales (ADFH).

Le premier s’inquiète du recul des limites (limite naturelle, limites à la liberté individuelle, limite de l’autonomie) et préconise de préférer à la GPA ce qu’il appelle «Aide conviviale à la procréation» (ACP), un accord qu’un couple homo trouverait avec un.e proche pour concevoir un enfant. «Ils éviteraient ainsi l’assistance commode mais aliénante des blouses blanches pour concevoir et l’assistance juridique des robes noires pour légaliser la naissance», croit-il. Pour les blouses blanches, peut-être, pour les robes noires, sans doute pas…

Alexandre Urwicz appelle, lui, à un encadrement de la GPA par une convention internationale. «En matière de bioéthique, nos mentalités évoluent: nous avons su organiser le don d’organes, y compris du vivant (le rein, par exemple), qui vient priver à vie le donneur d’un confort au bénéfice de la survie du receveur, rappelle-t-il. Avant que ces dons soient encadrés, certains n’y voyaient qu’un acte mutilatoire, une atteinte à la dignité du soi, un risque mortel lié à l’intervention médicale, un geste sacrificiel, une exploitation de l’homme par l’homme. Ce même don est aujourd’hui regardé comme acte de courage, de solidarité et de générosité, valeurs qui se retrouvent dans le don gestationnel.

«Encadrer en France une pratique à laquelle des Français aisés peuvent recourir à l’étranger, c’est permettre à tous d’y avoir accès. »

L’ensemble est conclu par un texte de la sociologue Irène Théry. «La diabolisation de la GPA est devenue en deux ans le mode de réflexion de la majorité de nos politiques», s’inquiète-t-elle. Elle insiste: «Il faut n’avoir jamais vu une seule situation concrète pour continuer encore à assimiler les gestations pour autrui éthiques instituées dans plusieurs pays démocratiques et les gestations instrumentales organisées par des mafias dans certains pays, au mépris des femmes et de leurs droits fondamentaux. C’est très exactement comme si on disait que l’adoption internationale éthique organisée par notre droit était la même chose que le trafic d’enfants le plus abject, puisqu’il y a dans ce monde des riches et des pauvres, de l’offre et de la demande, donc du marché…»

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