Accusé d’avoir fait fuiter des documents confidentiels, Fabrice Houdart, ‪chargé de projets principal pour le Maghreb à la Banque mondiale, s’est retrouvé dans l’œil du cyclone. Lui est convaincu que ce qui lui est réellement reproché, c’est d’avoir lancé l’alerte (avec succès) sur sur une prime de 94 000 dollars dont avait bénéficié Bertrand Badré, le directeur financier de la Banque mondiale (lire Banque mondiale: un lanceur d’alerte gay dans la tourmente).

Un peu plus d’un mois plus tard, l’enquête du cabinet Locke Lord a démontré qu’il n’était pas à l’origine de la fuite de documents «strictement confidentiels» et a confirmé qu’il avait en revanche partagé des documents internes lors d’une réunion d’un groupe de travail sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (SOGI) et dans un email, ce qu’il avait de lui-même reconnu.

Ses avocates Beatrice Edwards et Karen Gray, du Government Accountability Project (GAP), un cabinet d’avocats spécialisé dans la défense des lanceurs/euses d’alerte, ont souligné que les partages d’information de ce type étaient courant à la Banque mondiale, que leur impact était «modéré» et que Fabrice Houdart n’en avait tiré aucun bénéfice. Elles estimaient que si mesure disciplinaire il devait y avoir, celle-ci pouvait s’arrêter à un avertissement oral.

Ce n’est pas la voie qu’a choisie la hiérarchie de la Banque mondiale. S’il n’a pas été licencié (ce qui lui permet de rester aux États-Unis avec ses enfants), Fabrice Houdart a néanmoins été rétrogradé. Son salaire a été réduit, il ne pourra avoir accès à aucune promotion durant trois ans, le blâme demeurera dans son dossier pendant cette même durée. Il a également été exclu du groupe de travail SOGI qu’il a pourtant contribué à mettre en place. Un ensemble de sanctions que Fabrice Houdart a l’intention de contester devant le Tribunal administratif de la Banque mondiale.

«Ces mesures ont fait reculer ma carrière de six ans et pour objectif de me convaincre de partir à défaut de pouvoir me licencier», explique-t-il dans un mail envoyé à ses soutiens. Fabrice Houdart peut néanmoins compter sur ses proches, qu’il remercie vivement dans ce mail. Grâce à elles/eux, en effet, le fonds de soutien lancé par l’un de ses ami.e.s a réuni 22 300 dollars, auquel s’ajoute des dons directs, pour un total d’un peu plus de 20 000 €). Un tiers environ a déjà été utilisé pour organiser sa défense et payer les honoraires des avocat.e.s. Le reste sera employé pour la suite du combat.

«Tout au long de cette épreuve, explique Fabrice Houdart dans ce mail, j’ai pu découvrir que des représailles sont habituelles contre les membres du personnel qui signalent des erreurs de la Banque mondiale. Il me semble qu’une culture d’entreprise qui autorise les représailles montre qu’il y a de sérieux problèmes de gouvernance, parce qu’elle dissuade de faire remonter les problèmes, alors que cette communication est ce qui permet à un système interne d’être efficace. J’ai eu la chance incroyable de pouvoir compter sur votre soutien pour m’élever contre cet état de fait, mais la plupart de mes collègues ne peuvent pas se le permettre. C’est une motivation de plus pour poursuivre ce combat devant le Tribunal.»

«Il vaut mieux perdre tout ce que l’on a pour conserver l’équilibre de la justice que de vivre une vie de privilèges mesquins sans réelle liberté.»