Depuis quelques mois, il apparaissait aminci, le crâne vierge de toute la chevelure brune et bouclée qu’il arborait autrefois. Ce mardi 9 juin, Pedro Zerolo, 54 ans, cadre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), conseiller municipal à la mairie de Madrid et artisan de l’ouverture du mariage aux couples homos en Espagne en 2005, est décédé au matin des suites d’un cancer du pancréas, rapporte le quotidien El País.

Depuis un an et demi, cette figure historique du mouvement LGBT de la péninsule ibérique, ex-président de la Fédération étatique des lesbiennes, gays, trans’ et bi.e.s (FELGTB), luttait contre le maladie, mais continuait son «activisme social» et son travail d’élu au sein de la municipalité madrilène où il siégeait depuis 2003, dans l’opposition. Mais ces derniers jours, après s’être tout de même présenté en tant que numéro 3 de la liste socialiste aux élections municipales du 24 mai dernier, son état s’était dégradé, précise le quotidien.

UNE VIE AU SERVICE DE L’ÉGALITÉ
Né au Venezuela, à Caracas, en 1960, Pedro Zerolo, qui a grandi dans les îles Canaries, a étudié le droit à l’université de la Laguna, à Tenerife, avant d’engager sa vie au service de l’égalité. Dès 1989 comme candidat au Sénat pour le parti Liste anti-prohibition des drogues – soutenu à l’époque par Manuela Carmena, qui devrait être élue maire de Madrid dans les jours qui viennent –, détaille La Vanguardia, puis comme assesseur juridique en 1992 du Collectif gay de Madrid (Cogam), avant d’être l’avocat de la FELGTB à partir de 1997.

C’est en 2003 que sa vie politique prend un autre tournant, lorsque Trinidad Jiménez, la candidate socialiste à la mairie de Marid, lui propose une place sur sa liste qui le conduit au conseil municipal madrilène. Pedro Zerolo démissionne alors de la présidence du FELGBT et milite à l’intérieur et à l’extérieur du PSOE pour l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe. La même année, avec son compagnon Jesús Santos, il formule notamment une demande en mariage devant l’officier d’état civil de la capitale espagnole, qui lui est refusée, mais qui mènera deux ans plus tard, lorsque le Parlement espagnol repasse à gauche – et après des mois de négociations – à l’adoption du mariage entre personne de même sexe, «matrimonio entre persona del mismo sexo», le 30 juin 2005. L’Espagne est alors le troisième pays au monde, après les Pays-Bas (2001) et la Belgique (2003), à voter une législation de la sorte. Le 1er octobre 2005, trois mois après l’adoption de cette loi pionnière pour l’Espagne, qui inclut l’adoption, il se marie avec Jesús Santos, lors d’une cérémonie civile officiée par Trinidad Jiménez.

CADRE DU PARTI SOCIALISTE OUVRIER ESPAGNOL
En parallèle, Pedro Zerolo trace son chemin au sein des instances dirigeantes nationales et madrilènes du PSOE. En juillet 2004, José Luis Rodríguez Zapatero, alors Premier ministre, l’invite à faire partie du conseil exécutif du parti socialiste espagnol où il prend les fonctions de secrétaire chargé des mouvements sociaux et en relation avec les ONG. Un poste qu’il occupait encore ce jeudi 9 juin. Membre de la commission exécutive du Parti socialiste de Madrid depuis 2008, il était devenu l’espace de quelques semaines président du PSOE madrilène avant d’être déchargé de toute fonction.

En janvier 2014, au moment de l’annonce de son cancer, un prêtre de l’Église espagnole, Jesús Calvo, avait notamment créé la polémique en se réjouissant de cette maladie, une punition divine selon le prélat. Ses déclarations avaient immédiatement suscité l’indignation de la classe politique espagnole, preuve du chemin parcouru dans la péninsule ibérique malgré quelques franges réfractaires de la société espagnol. «De la maladie, j’ai appris que celui qui sème récolte les fruits de sa sémance. L’affection des anonymes m’a surpris. Je crois que pour vaincre [le cancer] il ne faut pas avoir peur. La peur se combat avec tranquillité, en étant en paix avec soi-même», avait confié une dernière fois Pedro Zerolo, l’âme combattante, au quotidien El País en juillet 2014 à propos de son combat sur la maladie et pour l’égalité.

UN HOMMAGE UNANIME
Ce matin, après l’annonce du décès de Pedro Zerolo, l’ensemble de la classe politique espagnole, ainsi que les représentant.e.s du monde LGBT, ont rendu un hommage unanime au militant et à l’homme de combat. De l’ex-présidente de la FELGBT, Boti Garcia Rodrigo, au Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, en passant par les dirigeant.e.s socialistes ou encore Pablo Iglesias, le leader de Podemos etc : l’émotion a envahi les réseaux sociaux ibériques. À la hauteur de l’œuvre militante pour l’égalité du père de cet artisan de l’ouverture du mariage aux gays et aux lesbiennes. Ce soir, à 19 heures, un hommage doit lui être rendu plaza de Chueca, à Madrid, sous l’égide des associations LGBT espagnoles et du PSOE.

Gracias, Pedro Zerolo, amigo, compañero, por todo lo que hemos aprendido de ti, por tu lucha incansable, por tu alegría…

Posted by FELGTB on mardi 9 juin 2015

«Merci Pedro Zerolo, ami, camarade, pour tout ce que tu nous as appris, pour ta lutte infatigable, pour ta joie constante, pour ta liberté, pour ta revendication de la fierté à être ce que nous sommes, pour ta vie dédiée au bonheur de milliers de personnes. Merci, merci, merci, très cher président».

«Aujourd’hui, comme depuis toujours, Pedro Zerolo restera dans la lutte, au coeur de toutes les luttes. Merci Pedro Zerolo d’avoir été celui que tu as été. Merci, mon ami».

«Pedro nous a appris que la diversité est la passion pour la liberté et l’égalité. Merci mon ami, tu nous manques déjà».

«Nous venons d’apprendre le décès de Pedro Zerolo. Un moment difficile pour sa famille, ses amis et ses camarades. Toutes mes condoléances. MR».

«Pedro nous a quittés. Je garde le souvenir de ce débat à la Tuerka [ndlr, une émission de télévision espagnole sur Publico TV initié par Pablo Iglesias]. Que tu reposes en paix mon ami».