Lucas Lomenec’h est l’un des deux pères des jumeaux nés en mars par gestation pour autrui (GPA) au Mexique et qui depuis la naissance étaient retenus sur place faute de laisser-passer (lire GPA: La famille homoparentale retenue au Mexique va pouvoir rentrer en France). La famille est rentrée en France hier, lundi 1er juin. Lucas était ce matin l’invité de Léa Salamé sur France Inter.

En refusant jusqu’à très récemment ce laisser-passer, le Consul de France a-t-il appliqué la loi? «Il applique surtout des instructions, réplique Lucas Lomenec’h. La loi ne mentionne pas, au contraire la loi obligerait M. le Consul à délivrer des laisser-passer pour des enfants de citoyens français mais je pense que M/ le Consul a bien reçu des instructions contraires à la loi.»

Après avoir été interpellé par Alexandre Urwics de l’Association des familles homoparentales (ADFH) sur France Inter il y a quelques jours, Laurent Fabius s’est saisi de l’affaire, et les choses se sont réglées rapidement ensuite, souligne la journaliste: «Vous devez à Laurent Fabius et à son intervention de pouvoir rentrer en France». Le père des enfants n’a pas exactement la même interprétation des faits:

«On doit à M. Fabius deux instructions, la première qui est contraire à la loi, qui est de ne pas délivrer de documents de voyage ou de passeport ou de transcription, mais nous devons également à M. Fabius l’instruction de pouvoir nous laisser rentrer en France.»

Les enfants n’ont pour l’instant pas de passeport. Les parents vont à présent s’attacher à obtenir la transcription de leurs actes de naissance dans l’état civil français. «La loi est de notre côté, il n’est pas illégal d’avoir recours à une GPA à l’étranger», insiste Lucas.

«Il y a une vraie volonté politique aujourd’hui de compliquer les choses», commente Léa Salamé, évoquant les conventions que le gouvernement envisage de signer avec les pays autorisant la GPA. Elle paraphrase ensuite Pierre Bergé, demandant si «louer le ventre d’une femme, c’est la même chose que louer les bras d’un ouvrier». Lucas Lomenech ne se démonte pas: «Je comprends que les gens aient un problème au niveau moral, c’est un argument que je peux comprendre. (…) Dans notre cas, nous n’avons pas loué de ventre. Notre parcours est purement altruiste. Je sais que c’est quelque chose de difficile à entendre pour les Français, mais il existe des femmes qui n’ont pas l’esprit de maternage, qui aiment être enceintes et qui sont capables de faire un don de soi.»

«Lorena [qui a porté les jumeaux du couple, ndlr] a trois filles, un mari formidable, nous avons partagé deux années merveilleuses, poursuit-il. Effectivement, c’est une grande leçon de vie, et pour moi et pour tous les gens que nous avons rencontré.» Mais quelle est la motivation de cette femme, insiste Léa Salamé. «Ce qui est amusant au Mexique, c’est qu’ils ont une lecture très biblique de la GPA, répond Lucas Lomenec’h. C’est Lorena qui m’appris qu’i y avait deux mentions de GPA dans la Bible, par Abraham et Sarah, et Rachel et Jacob, où il est clairement mentionné deux recours à la GPA. Et elle m’explique que pour elle, c’était sa bonne action et son entrée au Paradis. Quand on entend ça, on est assez surpris par rapport au discours qu’on peut entendre en France.»

Lucas explique ensuite qu’il milite pour une régulation internationale de la gestation pour autrui, pour éviter les abus qui existent dans ce domaine comme dans d’autres, «mais il est quand même très réducteur de penser que toutes les femmes sont manipulées, que toutes les femmes qui font ça sont pauvres, et qu’elles sont toutes dans le besoin», souligne-t-il. «Je trouve ça très insultant», précise-t-il, rappelant qu’il existe des parcours éthiques.

Quelques heures plus tard, c’était au tour de Morgan Lomenec’h, l’autre moitié du couple, de s’exprimer, sur le plateau de La Nouvelle Édition, sur Canal +, en compagnie d’Alexandre Urwicz (à partir de 6 minutes):

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur La Nouvelle Edition du 02/06/15 – Part. 1 GPA : Le parcours du combattant de deux papas

Morgan a à son tour insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une démarche altruiste. Il a ensuite réfuté les arguments du consulat, qui affirmait que le dossier de demande de laisser-passer avait été rejeté car incomplet: «C’est vraiment mal me connaître, sourit Morgan, tous mes amis qui vont regarder savent très bien que j’ai toujours mes dossiers complets. J’ai appelé au préalable le consulat pour savoir quelles étaient les pièces justificatives. En aucun cas on ne m’a dit par téléphone qu’il fallait justifier quoi que ce soit par rapport à mon contrat, qui était de toute façon privé. L’administration française n’a pas du tout à mettre son nez là-dedans puisque c’est quelque chose qui est légal sur le territoire du Mexique. J’ai fourni les actes de naissance apostillés et à partir de là, on m’a dit, “Quoi qu’il arrive, on ne vous donnera pas de laisser-passer”.»

Alexandre Urwicz a quant à lui rappelé que la France a été condamnée pour ce même type de refus. «Ces enfants sont des otages administratifs», estime-t-il.