La Colombie rejoindra-t-elle bientôt la petite liste des pays qui permettent aux personnes trans’ et intersexes de changer librement (voire gratuitement) de genre sur tous les documents d’identité comme certains pays d’Amérique latine et d’Europe? La Cour constitutionnelle, plus haute juridiction du pays, le souhaite en tout cas et exige des actes.

Dans une décision du 10 mars, relayée seulement à la mi-mai par la presse colombienne, les «sages» locaux ont exhorté le Congrès de la République (aka les parlementaires) à promulguer une loi sur l’identité de genre qui «protège les droits fondamentaux des femmes et hommes trans’».

Par ailleurs, la Haute cour incite le ministère de l’Intérieur à intégrer, dans un futur projet de loi sur l’identité de genre, des propositions sur le modèle argentin. «Une reconnaissance administrative» pour l’activiste et avocate trans’ vénézuélienne, Tamara Adrian, professeure de droit public à l’université centrale du Venezuela. Les juges recommandent notamment de lever les obstacles au changement d’état civil grâce à une simple déclaration devant les officiers d’état civil sans aucune procédure judiciaire, médicale ou notariée.

DES DISPOSITIONS POUR UN DROIT À INTÉGRER L’ARMÉE
Mais au-delà des recommandations en matière de reconnaissance des personnes trans’, les juges constitutionnels exigent surtout des dispositions de la part du ministère de la Défense pour ne plus exclure les hommes et femmes trans’ des forces armées colombiennes. Ils demandent la mise en place d’un protocole pour les trans’ qui souhaiteraient intégrer l’armée «afin de ne pas les discriminer en raison de leur identité de genre».

En vertu de cet arrêt, les personnes trans’ ne sont pas non plus tenues d’effectuer coûte que coûte leur service militaire. Ce qui symbolise la fin d’une bataille judiciaire d’un an pour Gina Hoyos Gallego, travailleuse du sexe séropositive, obligée de payer une forte amende de 1.300.000 pesos colombiens (environ 458 euros) pour ne pas avoir effectué son service militaire obligatoire, alors qu’elle avait dû fuir sa ville natale il y a 12 ans en raison du conflit entre l’armée régulière et les groupes paramilitaires.

SOINS MÉDICAUX GRATUITS EN ARGENTINE
Fin mai, l’Argentine, très en avance sur les droits des LGBT, a, de son côté, fait un pas supplémentaire pour l’inclusion des personnes trans’. En effet, la présidente Cristina Kirchner et le ministre de la Santé Daniel Gollan ont approuvé un règlement qui garantit la gratuité des soins médicaux (hormonothérapie, opérations de réassignation sexuelle) des personnes trans’, rapporte l’AFP. D’ailleurs, la mise en place de cette couverture médicale était déjà prévue par la très pionnière loi sur l’identité de genre argentine qui depuis mai 2012 permet de changer librement d’état civil sans l’aval du juge ni d’un médecin.

Concernant la gratuité des soins médicaux, Esteban Paulon, président de la Fédération argentine des lesbiennes, gays, bisexuel.le.s et trans’ se félicite. «Cela signifie que les opérations, mais aussi les traitements hormonaux qui permettent que le corps corresponde à l’identité autoperçue, font partie du régime de soin obligatoire. Ils devront être couverts par les mutuelles d’entreprise, les hôpitaux publics et les cliniques privées», a-t-il expliqué à l’AFP.

NOUVELLE LOI AU CHILI
De l’autre côté de la cordillère des Andes, au Chili, après l’adoption par le Sénat d’un projet de loi sur l’identité de genre en janvier 2014, mais qui déplaît aux associations LGBT, la présidente socialiste Michelle Bachelet s’est engagée lors du discours annuel du 21 mai à faire en sorte que le texte soit amélioré et conforme aux attentes des personnes trans. Une annonce saluée par le Mouvement d’intégration et de libération homosexuelle (Movilh).

«Le droit à une identité conforme à l’expérience vécue doit être garanti».

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