Depuis 2011, l’association Handimouv’ organise un cortège autour du handicap et des différences lors de la Pride de Lille, qui aura lieu samedi prochain, le 6 juin. Il s’agit du plus important rassemblement de ce type en France, et un bon moyen pour sensibiliser à la nécessité de favoriser l’intégration des personnes handicapées dans la communauté LGBT dans une ambiance solidaire et festive, et pour lutter contre l’handiphobie.

Pour la prochaine édition de cet événement lors de la gay pride lilloise, Sylvain Wambeke, co-fondateur avec Loïs Crepy de l’association, espère bien que le cortège sera encore plus visible: «L’an dernier, nous étions huit ou neuf fauteuils avec plusieurs bénévoles, mais nous nous sommes retrouvé.e.s derrière les associations et les chars commerciaux, à la fin du cortège. Frank Danvers, le président de la Lesbian & Gay Pride de Lille, voudrait cette fois que nous soyons en tête de cortège, aux côtés des autres associations.» Handimouv’ cherche actuellement des bénévoles pour aider à l’accompagnement de la marche.

VAINCRE LES TABOUS
Encore très peu d’associations de défense des droits des personnes handicapées sont présentes pour les marches des fiertés en France, principalement par manque d’organisations et de coordination, selon Sylvain Wambeke, qui déplore que même la Marche des fiertés de Paris n’accorde pas de place à un cortège pour les personnes LGBT handicapées. Néanmoins, il note que quelques associations commencent timidement à se faire plus visibles dans le tissu associatif LGBT. «Ça commence à se développer mais ça reste encore très tabou, explique-t-il. Ça a été difficile d’apporter le milieu du handicap dans le milieu LGBT.» D’autant qu’il y a encore peu de témoignages de personnes victimes à la fois d’handiphobie et d’homophobie. «Nous avons aussi du mal à faire venir les personnes à la pride», déplore-t-il.

«Nous devons le faire nous-mêmes, car les personnels des foyers refusent d’y emmener les résident.e.s. C’est encore très tabou. Ils sont d’accord pour les emmener à d’autres activités, mais pas à la pride, comme si ce n’était pas possible qu’il y ait des personnes handicapées qui puissent être homos.»

Le tabou englobe d’ailleurs la question de la sexualité dans son ensemble lorsqu’il s’agit des personnes handicapées. C’est aussi pour cela que l’association Handimouv’ anime des ateliers et des formations auprès des futur.e.s éducateurs/trices spécialisé.e.s. «Montrer notre expérience permet de faire évoluer les mentalités. Mais en France il reste encore beaucoup de progrès à faire, sur l’assistanat sexuel, par exemple», note-t-il.

HANDIACTION: UN MOYEN DE PRENDRE LA PAROLE
Pour permettre aux personnes de témoigner sur leurs discriminations, Sylvain Wambeke a aussi créé le collectif Handiaction: «C’est une page de soutien dont j’ai eu l’idée l’an dernier lorsque j’étais à Marseille pour les UEEH. Un chauffeur ne m’a pas laissé monter dans un bus, qui était récent et aux normes sous prétexte que les trottoirs n’étaient pas rénovés. C’était la première fois que ça m’arrivait et je me suis mis à la place de mes camarades marseillais.e.s.» Avec le collectif Handiaction, Sylvain Wambeke veut rompre le silence sur l’handiphobie et susciter la prise de parole des victimes et les échanges de témoignages autour des discriminations.