Mathieu Magnaudeix, journaliste à Mediapart et membre de l’Association des journalistes LGBT (comme tou.t.e.s les journalistes de Yagg) a interviewé sa consœur Raphaëlle Bacqué du Monde, à l’occasion de la publication de son essai, Richie, sur la vie de Richard Descoings. L’ancien directeur de Sciences Po, personnage atypique, transgressif, qui avait notamment ouvert «l’école des élites» aux jeunes des cités, et qui, marié à une femme, ne cachait pas son homosexualité, avait été retrouvé mort dans des circonstances troubles dans une chambre d’hôtel à New York en 2012. Sa relation avec Guillaume Pépy, le patron de la SNCF, a longtemps été un secret de polichinelle.

Raphaëlle Bacqué insiste sur la frilosité de la presse française à aborder la question de l’homosexualité des politiques et des personnalités publiques. «Alors que Guillaume Pépy figure sur le faire-part de décès de Richard Descoings, tous les portraits faits de lui ce jour-là le présentent comme un « très proche», explique-t-elle. Les élites, les «puissants» comme elle les appelle, savent très bien comment protéger leurs petits secrets. «Au moment de l’enterrement de Richard Descoings, Guillaume Pépy a appelé mes actionnaires. Il ne voulait pas que l’on parle de sa relation avec Descoings. Cela se passe comme ça chez les puissants: on ne vous dit rien, on appelle l’actionnaire.»

La journaliste raconte aussi qu’elle aurait voulu faire un reportage sur les gays qui militent au Front National, et ce bien avant que Florian Philippot soit «outé» par Closer. Mais on l’en a dissuadé. Pourtant, cet aspect des choses mérite selon elle d’être analysé et connu puisque Marine Le Pen n’a pas participé aux manifs contre le mariage pour tous et que cette question provoque des dissensions dans le parti d’extrême-droite. Mais là encore, l’argument de la vie privée a tranché et le reportage n’a pas pu se faire. «La distinction entre “vie privée” et “vie publique” est parfois difficile à discerner: au sein du pouvoir, les gens mêlent leur vie privée et publique tout le temps, qu’ils soient hétéros ou homos. Que Philippot passe le week-end avec son petit ami, on est d’accord, c’est une question de vie privée. Mais qu’il y ait plusieurs homosexuels autour de Marine Le Pen, dont lui, qui l’ont convaincue de rester en retrait au moment du débat sur le mariage des couples de même sexe, ça, c’est une question politique.»

Un entretien passionnant à lire en intégralité sur le site de l’AJL, Association des journalistes LGBT.