Vous publiez le 6 mai prochain le 100e numéro d’«Hétéroclite». Heureux ?

Romain Vallet © Xavier Michel

Romain Vallet © Xavier Michel

Bien sûr! Ce n’était pas forcément acquis d’avance lorsqu’a paru le premier numéro, en avril 2006. À l’exception de Têtu, qui fête ses vingt ans cette année, la plupart des parutions homosexuelles ont une durée de vie assez courte. Pour nous, c’est donc déjà une petite victoire d’être encore là neuf ans après, malgré un contexte économique très difficile pour la presse en général et la presse gratuite en particulier. D’autant plus que dans l’intervalle, nous avons également lancé un site Internet et deux guides régionaux annuels: Oùt pour les sorties gays et lesbiennes, Tutu pour les sorties culturelles gender-friendly.

Comment définiriez-vous votre magazine ? C’est un «mensuel gratuit gay… mais pas que», comme le dit sa baseline. Un magazine qui traite d’homosexualité –masculine ou féminine– mais aussi de tout ce qui tourne autour des problématiques féministes ou liées au genre et à la question des identités sexuelles. Des thématiques qu’on décline autour de trois grands axes: actualité, société, politique / culture (avec des critiques de spectacles, de livres, de films, etc.) / vie gay et lesbienne en Rhône-Alpes. Et avec toujours l’ambition de faire d’Hétéroclite une publication grand public, que chacun.e peut lire, quelque soit son orientation sexuelle.

Pouvez-vous nous parler un peu de l’équipe qui a en charge la production d’«Hétéroclite» ? C’est une équipe peu nombreuse mais motivée! La rédaction comprend une demi-douzaine de personnes (cela varie suivant les numéros). Je suis le seul salarié, la majeure partie de l’équipe étant constituée de pigistes. Chacun.e a son domaine de prédilection: le spectacle vivant, le cinéma, les musiques actuelles, les essais… Ce ne sont pas des mercenaires de la pige mais des passionné.e.s qui croient à ce projet d’une presse homosexuelle gratuite et de qualité en Rhône-Alpes.

Économiquement, vous pensez avoir réussi votre pari ? Après plusieurs années difficiles, on commence à remonter la pente et on espère être à l’équilibre à la fin de l’année. Ce n’est pas évident car nos annonceurs (structures culturelles, commerces gays et lesbiens et collectivités territoriales) ont tous réduit leur communication. Mais il ne nous manque pas grand-chose pour que l’entreprise soit équilibrée, ce qui prouve que c’est possible, même si cela implique de fonctionner en dépensant le moins possible. Hétéroclite repose sur un modèle économique très frugal.

Le magazine se décline sur internet. Comment marche le site ?
Il y a un an, nous sommes passés sous WordPress, non sans difficultés. On a même accusé au départ une légère baisse de fréquentation du site, mais aujourd’hui notre référencement par Google est bien meilleur qu’avant et les visites sont en hausse. C’est dû notamment à l’agenda en ligne des soirées gays et lesbiennes en Rhône-Alpes que nous sommes, à ma connaissance, les seuls à proposer. On travaille actuellement avec des étudiants d’Épitech (une école privée d’informatique) à la conception d’une application mobile qui devrait voir le jour d’ici la fin de l’année.

Question plus générale, comment se porte le monde LGBT à Lyon, qu’il soit festif ou associatif? Assez bien, je crois. Bien sûr, la crise frappe durement les commerces et il se passe moins de choses qu’à Paris, mais en-dehors de la capitale, il ne me semble pas qu’il y ait d’autres villes en France avec autant d’associations, d’établissements et de soirées LGBT. Le milieu associatif s’est récemment regroupé dans un Centre LGBTI de Lyon qui rassemble vingt-cinq associations et les commerçants LGBT sont également fédérés au sein d’une même structure, GoToLyon. Côté clubbing, il existe des soirées et des établissements aussi bien pour les gays (La Garçonnière, Garçon sauvage…) que pour les lesbiennes (La Chatte, Disconnexion…). Et enfin, la Marche des Fiertés LGBT de Lyon fête ses vingt ans cette année !

Pourriez-vous choisir trois couvertures que vous avez particulièrement aimées et les commenter?

H01-Heteroclite-Une

Hétéroclite n°1 (avril 2006)
Le premier numéro. À l’époque, Hétéroclite est imprimé sur du papier journal, format berlinois. On trouvait ça à la fois «cheap and chic». La photo de Une était l’œuvre d’un.e photographe différent.e tous les mois. Ce sont ces gants Mappa roses gonflés à l’hélium et qui ressemblent à des mamelles qui ont été retenus pour le lancement du journal. Je trouve qu’ils annoncent d’emblée la couleur et les thématiques qui seront au cœur d’Hétéroclite: le corps, les sexualités, avec ce léger décalage que nous essayons d’insuffler dans le ton de nos articles.

H53-Hétéroclite-Une

Hétéroclite n°53 (février 2011) :
Hétéroclite, deuxième période. Adieu le papier journal, vive le format magazine! Toujours pas de cover-boy en Une mais un gros plan sur une matière qui change chaque mois: de la fourrure, du bois, du sable, des plumes, du papier froissé, le grain d’une fraise ou d’un cactus… Bon, la formule s’est essoufflée assez vite mais je trouve que ce simili-cuir rouge rend plutôt bien, non?

H97-Hétéroclite-Une

Hétéroclite n°97 (février 2015)
Depuis deux ans et demi, nos couvertures sont toutes signées du même photographe, Cédric Roulliat. C’est lui qui nous a suggéré cette photo pour ce premier numéro post-attentat contre Charlie Hebdo. Cette femme aux yeux baissés et aux bras croisés assise devant sa machine à écrire reflétait bien la sidération et l’abattement qui nous ont saisis face à ses dix-sept assassinats odieux, mais aussi face au déferlement d’actes et de paroles racistes (et notamment islamophobes) qui les a suivis.

Merci Romain et bon anniversaire à «Hétéroclite»!

Tous les anciens numéros de «Hétéroclite» sont disponibles en téléchargement (PDF).