Pas question de déroger à la règle. Une fois n’est pas coutume, à l’approche du célèbre concours de chant européen le 23 mai prochain, les mordu.e.s français.e.s de l’Eurovision se sont donné rendez-vous dimanche 26 avril au Théâtre Adyar à Paris, dans l’optique d’élaborer leur classement de cette édition 2015. Avec près de 40 chansons à passer au crible, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a du pain sur la planche. Raison de plus pour convoquer tout ce petit monde dès 9h15. «Quatre vingt huit personnes étaient présents dès ce matin, la fréquentation est en hausse», se réjouit Stéphane, le président d’Eurofans. «Nous comptons désormais plus de 300 adhérents», poursuit-il. «Il y a eu un effet Conchita Wurst. Après la victoire de la représentante autrichienne, nous avons engrangé 74 nouveaux membres ! Ces previews, c’est notre événement phare. Quand je pense que pour la première édition en 1998, les fans étaient simplement agglutinés devant un petit écran, et qu’aujourd’hui, nous organisons cette journée spéciale dans un grand théâtre…»

Au boulot, donc. Afin d’établir leur classement, les aficionados s’apprêtent à voter dans les mêmes conditions que celles proposées par le show. Les règles sont d’ailleurs rappelées par Ethan, l’animateur de la journée : il faudra d’abord disséquer les 33 morceaux des deux demi-finales, selon le même ordre de passage que celui des deux émissions des 19 et 21 mai prochains. Après avoir visionné tous ces clips, des points seront attribués à l’image de ce qui se fait chaque année lors de l’Eurovision, pour retenir 20 titres qui viendront se greffer à la finale de l’après-midi. Ces vingt-là rejoindront alors les représentants du «Big 5» (France, Italie, Royaume-Uni, Allemagne et Espagne), sélectionnés d’office, ainsi que l’Autriche – vainqueur de l’an passé et organisateur de la joute musicale à Vienne cette année – et l’Australie, invitée exceptionnellement à prendre part à la fête (lire: Eurovision: Pourquoi l’Australie participera à l’édition 2015).

LES PASSIONNÉ.E.S SONT DISSIPÉ.E.S
L’ambiance, elle, n’est pas très studieuse. Les passionné.e.s sont dissipé.e.s ! À chaque apparition de nouveaux ou nouvelles interprètes, ça commente à tout va. Avec bienveillance, parfois. Mais le plus souvent, avec amusement et excès. «Nul à chier», entend-on parfois.

Pour la chanson russe, ça hue à tout-va. À l’inverse, le jeune Belge Loïc Nottet semble remporter de nombreux suffrages…

Mais tous ont déjà sur les lèvres les paroles des chansons. Impressionnant. «Cette journée des previews rassemble tous les âges et tous les publics», souligne Fabrice, membre depuis pas mal d’années. «On a tendance à s’imaginer que les fans de l’Eurovision sont exclusivement des garçons. Mais il y a de plus en plus de filles. Et de plus en plus de couples, aussi», s’amuse-t-il.

UN PUBLIC HÉTÉROCLITE
Et c’est vrai que le public est plutôt hétéroclite. Dans l’assistance, Hervé et Alain, originaires du Nord, expliquent que, s’ils sont de retour pour la seconde fois, c’est parce que ça les «amuse de voter». «Mais ça nous permet également de rencontrer les autres». Margaux, qui n’est autre que l’actuelle Miss Ile-de-France, fait partie également de ce grand ramdam. «L’ambiance est très sympa», sourit-elle. «J’adore découvrir toutes les vidéos. J’ai toujours regardé le concours, mais c’est vrai que j’y suis plus attachée depuis quelque temps. Je ne comprends pas qu’on puisse le qualifier de ringard. C’est le show le plus regardé en Europe !» Jean-Louis, journaliste pour le magazine Platine, est de la partie. «Pour le boulot, mais en tant que fan, aussi», précise-t-il. S’il n’est pas surpris par la fidélité des connaisseurs à ce type de rendez-vous, en revanche, il pointe du doigt le peu d’importance qu’on confère au concours en France. «On ne diffuse qu’une demi-finale sur les deux», soupire-t-il. «Quant au show spécial des 60 ans qui sera diffusé le 20 mai, il est proposé vers minuit !» Tout en regrettant au passage que les artistes ne chantent plus dans leur langue d’origine: «Ce n’est plus l’Eurovision, mais l’Anglovision !», déplore-t-il.

C’est à 14 heures que démarre la finale. Plus que 27 chansons à noter, avant le moment que tout le monde attend : la venue de Lisa Angell, la représentante française de cette année. À son arrivée, elle est accueillie par un tonnerre d’applaudissements. «L’Eurovision, c’est une institution pour moi», se souvient-elle en évoquant ses souvenirs d’enfance. «J’y vais pour gagner», assène-t-elle à plusieurs reprises, avant d’interpréter a capela «N’oubliez pas», la ballade qu’elle défendra à Vienne. Le silence s’installe immédiatement. Un frisson parcourt l’assemblée. Dans la salle, Frédéric Valencak, le chef de la délégation française, observe. Ces adeptes, il les connaît bien. Celui qui est également adjoint à la direction des divertissements à France 3 vient en effet systématiquement leur présenter ses artistes, depuis qu’il a succédé à Bruno Berbérès en 2013.

«À l’Eurovision, il y a deux entités», explique-t-il. «Les téléspectateurs, mais aussi les fans. Sans eux, je suis persuadé que le concours ne serait pas le même. Il me semble donc important d’aller à leur rencontre».

SÉANCE DE DÉDICACE
Une longue séance de dédicaces plus tard, et Lisa s’en va, tout sourire. Les fans s’apprêtent eux à se quitter. Mais pas avant qu’on ne leur dévoile le classement qu’ils ont pris la peine de construire dans la journée. Les futurs tubes s’égrènent, et les surprises ainsi que les déceptions, sont nombreuses. Au final, c’est Måns Zelmerlöw, le Suédois, qui l’emporte avec Heroes. Un titre hyper calibré et dont la mise en scène pourrait bien faire des ravages lors du concours à Vienne. Ont-ils vu juste ? See you in Vienna !

https://www.youtube.com/watch?v=CBCdb6vNuiM

Si la vidéo ne s’affiche pas, cliquez sur Måns Zelmerlöw – Heroes – Eurovision 2015 Sweden