Lorsque l’on parle aujourd’hui du Michigan Womyn’s Music Festival (MWMF, aussi appelé le MichFest), c’est souvent pour regretter qu’il n’ait pas su s’adapter et s’ouvrir à toutes les femmes, notamment aux femmes trans’. Comme l’écrivait Maëlle Le Corre sur Yagg à la veille de l’édition 2014, le MichFest est un événement incontournable depuis 1976 des femmes lesbiennes et bies américaines et fait figure de Woodstock féministe. Ce festival, qui promeut la culture, la créativité et la valorisation des femmes et de leur énergie dans un esprit positif et radical, au cœur d’un havre de nature, offre un espace non-mixte, safe, inclusif… mais seulement si vous êtes une femme cisgenre.

Depuis les années 1990, le Festival du Michigan est au cœur d’une polémique en raison de sa politique d’ouverture aux «womyn born womyn», autrement dit les «femmes nées femmes», qui exclut les femmes trans’. Une politique qui a valu au festival de voir, au fil des années, les appels à boycott se multiplier et les artistes renoncer à leur participation. «Nous avons espéré pendant toutes ces années que le Festival évoluerait vers la volonté d’inclure les trans’, affirmaient par exemple les Indigo Girls en 2013. Nous avons continué à nous chercher et à regarder des deux côtés du problème en respectant les différents points de vue, mais nous sommes toujours revenues à notre croyance première, que les femmes trans’ doivent être incluses au festival, et que leur féminité doit être honorée par le MWMF.»

En 2014, à l’appel d’Equality Michigan, plusieurs organisations LGBT co-signaient une pétition appelant le Festival à changer de politique.

Est-ce en raison de ce conflit dont elle ne parait pas savoir comment sortir? Ou parce que 40 ans, c’est long? Toujours est-il que Lisa Vogel, la fondatrice du MWMF, a annoncé que le 40e festival serait aussi le dernier. «Nous savions, au fond de nos cœurs, depuis quelques années, que le cycle de vie du Festival touchait à sa fin, écrit-elle dans une lettre envoyée à ses soutiens et aux participantes au Festival, et publiée sur Facebook. (…) Il y a eu des luttes, c’est indéniable. Cela fait partie de notre vérité, mais ce n’est pas – et n’a jamais été – ce qui nous définit. Le Festival a été le creuset de presque toutes les questions culturelles et politiques à laquelle la communauté féministe a été confrontée au cours de ces quatre décennies. Ces luttes ont fait partie, merveilleusement, de notre force collective. Elles n’ont jamais été une faiblesse.»

«POSER LE FARDEAU DE LA MISOGYNIE»
«Pour nombre d’entre nous, cette semaine dans les bois est l’un des trop rares moments où nous sentons nos corps féminins validés, et où l’expérience féminine est au centre de notre communauté, poursuit Lisa Vogel. Un endroit où poser le fardeau de la misogynie qui s’insinue dans nos vies du berceau à la tombe… Un endroit où vivre dans une communauté intergénérationnelle, et où vivre en harmonie avec la terre. Je sais que c’est mon cas. Et je suis convaincue que chacune d’entre nous peut prendre ce que nous avons connu sur la Terre [«the Land», comme est appelé l’espace où se tient le Festival] et continuer à inventer des lieux qui nourrissent nos esprits, créent une communauté diverse, rend hommage à notre expérience et soutient notre lutte en tant que femme dans le monde patriarcal. S’il vous plait, emportez ce que vous aimez du Michigan et servez-vous en pour créer quelque chose de nouveau et de magnifique.»

Trois organisations LGBT se sont retirées de la pétition de 2014 depuis quelques semaines, souligne le site lesbien américain SheWired. The National Center for Lesbian Rights, The National LGBTQ Task Force et TransAdvocate ont décidé de privilégier une autre forme de dialogue avec Lisa Voguel et son équipe. Comme l’écrit Autumn Sandeen sur TransAdvocate, «Lisa sait que des femmes trans’ participent au MichFest depuis des années, des femmes trans’ qui s’identifient comme des femmes nées femmes. Elle n’a pas besoin de changer la politique des femmes nées femmes, il suffit qu’elle dise: “Les femmes trans’ qui s’identifient comme des femmes nées femmes sont les bienvenues au MichFest”.»