23 avril 2013, il y a deux ans tout juste. Toute l’équipe de Yagg est à l’Assemblée nationale pour vivre un jour historique. Le Parlement doit en effet procéder au dernier vote pour adopter définitivement la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. À l’unisson de nombreuses lesbiennes et de nombreux gays, ce que nous ressentons alors est un mélange d’excitation, de joie, mais aussi d’épuisement, après des mois de déchaînement de la «Manif pour tous» et de ses tristes sbires. S’y ajoute une pointe d’inquiétude. Les homophobes vont vouloir salir cette journée avec un baroud d’honneur, quelque part autour de l’Assemblée. Y parviendront-ils?

La séance démarre à 16h30. Dans les tribunes réservées au public, soutiens et opposant.e.s du projet de loi se côtoient. L’hémicycle est plein à craquer. Des représentant.e.s de chaque groupe parlementaire prennent la parole 5 minutes pour les explications de vote. À 17 heures, les homophobes se manifestent bruyamment dans les tribunes du public. Cela avait beau être attendu, une violence inouïe se dégage de cet incident. Ces gens veulent à tout prix nous empêcher d’être heureux. C’est de la haine pure. Les député.e.s de gauche crient leur indignation. Claude Bartolone, président de l’Assemblée, demande que l’on sorte manu militari les «ennemis de la démocratie». Virginie Merle-Tellenne affiche un sourire satisfait.

À peine avons-nous le temps de reprendre nos esprits que l’Assemblée nationale vote le texte. À 17h05, c’est fait.  331 voix pour, 225 voix contre. La gauche, debout, scande «Égalité! Egalité!». Émotion intense. Nous avons gagné cette bataille. Mais à quel prix!

LE TEMPS DES RENONCEMENTS
Deux ans ont passé. Près de 20 000 couples se sont mariés. Après la loi dite du «mariage pour tous», le gouvernement et le Parlement n’ont pas voulu aller plus loin sur le chemin de l’égalité. Nous avons longuement documenté sur Yagg les renoncements du pouvoir sur la PMA, sur les droits des trans’ et son attitude problématique vis à vis de la GPA. Le lobbying des homophobes a payé, bien aidé il est vrai par le peu d’intérêt que porte François Hollande à ces sujets. Les quelques responsables socialistes qui se risquent encore à parler de PMA se retranchent derrière l’avis que le CCNE rendra aux calendes grecques. Personne n’est dupe, Manuel Valls a annoncé lui-même en visite au Vatican que la majorité ne légifèrerait pas avant la fin de la mandature. La messe a été dite. Littéralement.

UN MOUVEMENT LGBT RÉSIGNÉ
Plus grave, le mouvement LGBT semble lui-même s’être résigné. Les quelques manifestations sur la PMA organisées sporadiquement n’ont rassemblé au mieux que 200 personnes. Les droits des trans’, n’en parlons même pas. Pour une marche des fiertés lilloise qui demande au gouvernement de passer aux actes sur ces deux sujets, combien se contentent de slogans vagues, sans revendication précise? Comment peut-on obtenir quelque chose si on ne le demande même pas clairement? Ce soir FièrEs organise une action. SOS homophobie organise un rassemblement le lundi 27 avril. C’est le moment de se mobiliser.

Dans deux ans, les Françaises et les Français éliront un nouveau président ou une nouvelle présidente, puis choisiront de nouveaux/nouvelles député.e.s. Il n’y a rien à attendre de la droite, on le sait. Son actuel chef de file a lui-même annoncé qu’il abrogerait le mariage pour tous s’il revenait au pouvoir. S’il met cette menace à exécution – ce qui n’est pas le scénario le plus probable –, il faudra alors mener une bataille féroce; si le statu quo est préservé, les LGBT devront patienter encore au moins 5 ans pour espérer voir leurs droits progresser.

Le seul espoir qui reste est de peser sur la gauche. Pour combattre le mariage pour tous et la PMA, la «Manif pour tous», le «Printemps Français» et les Hommen se sont inspirés des méthodes d’activistes LGBT. Actions spectaculaires, zaps multiples sur les parlementaires ou les membres du gouvernement. Peut-être est-il temps de nous réapproprier nos outils de lutte?

2017
En 2017, la gauche aura besoin des LGBT pour gagner les élections. Ce ne sont pas les militant.e.s de la «Manif pour tous» amadoué.e.s par l’abandon de la PMA et la gesticulation sur la GPA qui voteront à gauche. Les associations LGBT doivent par conséquent fixer le prix de leur ralliement. Et cette fois-ci, ne laissons plus passer les mensonges éhontés tels que «le projet de loi est sur la table, nous n’aurons même pas à le rédiger», comme l’avait déclaré sans rire Najat Vallaud-Belkacem lors de la campagne (dans Têtu de ce mois-ci, le député Bernard Roman reconnaît que rien n’avait été préparé, seulement de «vagues contours»). Soyons aussi plus exigeant.e.s avec quelqu’un comme Christiane Taubira. Cette dernière a été accueillie en héroïne au Printemps des assoces, le 11 avril dernier. Certes, elle a fait le job, et brillamment, lors du débat sur le mariage pour tous. Encore que, on peut s’interroger sur son choix d’avoir toujours privilégié la presse catholique pour s’exprimer et de refuser des interviews à la presse LGBT dans le même temps. Mais cela, c’était il y a deux ans déjà. Depuis? Elle juge le débat sur la PMA «légitime». Et c’est tout. Peut mieux faire, pour une héroïne, non? Reste enfin à convaincre celles et ceux qui bloquent. Lors de la campagne, beaucoup d’entre eux, le Président et le Premier ministre en tête étaient favorables à la PMA, avant de retourner leur veste. Un tour de veste supplémentaire n’est donc pas dans le domaine de l’impossible.

Deux ans après le mariage pour tous, il reste deux ans pour faire passer cette idée auprès du Parti socialiste et ses alliés: PMA, droits des trans’, c’est urgent. Ce ne sont pas des caprices, ce sont nos droits, nos vies. Nous avons déjà trop attendu.