Les cinq militantes féministes chinoises en détention depuis une trentaine de jours ont été libérées lundi 13 avril. Alors qu’elles préparaient une action de sensibilisation contre le harcèlement sexuel à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Li «Maizi» Tingting, Wang Man, Wei Tingting, Wu Rongrong et Zheng Churan avaient été arrêtées et ont été retenues dans un centre de détention de la capitale chinoise. «Prendre la décision de relâcher ces cinq femmes est une percée très encourageante. Les autorités doivent maintenant continuer dans cette voie et abandonner les charges et les restrictions contre elles», a encouragé William Nee, expert pour Amnesty International sur la Chine.

TOUJOURS SOUS SURVEILLANCE
Car même si elles sont aujourd’hui relâchées, les accusations qui pèsent contre elles n’ont pas été abandonnées. D’abord soupçonnées de vouloir «chercher querelles» et de «provoquer des problèmes», des infractions passibles de cinq ans de prison, les cinq féministes sont, depuis peu de temps avant leur libération, finalement accusées de troubles à l’ordre public. Selon les avocat.e.s de certaines des militantes, les charges englobent non seulement l’action qu’elles prévoyaient de faire début mars, mais aussi un autre happening mené pour protester contre les violences domestiques. Désormais, elles risquent de rester sous surveillance policière pendant un an et ne pourront pas voyager hors du territoire sans en informer les autorités. Cette libération, aussi satisfaisante soit-elle, ne signifie donc pas que les cinq militantes sont complètement tirées d’affaires.

UNE ONG DANS LA LIGNE DE MIRE DU GOUVERNEMENT
En outre, une organisation de défense des droits humains qui a beaucoup milité pour la libération des cinq féministes, l’ONG Yirenping, est désormais dans le collimateur du gouvernement chinois. Ses locaux ont été perquisitionnés fin mars et le ministre des Affaires étrangères a promis des sanctions à son encontre. Pour la chercheuse Wang Zheng, le lien entre ces pressions et les arrestations est très clair: «Ils veulent briser Yirenping, a-t-elle affirmé dans une interview à China Change. Ces jeunes féministes sont affiliées à Yirenping où elles ont un groupe de travail sur l’égalité entre les genres. Les autorités ne veulent probablement pas faire trop de bruit en arrêtant la tête de Yirenping, alors elles ont gardé en détention ces jeunes femmes pour envoyer un message. Et elles ont réussi en terrorisant Yirenping. Une fois que ces jeunes féministes étaient en prison, toutes les personnes travaillant à Yirenping savaient de quoi il était question. Mais la police est tellement ignorante, et n’a aucune idée de la force que peuvent avoir les féministes dans le monde.»