Avec Sexerotisme, Eve O. et Lou K. vous invitent à parler de sexualité et de plaisir hors des sentiers battus par la presse magazine et loin des clichés hétéronormés. Créé au départ comme un site de contenus proposant des articles culturels, d’actualité ou des conseils sur l’érotisme et les sexualités, Sexerotisme est depuis peu un site de e-commerce qui propose des sextoys, des accessoires érotiques, de la lingerie, mais aussi des ouvrages. Le plus de Sexerotisme? Réussir à couvrir les sujets les plus divers, tout en s’adressant à toutes et tous, quelles que soient son orientation sexuelle et ses envies. Yagg a rencontré les deux jeunes entrepreneuses motivées et ambitieuses qui sont à l’origine de cette société d’édition de contenus et d’outils de e-commerce, et dont le profil détonne dans le milieu de l’industrie du sexe.

Comment est née l’idée de créer Sexerotisme il y a quatre ans?
Eve O.: L’idée de base est venue quand je travaillais dans une société de conseils et de coaching en séduction, comme ça se fait beaucoup aux États-Unis. Je travaillais sur la partie Sexo et j’étais assez fascinée par cet univers de l’érotisme… et en même temps, je n’aimais pas du tout la manière dont c’était traité. C’était un milieu qui était 100% masculin, des hommes qui s’adressaient à des hommes, et parfois le décalage avec les conseils qu’ils peuvent se donner entre eux, sans part féminine, était un peu fort, sans oublier le côté très hétéronormé, une vision de la sexualité comme un moyen de faire des conquêtes. Ça a fini par me poser problème et je suis partie. Et l’idée de faire ma propre société avec des thèmes qui m’intéressaient, de la façon qui m’intéressait, est venue assez vite. Lou a été ma stagiaire et dans ce genre de travail, on aime bien avoir une émulation, on est là pour faire du bon contenu et j’avais besoin d’avoir quelqu’un en face de moi qui me stimulerait. Entre nous, ça a instantanément accroché, et une fois le stage fini, il n’était plus question de rapport stagiaire/patronne. On s’est associées pour continuer le site et c’est comme ça qu’on a pu commencer le site d’e-commerce deux ans après.

Certains sites vous ont-ils inspirés pour créer Sexerotisme, que ce soit en France ou à l’étranger?
Lou K: En France, dans l’univers du porno, il y a Le Tag Parfait, qui est un peu comme nous et aborde les choses sous plein d’angles différents avec un ton assez décomplexé et avec du fond. Et il y a aussi Second Sexe ou Le cabinet de curiosité féminine, mais encore une fois, je pense qu’ils n’abordent pas autant de thématiques que ce que l’on essaie de faire.
Eve O.: On a voulu couvrir un maximum de champs, c’est ce qui a été plus compliqué car on avait beaucoup d’ambition. Si on avait voulu faire essentiellement des articles de conseils sexo ou seulement des articles sur des expositions, ça, ça existe. Il y a beaucoup de sites segmentés. Mais pas un site universel pour les amoureux de l’érotisme.
Lou K.: On a fait appel à des contributeurs et contributrices pour une raison pratique et une raison symbolique. La pratique, c’est qu’on n’est que deux dans la société et qu’alimenter un site de contenus et un site de e-commerce, gérer la communication et la société, c’est beaucoup, c’est pour ça qu’on a voulu faire appel à d’autres personnes. Mais ça permet aussi de laisser la place à différentes voix, à des personnes qui ont des parcours différents, des pratiques différentes et qui sauront mieux parler de quelque chose qu’elles connaissent que nous.
Eve O.: On s’est attachées à couvrir des expositions, à publier des histoires érotiques et on n’a pas la prétention de pouvoir tout faire, ni d’avoir le talent. On avait des personnes qui étaient passionnées par exemple par un photographe, évidemment cette personne sera plus à même de raconter une exposition avec ses références et avec son ressenti.

homepage sexerotisme bisHomepage du site Sexerotisme

La création de Sexerotisme coïncide aussi avec une évolution du discours des médias sur la sexualité…
Lou K.: Jusqu’à récemment, quand on parlait de sexualité ou qu’on montrait de la sexualité, c’était soit de façon crue, très porno et mainstream, soit de façon très girly et gnangnan ou dans un registre strictement médical, quand on s’adressait à des femmes.

Le discours sur le sexe a toujours existé, il n’y a rien de nouveau, mais on assume beaucoup plus de lire de la littérature érotique, on assume de dire qu’on utilise des sextoys, on vend des sextoys dans les émissions de téléachat, et ça c’est vrai que c’est relativement récent.

Eve. O: Avant, il y avait la petite rubrique sexo pour les magazines de 20-25 ans, mais maintenant, on en voit dans les magazines pour les seniors, dans les magazines pour ados. On voit une libération du discours sur le sexe. C’est bien… mais ce n’est pas suffisant.

En créant Sexerotisme, vous aviez aussi un peu envie de faire de l’éducation au sexe?
Lou K.: Sûrement une part. Déjà, parce qu’il y a une méconnaissance des sexualités qui ne sont pas les nôtres, c’est une première chose. Mais on remarque aussi dans les discours que ce soit vers les hommes ou vers les femmes, que c’est extrêmement prescripteur, notamment dans la presse magazine. Chez les femmes, on voit une compétition à l’orgasme et à la performance et en même temps, comment tout savoir pour faire plaisir à son compagnon… car il s’agit en général d’un compagnon! On est aussi dans une transmission de savoir, mais chez nous, cette dimension impérative ne nous intéresse pas. Notre idée, c’est de recueillir un maximum d’informations, d’en extraire l’essence et de les transmettre.
Eve O.: On a beau parler de sexe, c’est aussi la façon d’en parler qui est importante. Et je trouve dangereux que les adolescents aujourd’hui ont quasiment tous vu un film porno à 10 ans, mais qu’arrivés à 20 ans, ces garçons ne savent pas ce qu’est un clitoris, le point G. Je pense qu’il faudrait proposer différentes approches.

Le porno, on n’a rien contre, ça peut être une manière de découvrir le sexe, mais le prendre comme unique référence et qu’il n’y ait rien entre ça et les articles de magazines, qui vont être de l’ordre du «faites ci, faites ça», il y a finalement une prescription à la performance et un manque d’explications, ne serait-ce que physique, physiologique, sur ce que sont le sexe, le plaisir.

C’est vraiment là-dessus qu’on a essayé de se positionner. Avoir un discours qui conviendra à un ado qui découvre sa sexualité, comme à un homme ou une femme qui n’est pas forcément sûr.e de sa sexualité, à 40 ou 50 ans.
Lou K.: Les e-books que l’on écrit, car notre modèle économique se base sur la vente d’e-books, sont consacrés à des pratiques: la fellation, le cunnilingus, la sodomie… On n’a jamais cherché à dire, «il faut faire ça, il faut faire ci», c’est plutôt «vous pouvez faire ça, ça et ça pour provoquer votre plaisir et celui de votre partenaire». C’est un petit changement de perspective, mais ça fait quand même la différence.

Cunnilingus Lesbien - Devenez une ExperteCouverture de l’e-book consacré au cunnilingus et destiné aux couples de femmes

Vous veillez d’ailleurs à sortir de la perspective d’une sexualité exclusivement hétéronormée et très genrée. Comment cela se traduit-il sur le site?
Lou K.: On évite les participes passés! (rires)
Eve O.: On utilise beaucoup le mot «partenaire», c’est le mot magique!
Lou K.: Évidemment, ça se traduit dans le langage, on essaie de trouver les mots les plus génériques possibles. Pour ce qui est des e-books, on différencie, c’est à dire que par exemple pour le cunnilingus, on a une version pour les hétéros, et une pour les lesbiennes, comme ça, le lecteur ou la lectrice peut se retrouver plus facilement dans le discours. C’est quand même finalement beaucoup de ruses. À chaque fois qu’on écrit une phrase, on se demande si tout le monde va pouvoir s’y reconnaître. Ce n’est pas toujours évident.
Eve O.: Les articles qu’on écrit ne s’adressent pas forcément à tout le monde, l’idée c’est de proposer plusieurs articles pour pouvoir s’adresser à tout le monde. On a des thématiques plus hétéros, d’autres gays et lesbiennes, de même qu’on a cherché à avoir une diversité de rédacteurs/trices. On estime qu’il ou elle s’adressera beaucoup mieux aux personnes qui lui ressemblent, pour faire de son vécu car on n’a pas le savoir absolu pour s’adresser à tout le monde.

Sur un aspect plus professionnel, est-ce que ça a été difficile pour vous de monter Sexerotisme? Le fait d’être jeunes, et d’être des femmes a-t-il été un frein auprès de vos interlocuteurs?
Eve O.: Les statuts, la partie administrative, c’est vraiment difficile car on débarque dans un monde qu’on ne connaît pas, les démarches, les aides, celles auxquelles on a droit ou non… Après qu’on soit des femmes, qu’on soit jeunes, ça n’a strictement rien à voir.
Lou K.: Au contraire, je pense que dans notre secteur ça a été compliqué, pas forcément de monter la boîte mais de faire émerger notre projet, parce que le secteur du sexe est un secteur très dense et très difficile, même si on a un positionnement un peu singulier. Mais notre grande force, c’est justement d’être deux jeunes femmes, parce que quand on s’adresse à des gens, ils ne s’attendent jamais à nous voir en face. On surprend.

Parce qu’on n’est pas des anciennes actrices porno, on n’a pas d’expériences personnelles dans ce secteur-là, on n’est pas le petit mec qui sort d’école de commerce et qui veut monter son business pour faire de l’argent, on est juste deux passionnées et comme on est porté par ce projet, ça surprend et ça plait.

Oui, c’est difficile de monter une boite, de tenir le coup. Mais nous, on y croit et c’est vrai qu’on est rassurées et boostées par ces retours très souvent positifs. C’est finalement un atout.

Comment êtes-vous préparées à débarquer dans ce secteur bien particulier de l’industrie du sexe?
Eve O.: C’est un secteur que je connaissais, de par mes expériences précédentes. Juste après mon diplôme du Celsa, j’ai pété les plombs, je n’avais pas envie de rentrer dans le moule des grandes entreprises, j’ai tout arrêté et j’ai été pendant six mois serveuse dans un club échangiste. C’est, entre autres, cette expérience-là qui m’a donné envie d’écrire des e-books, car on y rencontre l’intégralité des gens qu’on croise dans la rue, qui parlent en enlevant leurs habits de société: on a l’essence pure de la dimension sexuelle des gens. J’ai noté des choses sur mes petits carnets, et ça a servi de bases pour les e-books. Le secteur du sexe, il est difficile dans le sens où, comme le disait Lou, il n’y avait pas forcément de place pour nous: on a les ancien.ne.s travailleurs/euses du sexe, ancien.ne.s prostitué.e.s, ancien.ne.s acteurs et actrices porno, qui se reconvertissent, et on a les purs produits d’école de commerce qui se disent que c’est un secteur qui rapporte.

Nous, on a une formation journalisme et communication, donc on fait figure d’ovni. Là-dessus, on a été regardées un peu bizarrement mais bien acceptées, parce que ça se voit qu’on connaît notre sujet. Ça nous est déjà arrivé de passer un entretien et que le mec éclate de rire en nous voyant. Mais ce n’est jamais négatif.

Lou K.: C’est un secteur auquel je ne m’intéressais pas nécessairement avant d’arriver en stage avec Eve. Je n’avais pas de problème à parler de sexe, ça m’avait toujours intéressée, mais je n’avais pas une passion. En commençant à écrire dessus, en découvrant la manne de ce qui existe, ça m’a donné envie de m’y intéresser.

Sexerotisme ShopL’e-shop de Sexerotisme

Quelles sont les perspectives d’avenir pour l’année 2015?
Lou K.: On n’a trouvé aucun e-shop en marque blanche qui était érotique, élégant, quelque chose qui donnait envie, donc on a conçu le notre de manière à pouvoir le proposer en marque blanche, c’est à dire qu’il peut aussi être proposé à d’autres blogs ou sites qui traitent des mêmes thématiques que nous, mais qui n’ont pas encore de boutiques.
Eve O.: Sur le marché des e-shops, il y a des boutiques avec des tabliers Père Noël sexy, ce n’est pas du tout élégant, alors on s’est dit que même des gros sites n’ont pas forcément d’e-shops. Ils vont pouvoir poser leur noms de boutiques car on a travaillé notre design de manière à ce qu’il soit assez neutre et qu’il puisse s’intégrer facilement. On apporte donc une solution à ces sites. L’idée était de démarcher des prospects et de mettre en place des partenariats, ce qu’on a réussi à faire, et on a maintenant des partenariats avec des blogs et des sites de tailles et sur des thèmes différents. C’est un processus long et ça demande beaucoup de travail.
Lou K: Ces derniers temps, on s’est beaucoup consacré à la partie e-commerce en laissant un petit peu le site de contenu, mais on va y revenir très prochainement. Financièrement, on ne vit pas encore, c’est un milieu très concurrentiel, même si on arrive avec des produits et une plateforme d’e-commerce de qualité, ce n’est pas facile d’émerger, rien que par le référencement sur Google. On en tire des petits bénéfices qui sont réinvestis, on a mille idées par jour.

Vous songez à embaucher?
Lou K.: Ça, c’est quand on régnera sur le monde…
Eve O.: Pour l’instant on a eu des stagiaires. On est une petite entreprise, alors sur le CV, ce n’est pas forcément génial… mais quand ils sortent de chez nous, ils savent tout faire. C’est le côté start-up qui est sympa aussi, le côté système D.
Lou K.: J’ai beaucoup appris comme ça, moi aussi. Quand tu n’as pas d’argent, tu dois faire preuve d’inventivité, ça relance l’émulation.

Suivre l’actualité de Sexerotisme sur Facebook et Twitter.

À l’occasion d’une opération «spécial printemps», vous pouvez actuellement bénéficier des frais de port offerts dès 30 € d’achat sur l’e-shop.