Gwen Fauchois_3Ça c’est la première étape. Elle ne se discute même pas. Quand une affiche provoque une vague de colère et de dégoût auprès des premièr.e.s qu’elle est censée mobiliser, c’est qu’elle est problématique.

Certain.e.s tenteront peut-être de minimiser les réactions, nous parleront de différences d’interprétations, diront que toute affiche provoque son lot de déçu.e.s, d’insatisfait.e.s. Mettront les critiques sur le compte d’une volonté d’Inter-bashing. Voire imiteront les postures auxquelles nos politiques nous ont habitué.e.s, nous assurant que le malentendu repose sur un déficit d’explications (ce qui est un comble pour une affiche) et pour finir s’excuseront, peut-être, auprès de celles et ceux qu’ils et elles auraient pu blesser.

La liste des problèmes suscités par cette affiche est longue. Mais à mon sens, il suffit de dire qu’elle est tout simplement raciste et colonialiste.

Et qu’importe qu’on ne l’entende pas de cette oreille, que l’Inter le veuille ou non, le slogan de la Pride parisienne est porteur d’une représentativité supposée – à défaut d’être réelle – du mouvement LGBT dans son ensemble.

Au point où on en est, le retrait de cette affiche (slogan et visuel) n’enterrera pas les réactions au simple fait qu’elle ait pu être conçue et présentée. Mais ce qui est certain c’est qu’en l’état, les arguments habituels qui consistent pour étouffer les dissensions à prétendre que nos luttes sont communes et que nos divisions nourrissent nos vrais opposant.e.s – boniments que nous servent régulièrement certaines féministes pour nous vendre une soupe qui nourrit les discriminations – ne me feront pas me renier.

Non seulement cette affiche ne me représente pas, mais elle est clairement l’émanation d’un discours dont j’entends me dissocier mais surtout contre lequel je me suis toujours battue.

Un discours qui s’inscrit, consciemment ou non, peu me chaut, dans une dynamique de recherche de respectabilité middle-class qui prétend donner des leçons à tou.te.s et participe de la domination qu’il prétend combattre. Qui n’émancipe de rien mais s’aligne sur les standards de la blanchisserie républicaine. Celle-là même qui organise l’exclusion des plus vulnérables d’entre nous, celles et ceux qui au quotidien ont à lutter contre ses effets mortifères.

Plutôt que de nous auto-décerner des brevets d’autosatisfactions censés nous attirer les bonnes grâces de la majorité, il serait temps de nous interroger sur notre place (toute notre place, mais rien qu’elle) dans une politique des minorités. À ce sujet, je recommande fortement la lecture de la tribune publiée par João Gabriell sur son blog Chronik de Nègre(s) Inverti(s).

Il en est, disait-on à une époque pour parler d’un homo; là je n’en suis pas.

Gwen Fauchois

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