Culture & Loisirs, Télé | 09.04.2015 - 13 h 51 | 4 COMMENTAIRES
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Le phénomène «RuPaul’s Drag Race»: «Ça vaut le coup d’être gay juste pour vivre ça»

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Les drag queens de «RuPaul's Drag Race» débarquent à Paris ce soir. Décryptage d'un phénomène et paroles de fans.

Le show RuPaul's Drag Race: Battle of the seasons débarque jeudi 9 avril au Trianon à Paris dans le cadre de sa tournée européenne. Actuellement dans sa 7e saison, l'émission RuPaul's Drag Race est devenue un phénomène aux États-Unis et cela commence à se propager à d'autres pays. Une version anglaise est d'ailleurs en discussion depuis plusieurs mois outre-Manche.

Pour les profanes, RuPaul est sans doute la plus grande star des drag-queens de l'histoire. Grâce à son tube Supermodel (You better work), sorti en 1992, RuPaul est devenu une icône et a lancé la mode des drag queens dans les années 90. En 2009, ayant «réalisé tous ses rêves», comme il l'a souvent déclaré, il a voulu transmettre son savoir et mettre en valeur la nouvelle génération de drag queens. Cela a donné l'émission RuPaul's Drag Race, diffusée sur la chaîne gay américaine Logo.

Le show propose d'élire la prochaine superstar drag queen de l'Amérique (pour savoir qui est l'actuelle, référez-vous au titre de l'émission).

«SHANTÉ, YOU STAY!»
Chaque émission se déroule de la même manière. Les drags arrivent dans leur salle de travail, elles ont droit à un message vidéo plus ou moins cryptique de RuPaul en drag, puis RuPaul débarque en homme et leur donne d'abord un mini-challenge, puis un challenge principal. Dernière épreuve: le runway. Les candidates défilent devant un jury présidé par RuPaul (en drag), accompagné de juges réguliers et de juges guests célèbres, selon un thème imposé. RuPaul détermine ensuite qui sont les deux candidates les moins bonnes. Et ces dernières s'affrontent pour un lipsync (playback) qui va déterminer celle qui reste (RuPaul lui annonce «Shanté, you stay») et celle qui part («Sashay away»). Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il reste un trio de tête. Au final, la gagnante est choisie lors d'une soirée en public.

Pour les spectacteurs, c'est l'occasion de se familiariser avec tout l'univers des drag queens. L'émission joue souvent sur l'opposition entre «comedy queens» et «pageant queens», en gros les drags drôles et les drags jolies. Il y a également tout un vocabulaire à connaître. Exemples: «Fish» désigne une drag particulièrement féminine; «Busted», une drag ratée ou cheap. «Kai Kai», c'est le sexe entre drag queens, etc.

La promesse initiale de l'émission est respectée: les gagnantes et les candidates les plus charismatiques sont devenues de vraies stars, avec souvent des centaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux (Jujubee, de la saison 2, compte par exemple 450 000 fans sur Facebook). Le nom des plus connues: Bianca Del Rio, Alaska 5000, Raven, Jujubee, Willam, Pandora Boxx, Sharon Needles, Nina Flowers, Adore Delano, Latrice Royale ou Manila Luzon.

Lors des sondages réalisés sur le très suivi site Dragaholic, la drag queen  la plus populaire de l'histoire du show est Adore Delano et la gagnante la plus populaire est la gagnante en titre, Bianca Del Rio (photo ci-dessous), la drag queen avec la langue la plus acérée de toutes. Il y a sans doute un biais: ces sondages ont été réalisés après la saison 6 et ces deux-là étaient justement dans cette saison, on imagine qu'il y a sans doute une prime à la saison la plus proche.

Bianca Del Rio

SUCCESS STORY
L'émission constitue un véritable tremplin pour ces artistes, qui bénéficient après leur passage du label «RuPaul's Drag Race». Toutes enchainent ensuite vidéos, chansons, apparence dans des soirées, des gay prides, des croisières, etc. RuPaul aura ainsi donné du travail à toute une génération de performers. Et le succès est au rendez-vous. La vidéo Boy is a Bottom, par Willam (saison 4), Detox (saison 5 ) et Vicky Vox a été vue 17 millions de fois sur YouTube. La société qui produit RPRD exploite elle-même le filon avec plusieurs séries de spin-offs tels que Alyssa's Secret, la Fashion Photo RuView ou Really Queen?, avec Bianca Del Rio. RuPaul n'est pas le dernier à faire sa promo, bien au contraire. Il n'hésite pas tout au long de son émission à faire la pub de ses propres chansons ou de ses produits dérivés, en prenant soin à chaque fois de faire un petit clin d’œil à la caméra. Conséquence, la culture drag queen est devenue mainstream. Lady Gaga, Cher ou Nicki Minaj adorent le show et tweetent souvent leur admiration pour telle ou telle queen, quand elles ne font pas appel à elles pour un clip (la lyrics vidéo d'Applause de Lady Gaga, par exemple). Et les stars se bousculent pour être juge invité.e. On a pu voir Neil Patrick Harris, Ariana Grande, Adam Lambert, Eve, Latoya Jackson, Natalie Cole, Pauley Perrette. Tous et toutes prennent un plaisir non dissimulé à évaluer les queens aux côtés de RuPaul et de la redoutable Michelle Visage.

RuPaul a récemment déclaré que nous étions dans «un âge d'or des drag queens». Chacune essaie logiquement d'en profiter au maximum.  La première RuPaul's Drag Con, qui se tiendra à Los Angeles les 16 et 17 mai prochain viendra parachever le tout. Il s'agit de célébrer «l'art du drag, la culture queer et l'expression personnelle pour tous!». Beaucoup des candidates, ainsi que «Mama Ru» seront bien évidemment présentes.

EN FRANCE, LES RANGS DES FANS GROSSISSENT
L'émission n'est pas diffusée en France. Mais les rangs des fans grossissent peu à peu, malgré la barrière de la langue (pas de sous-titres). Beaucoup d'entre elles et d'entre eux se retrouveront bien évidemment au Trianon.

Renaud Duc, alias Reno from House of Moda, un des organisateurs de la soirée House of Moda, où les drag queens sont nombreuses, fera le warm up musical avant le spectacle du Trianon: «J'ai toujours été fasciné par la transformation, les costumes, et les drags. Quand j'ai entendu parler de ce show je me suis précipité dessus, et ça a été une révélation. En fait, j'ai en tête une image de RuPaul que j'ai vue dans un magazine allemand quand j'avais 12 ans, et j'étais subjugué par sa beauté en me disant que je voulais trop être comme ça moi aussi!»

Paul-Henri, alias Jessica Triss, est l'un des membres du collectif Paillettes, qui organise des lectures de textes queer par des drag queens. Il aime RPDR pour plusieurs raisons: «C'est hyper drôle, l'émission ne se prend pas au sérieux, mais la qualité globale des talents est phénoménale. C'est beaucoup plus varié que les autres émissions de concours: ici ils ne font pas que cuisiner/chanter/coudre (rayer la mention inutile) mais tout! L'un des mantras de RuPaul est qu'une drag doit savoir tout faire, être une entertaineuse complète. J'aime les valeurs du show: être vrai, ne pas jouer un jeu. S'aimer soi-même, s'accepter. Avoir de l'humour, tout le temps. Et surtout être fabuleuse.» Le collectif Paillettes organise après le spectacle du Trianon une soirée au Gibus. Aide au maquillage, au déguisement et concours de lipsync en vue!

Le réalisateur Maxime Donzel, ancien réalisateur/monteur de Yagg, est lui aussi un fan enthousiaste. Sur un plan purement technique, Maxime considère qu"il y a «une vraie inventivité de télé-réalité, avec un rythme hyper efficace». Sur un plan plus sociologique, «c'est un visage de l'homosexualité qu'on voit assez peu. On y voit des folles, des minoritaires, des gays qui viennent parfois de petites villes. C'est une réalité gay qu'on connaît mal, à la différence de ce que représente Looking par exemple, où on est davantage en territoire connu.»

De fait, à chaque saison, le casting est assez «divers». Noirs, blancs, asiatiques, hispanophones (chaque saison a sa drag porto-ricaine), maigres, gros, grands, petits. Il y a également eu quelques candidates trans', qui ont donné quelques-uns des plus beaux moments du show (les coming-out de Sonique ou Monica Berverly Hillz), mais aussi une polémique féroce, liée à l'emploi de certains mots comme «tranny» ou un jeu de mots avec «She-male». Carmen Carrera, candidate de la saison 3, s'est violemment opposée à RuPaul sur le sujet par presse interposée. RuPaul a défendu vigoureusement l'usage de ces mots, considérant qu'ils appartenaient à la culture drag. Depuis, toutefois, ces mots ne sont plus employés.

MOMENTS MYTHIQUES
En sept saisons (plus une saison intermédiaire, le All Stars), l'émission a produit quelques moments mythiques. Paul-Henri se souvient notamment du coming-out séropo d'Ongina, dans la saison 1: «Ongina est une drag hyper joyeuse, et positive, avec du punch. Après avoir remporté le challenge Viva Glam contre le sida, elle s'est effondrée en larmes, révélant qu'elle était séropositive depuis quatre ans et que cette victoire était particulièrement importante pour elle. L'émotion de Ru était palpable, et j'avoue n'avoir jamais vécu un moment aussi fort en regardant la télé. Ce n'était absolument pas calculé (contrairement à ce qu'ont fait d'autres queens les saisons suivantes).»

Maxime Donzel a été marqué par un moment sur le runway: «Dans la saison 5, il y avait un défi de “butch realness”. Alaska (ci-dessous) débarque avec un pantalon, une coupe de cheveux courte, un casque de chantier, et pointe son doigt dans toutes les directions, pour donner des ordres. Avec un look et une attitude, elles arrivent à vraiment raconter une histoire.»

alaska butch realness

Renaud a été touché, lui, par le lipsync de Manila et Delta Work, dans la saison 3: «Elles étaient hyper émotives, la chanson était magique (Macarthur Park de Donna Summer), le look de Manila était dément, ses mimiques, leurs larmes à la fin… c'était génial». Il a également retenu "l"e moment où Sharon Needles a craché son sang de la bouche lors du premier runaway de la saison 5". "Bref, il y a toujours quelque chose de bien dans chaque épisode!, conclue-t-il. Et on ne lui donnera pas tort.

PLAISIR À PLUSIEURS
Comme beaucoup de choses, RuPaul's Drag Race est un plaisir qui peut se déguster à plusieurs. Nos trois fans ne s'en privent pas. Renaud a un temps organisé des projections aux Souffleurs. Maxime Donzel  a regardé quelques saisons en petit groupe: «C'est jouissif quand on voit une drag arriver au bout du runway avec un look dément et que tout le monde crie “aaaaaaah” en même temps. Ça vaut le coup d'être gay juste pour vivre ça.»

Paul-Henri regarde l'émission le plus souvent possible avec des amis: «C'est finalement comme toute émission de télé-réalité (on faisait ça pour la Nouvelle Star à l'époque): chacun apporte un truc à grignoter, on papote, on se raconte les potins, et on lance l'épisode (téléchargé illégalement, donc). On commente à haute voix les vannes, les looks, qui doit partir… Mais pas trop non plus, c'est en anglais non sous-titré, on reste assez concentrés pour suivre! On termine la soirée en commentant l'élimination d'une telle, en souhaitant que machine gagne, que bidule parte la semaine suivante, que c'est “scandaleux qu'elle soit encore là elle a le charisme d'une huître!”, etc.»

DERINGARDISER LA DRAG DES ANNÉES 90
Entre regarder une émission de drag queens et en devenir une, il n'y a qu'un pas, que certains ont franchi. Depuis qu'ils regardent l'émission, Renaud et Paul-Henri enfilent des robes, une perruque et du maquillage. «Je me considère pas vraiment comme une drag, indique Renaud. Je peux en avoir les tips, les gimmick parfois, mais par exemple je garde toujours ma barbe, je n'ai pas toujours un makeup très travaillé.» Paul-Henri s'était déjà «travelotté» avant, mais c'est après l'émission qu'il est devenu «Jessica Triss».

D'autres semblent avoir suivi leur exemple et donné naissance à une nouvelle génération de drags. «Je ne sais pas si l'émission a changé quelque chose, note Renaud Duc. Mais en tout cas, j'ai la sensation qu'il y en a de plus en plus [de drag queens], et de toutes sortes. Peut être aussi que ça a déringardisé l'image de la drag des 90's. En tout cas elles sont plus présentes en soirée et pas forcément des soirées gays.»

Chaque émission de RuPaul's Drag Race se termine par un rituel immuable. RuPaul lance aux candidates qui restent: «Si vous n'êtes pas capables de vous aimer vous-mêmes, comment diable pouvez-vous aimer quelqu'un d'autre?». Il demande alors aux drag queens restantes: «Puis-je un avoir un amen?». «Amen», répondent-elles toujours en chœur. Si RuPaul est un prophète, les drag queens sont ses apôtres dévouées.

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Co-fondateur de Yagg. Rédacteur en chef. Photo. Comédies musicales. Harvey Fierstein. These are a few of my favorite things.
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LES réactions (4)
  • Par HBIC 09 Avr 2015 - 17 H 19
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    Non, RuPaul n’est pas la plus grande Drag de l’histoire. Je l’aime beaucoup mais il ne faut pas exagérer. Son émission est divertissante et permet à de vrais professionnels de nous montrer leurs travaux. Il y a cependant des personnages plus intéressants que d’autres : Bianca Del Rio ou Alaska par exemple. La seule critique que je pourrais faire à RuPaul c’est de vouloir trop contrôler les Drag alors que justement les drag queens sont dans la transgression. Je trouve que plus les saisons passent, plus RuPaul cherche à contrôler ce que les participants souhaitent faire, en les sanctionnant parfois d’ailleurs. Cela me gêne et j’espère que tous les hommes qui souhaitent créer des personnages excentriques ne tombent pas dans le piège de la beauté. Je préfère Divine à RuPaul. Alaska a un côté gênant et crade aussi. Ce qui n’est pas le cas de RuPaul, ni de Miss Fame, ni de Max, ni de Violet Chachki, ni de Raja, etc. Une drag n’est pas une belle femme.

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    • Par Christophe Martet 09 Avr 2015 - 18 H 11
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      Divine était géniale mais elle est morte!

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    • Par HBIC 10 Avr 2015 - 6 H 51
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      Merci pour cette information…que je connaissais. Cela n’a d’ailleurs pas tellement de sens ce que vous écrivez. Divine, morte, est toujours une référence et les nouvelles générations qui font quelques recherches n’auront aucun mal à la trouver et à l’apprécier. En revanche, RuPaul est lisse et il ne sera retenu que pour son émission qui pendant quelques années aura diverti tout le monde. Son concept est partiellement original. RuPaul a d’ailleurs calqué son émission sur America’s Next Top Model de Tyra Banks (qui d’ailleurs refuse de participer à RPDR car elle estime avoir été plagiée). Pour la soirée d’hier, j’ai trouvé ça un peu cheap.

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    • Par Xavier Héraud 10 Avr 2015 - 11 H 19
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      Divine ou Sylvester pourraient sans doute disputer le titre de plus grande Drag Queen de l’histoire à RuPaul, en effet. Je pense malgré tout que RuPaul est devenu une icône et a atteint un niveau mainstream que les deux autres n’ont pas eu (Sylvester, c’est plus sa chanson qui est connue que lui-même). Mais après tout, chacun son opinion 🙂
      Je ne connais pas bien America’s Next Top Model, mais Drag Race est aussi très fortement inspiré du Project Runway.
      Pour ce que vous dites sur la beauté, l’intérêt de l’émission est à la fois de montrer des drag queens belles et d’autres qui sont plus dans la transgression et/ou dans la comédie, comme Alaksa, Sharon Needles, Milk ou d’autres…

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