«Changez la société. S’il vous plaît.» La Maison Blanche a-t-elle entendu les derniers mots de la lettre de suicide de Leelah Alcorn? Fin décembre 2014, le sort de cette jeune adolescente trans’ de l’Ohio avait bouleversé le monde entier: forcée à aller voir un psychiatre et isolée de ses ami.e.s par sa famille qui ne reconnaissait pas son identité de genre, Leelah Alcorn avait mis fin à ses jours, en espérant que son histoire puisse faire prendre conscience des difficultés auxquelles font face les jeunes trans’. Une pétition a donc été lancée en début d’année 2015 sur We The People, un site qui permet aux citoyen.ne.s américain.e.s de soumettre certaines questions à la Maison Blanche, appelant le gouvernement des États-Unis à prendre la mesure de la situation des jeunes LGBT américain.e.s et à interdire formellement au niveau fédéral les thérapies de conversion. À ce jour, plus de 120000 personnes l’ont signée.

«CELA DÉPEND AUSSI DE NOUS»
La Maison Blanche a fait part d’une réponse officielle à cette pétition mercredi 8 avril, une réponse introduite par les mots du président Barack Obama lui-même: «Ce soir, quelque part en Amérique, une jeune personne, disons un jeune homme, lutte pour trouver le sommeil, se débat seul avec un secret qui le ronge depuis aussi longtemps qu’il se souvienne. Bientôt, peut-être, il décidera qu’il est temps de révéler ce secret. Ce qui se passera ensuite dépend de lui, de sa famille, et aussi de ses ami.e.s et de ses professeur.e.s et de sa communauté. Mais cela dépend aussi de nous — de quelle sorte de société nous engendrons, de quelle sorte de futur nous voulons construire.»

LA MAISON BLANCHE PREND POSITION CONTRE LES THÉRAPIES DE CONVERSION
Valerie Jarrett, une des plus proches conseillères du président, a détaillé la position de la Maison Blanche: «En évaluant la validité des thérapies de conversion, ou des autres pratiques qui cherchent à changer l’identité de genre ou l’orientation sexuelle d’un individu, il est impératif de chercher les conseils d’expert.e.s médicaux qualifié.e.s. les preuves scientifiques accablantes qui démontrent que ces thérapies, plus particulièrement quand elles sont pratiquées auprès de jeunes gens, ne sont ni médicalement, ni éthiquement appropriées et peuvent causer des dommages considérables. Dans le cadre de notre engagement à protéger la jeunesse de l’Amérique, cette Administration soutient les efforts pour interdire les thérapies de conversion pour les mineur.e.s.» La conseillère de Barack Obama rappelle que plusieurs États ont déjà commencé à instaurer des protections en direction des jeunes LGBT: «Alors qu’une interdiction nationale nécessiterait une action du Congrès, nous espérons que la clarté des preuves combinée avec les actions prises par ces États mènera à une action plus large que cette Administration soutiendrait.»

Enfin, c’est sur l’importance de la famille et du soutien des proches que conclut Valerie Jarrett: «Un nombre incalculable de familles et de tuteurs/trices à travers ce pays soutiennent fièrement leurs enfants LGBTQ+. Trop de ces jeunes, cependant, ne bénéficient pas de ce soutien, ce qui peut avoir des conséquences dévastatrices. Des réactions familiales négatives peuvent être perçues comme un rejet par les enfants, ce qui contribue souvent à de sérieux problèmes de santé et réfrène leur développement et leur bien-être. Quand il s’agit des jeunes LGBTQ+, certains agissements de la famille et du personnel soignant peuvent être nocifs, malgré les meilleures intentions. L’Administration croit que chaque jeune personne doit être estimée pour ce qu’elle est, peu importe à quoi elle ressemble, d’où elle vient, le genre auquel elle s’identifie ou qui elle aime.»

UN SOUTIEN «ESSENTIEL»
La réponse de Barack Obama et de son Administration a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par les organisations qui militent pour la protection des jeunes LGBT. «Avoir le président Obama et le poids de la Maison Blanche qui soutiennent les efforts pour interdire les thérapies de conversion est tellement essentiel pour le combat des jeunes trans’ et des jeunes LGB, a indiqué Mara Keisling, directrice exécutive du National Center for Transgender Equality. Mon espoir est que lorsque le combat d’une personne trans’ est reconnu par une des personnalités les plus notables du monde, cela change de manière positive la façon dont on se considère. La pseudo-science qui porte les thérapies de conversion ne peut être associée avec l’acceptation de soi qui vient avec ce genre de changement.»